En 2006, l'Assemblée desNations Unies adopte une convention contre les disparitions forcées . Aujourd'hui, seuls 43 états l'ont ratifiée. Insuffisant. Crimes et moyens de pression à la fois, ce fléau répandu dans les régimes totalitaires se propage dans les zones de conflit, notamment en Syrie.

A ce sujet, le sort du jésuite italien, Paolo Dall Oglio suscite de nombreuses inquiétudes. Véritable artisan de la paix, il essayait de raisonner les uns et les autres et avait fini par épouser la cause de l'Armée Syrienne Libre.

Il y a 30 ans jour pour jour, Paolo Dall Oglio était ordonné prêtre.

Paolo Dall Oglio
Paolo Dall Oglio © Radio France / EV

A la tête du monastère Mar Moussa , où il prônait le discours interreligieux depuis 30 ans, il avait compris dès la fin des années 70 que la rencontre islamo-chrétienne n'était pas un appel vers l'Orient romantique mais une priorité apostolique qui allait guider son existence. Personne ne se doutait à l'époque que ces questions déborderaient le cadre spirituel et qu'elles deviendraient un poumon de la géopolitique. La relation à l'Islam et ses interprétations biaisées.

Dans une Syrie où se croisaient les orthodoxes, les chrétiens, les musulmans sunnites, chiites, Paolo Dall Oglio voyait avant tout une chorale spirituelle source de richesse, mais les revendications d'autonomie politique ont perverti les communautés.

Paolo Dall Oglio, en voulant la paix et en fustigeant la passivité de la communauté internationale, n'avait que des ennemis. Damas l'avait expulsé et les jihadistes de l'État Islamique ne l'aimaient pas .

En mai 2013, au terme de négociations avec une cellule islamiste, il obtient la libération d'otages. Le 28 juillet, à Raqqa, dans le fief de l'Etat Islamique, il arrive clandestinement, animé de la même intention. Sa demande d'entretien est rejetée. Le père Dall Oglio insiste. Il est donc conduit au mohafazat de Raqqa. On ne l'a plus jamais revu.

Il y a trois mois, la chaîne de la télé Al Arabiya diffuse un communiqué de la Ligue Syrienne des droits de l'homme . Paolo Dall Oglio a été exécuté deux heures après son enlèvement. Cette information s'appuie sur le témoignage d'un "officier" dissident de l'Etat Islamique .

A peine arrivé dans le bâtiment où il avait rendez vous, Paolo Dall Oglio est aussitôt emprisonné sur ordre des chefs que le prêtre voulait rencontrer. Le témoignage précise que les deux leaders, Kassab et Khallad Jasrawi, sont revenus deux heures après et que l'un des deux chefs, Jasrawi, a tué d'instinct Paolo Dall Oglio de 14 balles d'un pistolet de 9 mm. Le corps aurait été ensuite caché de sorte qu'on ne puisse jamais le retrouver.

Pas de corps, pas de crime, et un doute persistant. Rami-Abdul Rahman dément la fiabilité de ce témoignage. Le directeur de l'Observatoire Syrien des Droits de l'Homme s'appuie sur une vidéo présentant le père Paolo en vie avec une demande de rançon à la clé.

Mais ce film n'est pas visible non plus.

La seule image dont on dispose, c'est la dernière preuve de vie de Paolo Dall Oglio . La veille, quelques heures avant sa disparition, on le voit dans cettevidéo plaider la cause des musulmans en arabe à Raqqa , dans une manifestation de soutien aux rebelles syriens à Homs.

Mais le plus préoccupant, c'est qu'aucun otage libéré ne l'ait croisé dans les geôles de Raqqa. Didier François ne l'a jamais vu alors que les quatre Français détenus s'étaient retrouvés un moment avec James Foley.

En podcast, l'extrait d'un entretien lors de sa visite parisienne au moment de la publication de son livre La rage et la Lumière .

Et ci-dessous sa photo à l'issue de la conversation avec Éric Valmir. C'était trois mois avant sa disparition et le journaliste l'avait trouvé particulèrement éprouvé (comment ne pas l'être), contrairement aux dernières rencontres où il débordait d'énergie et de projets pour mobiliser la communauté internationale.

Paolo Dall Oglio
Paolo Dall Oglio © Radio France / EV

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