LeLiban au quotidien, son élection présidentielle sans cesse reportée, la pression sociale du million et demi de réfugiés syriens qu constitue le tiers de la population totale libanaise , la guerre qui déborde la frontière et frappe les quartiers est de Tripoli , 80 kilomètres au nord deBeyrouth , menace l'équilibre d'un pays guère épargné par les difficultés ces quarante dernières années.

La riche littérature libanaise offre des clés de lecture inégalables pour comprendre la complexité d'une situation rendue toujours plus inextricable avec le temps qui passe. Les auteurs qui rencontrent le public au Salon du Livre de Beyrouthdepuis vendredi dernier sont les premiers témoins d'un quotidien où l'enthousiasme demeure un rempart efficace contre la dépression ambiante. Sans minimiser les difficultés, mieux en les évoquant soit dans un style direct, soit dans une forme métaphorique, les écrivains et intellectuels libanais apposent une note d'espoir; cet espoir que les discours propagandistes veulent annihiler. En cela, le salon du livre de Beyrouth porté entre autre par L'Orient des Livreset L'Institut Français du Liban apparaît comme un acte de résistance au climat délétère ambiant.

Beyrouth
Beyrouth © / CTC

L'ancien premier ministre libanais Najib Mitaki demande au parlement et aux institutions d'aider Tripoli à se reconstruire. Loin de Kobané, cette ville du nord Liban subit les violences sporadiques nées du conflit syrien. Les derniers affrontements ont éclaté il y a dix jours. Comme toujours, ils opposent les sunnites radicaux aux chiites partisans de Bachar Al Assad et miliciens du Hezbollah . Les islamistes attaquent désormais les positions de l'armée libanaise qu'ils accusent de coopérer avec les factions chiites du Hezbollah. Vingt-sept soldats et policiers de l'armée ont été enlevés par les groupes Al Nosra et Daech avec un chantage à la décapitation contre l'arrêt des combats.

L'armée n'a pas cédé et a repoussé les islamistes du centre ville de Tripoli, les chassant jusque dans le quartier de Bab Al Tebbané . Ces violences ont fait trois morts avec des dégâts matériels importants. Des centaines de famille ont choisi l'exil mais le tissu social n'est pas encore déchiré. La vie quotidienne se poursuit avec une activité économique cependant très affectée.

postes à la frontière libano syrienne
postes à la frontière libano syrienne © / CTC

En réponse, le Hezbollah a décidé de contrôler la frontière syrienne et a posté un millier d'hommes sur des bases surplombant le secteur. Fortifications, tranchées, ravitaillement en eau nourriture et armes, une véritable logistique se met en place pour empêcher les islamistes d'entrer au Liban. Fait surprenant, la formation chiite n'opère pas ici comme un groupe terroriste ou une guérilla mais comme une armée conventionnelle qui garde ses frontières. Elle est d'ailleurs appuyée par l'armée libanaise dans cette opération.

Ce brouillage des cartes s'ajoute à la confusion politique. Depuis le 25 mai 2014, le Liban vit sans président de la République et le mandat du Parlement expire le 16 novembre, à la fin de la semaine prochaine, mais mercredi prochain, les députés vont voter la prorogation de leurs mandats pour deux ans et sept mois sans aucune consultation citoyenne.

Le parlement libanais
Le parlement libanais © / CTC

Concernant l'élection du président, quatorze séances électorales parlementaires sont restées vaines, empêchées par des opérations de blocage institutionnel.

Au Liban selon la Constitution, le président doit être chrétien, le premier ministre musulman sunnite et le président de l'Assemblée Nationale musulman chiite. La remise en lice d'un chrétien dans le jeu du pouvoir dérange une faction parlementaire et le confessionnalisme dans sa version politique politicienne attaque les fondements même du consensus électoral.

C'est tout un principe démocratique qui se retrouve chancelant. Dans les universités, des élections estudiantines ont été annulées en raison de frictions inter-communautaires qui ne voulaient pas voir le scrutin gagné par un autre. Résultat, des affrontements avec blessés graves. Pour éviter de tels débordements, les universités repoussent leurs élections. "Nous vivons une ère glaciaire", écrit Fifi Abou Dib à la une du quotidien L'Orient Le Jour , daté de jeudi dernier.

"Qui bloque l'élection présidentielle ? Qui veut la reconduction du Parlement ? Qui protège et téléguide les islamistes ? Où sont-ils passés du jour au lendemain, à Tripoli ? Évacués, disparus, gardés sous le coude pour une prochaine enchère ? Comment en sommes nous arrivés là ? Hier, tout violent qu'il fut, nous semble plus attrayant que demain. Dans ce présent étriqué, le cœur se rabougrit."

En allant à la rencontre des écrivains, le choix du traitement journalistique assumé aujourd'hui sur France Inter est de donner la parole à des sensibilités locales qui vivent les évènements en direct tout en cherchant une élévation. Dans un Liban et un monde sous l'emprise des discours de propagande, les mots et les histoires portés ici livrent à la fois un témoignage direct et une lecture analytique des évènements. En essayant de préserver le "beau", le "sensible", la "poésie", "l'humour". Car dans cet univers de morts en suspens, il faut bien vivre.

Avec Alexandre Najjar , avocat, auteur du Dictionnaire Amoureux du Liban chez Plon.

Jabbour Douaihy, professeur de français à l'Université de Tripoli Saint-Georges regardait ailleurs , chez Actes Sud.

Deux titres majeurs de la production littéraire libanaise de ces derniers mois.

Florence Ka qui livre un travail autour de la définition du mot "Jihad", Ton Jihad et le mien chez Ovadia.

David Hury, plasticien. The Beirut Book chez Tamyras. Un beau livre, une merveille, les citations d'auteurs et de chanteurs détournées pour résumer son amour et son exaspération de Beyrouth.

Fifi Abou Dib , chroniqueuse et traductrice.

Percy Kemp , consultant en géostratégie, auteur d'Histoires courtes chez L'Orient des Livres et Le Prince au Seuil.

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