Le retour de May Chidiac au salon du livre de Beyrouth n'est pas passé inaperçue; venue présenter un livre magistral sur l'histoire de la télévision qui par ricochet raconte l'histoire du Liban.

A voir la longue file d'attente de Libanais venue saluer la "miraculée ", on comprend l'attachement profond d'un pays qui se reconnaît dans le combat de l'ancienne journaliste. Lourdement handicapée par l'attentat qui la visait, May Chidiac dans une posture christique semble porter la souffrance de tout un peuple, avec dignité et élégance.

2005, année noire
2005, année noire © / ODL

En 2005, quelques mois après les meurtres de Rafic Hariri, 15 tonnes de TNT explosent au passage du convoi du premier ministre sunnite (21 morts, 100 blessés).... images saisissantes à travers la vidéo de France 2...

......Et trois mois après l'assassinat du journaliste Samir Kassir, May Chidiac monte dans sa voiture. La présentatrice vedette du journal télévisé de LBC est connue pour son opposition à la tutelle syrienne de l'époque. Elle ne sait pas que 500 kilos d'explosifs se trouvent sous son siège. Dans l'habitable, elle se contorsionne vers la banquette arrière pour caler des cartons. Cette position va lui sauver la vie, mais la moitié de son corps sera arrachée par l'explosion.

Elle devra subir une vingtaine d'opérations chirurgicales pour finalement revenir à l'antenne en 2006 pour animer un talk show politique. Son courage force l'admiration. D'autant que la journaliste tient tête aux pressions multiples. Ceux qui ont cherché à l'éliminer menacent les invités de son émission et cherchent à l'isoler. Elle poursuit le combat mais, à la surprise générale, finit par démissionner en 2009.

Dans l'interview à écouter en streaming ou podcast, elle dit avoir tenu symboliquement pour démontrer à ses agresseurs qu'ils ne l'avaient pas eue. Depuis, May Chidiac a monté une fondation et donne des cours de journalisme.

May Chidiac
May Chidiac © / odl

En la matière, à la lecture de son livre, La télévision mise à nue publiée chezL'Orient des livres , May Chidiac raconte les liens entre la politique, les mouvances religieuses et la presse.

Cet essai qui se lit comme un roman décrypte les compromissions, les clans, les chaînes de télévision utilisées comme des armes de guerre, les journalistes pressés de livrer des diatribes partisanes plutôt qu'une lecture analytique des évènements. Hariri avait sa chaîne, FutureTV, le Hezbollah la sienne, et la célèbre LBC, qui battait les records d'audience à l'origine, est une création des milices chrétiennes pour lutter contre la présence syrienne au Liban et la tentative de mainmise des Palestiniens sur le pays .

C'est un véritable nid d'intrigues, un terrain d'investigation complexe, mais familier. May Chidiac connaît son sujet. Témoin privilégié, avec une carrière de vingt ans passée dans le monde de la télévision, elle raconte les tensions internes du pays et les pressions externes de la Syrie à Israël. Un opus passionnant.

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