Moins rageur dans ces textes que le rap dit mondialisé, la forme pakistanaise, par le prisme de la promotion des langues régionales s'oppose aux idéologies fondamentalistes réductrices. Phénomène particulièrement sensible au Pendjab , province qui longe les frontières du nord ouest de l'Inde. Un exemple dans les campagnes reculées où Kasim Raja fait entendre sa voix et fait revivre le pendjabi , langue disparue sous l'ourdou que l'unité nationale pakistanaise avait imposé en 1947 lors de la création du pays.

Mais au délà de la langue, Kasim veut chanter les fermes de son village. Ces villages que la modernité citadine oublie. Quand les fondamentalistes s’appuient sur un Islam radical pour brandir un socle de valeurs, les rappeurs comme Kasim puisent d’autres origines identitaires, la vie des villages de leur grand père qu’il faut rebâtir.

Autre fief du rap pakistanais, le sud est de la province du Sindh ….

Festival sindhi
Festival sindhi © / CTC

Quand Muhamad Zia Ulaq au pouvoir dans les années 80 décide d’imposer l’ourdou comme seule et unique langue au Pakistan dans le but de faire de l’Islam un ciment d’unité nationale, des mouvements autonomistes sindhi se forment et détruisent tous les panneaux écrits en ourdou.

La tension est retombée mais les jeunes générations pour se détourner de la mode des écoles coraniques trouvent là un terreau. Les chansons en sindhi plaident l’harmonie entre les peuples et le premier à l’utiliser est un pakistanais exilé en Californie. De San Fransisco, Bohemia chante la nostalgie de sa région en sindhi et obtient un succès colossal.

Bohemia trouve un écho immédiatement chez le jeune Shazad Meer qui depuis sa plus jeune enfance compose des poèmes en sindhi. Bohemia lui donne le courage et le le rap un vecteur pour exprimer sa passion.

Le rap est un cadre mouvant. Grace à lui et ses représentants,l'idée que le Penjab est aussi un lien entre l'Inde et le Pakistan ne ravit pas Islamabad et New Dehli embarqués dans une stratégie de la tension permanente. Les musiciens se posent en antidote des deux nationalismes qui s'expriment à travers ce conflit larvé. Les Indiens Yo Yo Honey Sing et le pakistanais Imran Khan chantent parfois ensemble pour démontrer que la communion et la paix entre les deux peuples n’est pas une utopie.

@ericvalmir

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