Mère Fulani et son bébé (Niger, 31 octobre 2013)
Mère Fulani et son bébé (Niger, 31 octobre 2013) © Zsolt Repasy/ZUMA Press/Corbis

Des usines à bébés démantelés au Nigeria, au début de l'été, ont levé le voile sur un réseau de traite d'êtres humains.

Des jeunes femmes étaient soit payées, soit violées, souvent violentées en fait, pour enfanter. Une fois les enfants nés, ils étaient expédiés dans une clinique, au Bénin, qui s'occupait de leur donner une identité en lien avec les acheteurs, en général des familles aisées du Niger et du Burkina Faso.

Dans la haute société, il est socialement important d'avoir des enfants et la honte est souvent jetée sur les femmes ou les hommes qui ne sont pas parents. Conséquence, ce trafic génère une demande très forte.

Mais voilà que désormais, la classe dirigeante nigérienne se retrouve impliquée. Seize personnes ont été incarcérées, dont le ministre de l'Agriculture, Abdou Labo et la deuxième épouse du Président du Parlement, Hama Amadou.

La justice envisageait même de convoquer l'homme du perchoir mais ce dernier s'est enfui le 27 Août, se réfugiant à Ouagadougou. Depuis, aucune trace de Hama Amadou. Paris ? Bruxelles ? Les États-Unis ? Le président du parlement nigérien sait qu'il ne sera pas protégé par un mandat d'arrêt international.

Par le biais de son avocat, il crie au complot politique. Ancien allié du président nigérien, il est passé dans l'opposition avec l'envie de se présenter à la présidentielle de 2016. Depuis Hama Amadou a dû composer avec une motion de défiance à son égard, le renvoi de ses gardes du corps, une attaque contre sa maison et une tentative présumée d'empoisonnement. Cette accusation de complicité dans le trafic de bébés est une manœuvre politique dit ilpour plaider sa défense .

La stratégie de politiser le dossier est habile. Les pressions semblent exister réellement, mais le procureur Boukary Sally Ibrahim prétend que les charges à l'encontre d'Hama Amadou sont accablantes, d'autant qu'il refuse de se soumettre aux tests ADN.

En marge de cet imbroglio politico-judiciaire, le trafic de bébé ne s'est pas arrêté. Des usines ont été démantelées mais d'autres ouvrent à côté. Les autorités nigérianes malmenées par Boko Haram ne peuvent pas lutter sur tous les fronts. D'autant que ces bébés offrent aussi une "matière" à sacrifier. Les crimes rituels pourtant punis par la loi prospèrent. Des sacrifices humains répétés chaque année... et les usines à bébés, qui offrent des nourrissons que personne ne réclame, représentent une véritable filière pour ces raisons.

Entretien avec Clarisse Juompan-Yakam, journaliste de Jeune Afrique qui suit ce dossier depuis des mois.

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