Abdelwahab Meddeb , 68 ans, frappé par un cancer foudroyant qui s’est déclaré en juillet.

Ecrivain, universitaire, philosophe, poète, producteur de l’émission « Cultures d’Islam » qu’il animait depuis 17 ans sur France Culture, il fut aussi directeur des éditions Sindbad chez Actes Sud ; une opportunité pour publier les grands classiques du soufismes dont il se réclamait : Ibn Arabi ou le poète Rumi qui abordait le Coran par la quête intérieure.

Rumi écrivait au XIIIe siècle :

L’homme des discours que sait-il de la douceur du silence ?Le cœur aride, que connait il de la fraicheur fluide ?Je suis un miroir , je ne suis pas l’homme des discoursVous pourrez voir mon état spirituel quand vos oreilles seront devenues regard.

Le soufisme par la méditation et la réflexion, et par ce silence qui effraie tant les tam tam mediatiques qui doivent faire du bruit n’avait plus que la voix d’Abdelwahab Meddeb pour porter ses versets.

Abdelwahab Meddeb est mort
Abdelwahab Meddeb est mort © / CTC

L’historien Benjamin Stora , proche d’Abdelwahab Meddeb, était encore à son chevet hier soir. Dans l’hommage qu’il lui rend aujourd’hui, il y a toute la légitimé de l’universitaire franco tunisien qui a approché le Coran dès l’âge de 4 ans . Comme tous les jeunes musulmans, d’abord par la récitation, puis plus tard, sa formation sera densifiée sur les bancs de la plus grande université islamique du Maghreb.Et au nom de cette tradition, de cette connaissance précise d’un Coran qu’il lisait, relisait, traduisant, Abdelwahab Meddeb martelait son message contre l’intégrisme religieux , qui relève plus de l’idéologie en vue de prendre le pouvoir et qui n’a aucun avec la religion et le mystique.Abdelwahab Meddeb bien que malade, cloué dans un lit parisien, restait très informé sur les évènements en Tunisie. Il a suivi avec beaucoup d’intérêt la campagne des législatives en Tunisie. Il en parlait souvent avec Benjamin Stora, les deux hommes ont co-écrit l’an dernier chez Albin Michel « Une histoire des relations entre juifs et musulmans », un sujet sensible pour Abdelwahab Meddeb qui a grandi entre les deux communautés en Tunisie.Sa radio, France Culture, lui rendra une série d’hommages à commencer le vendredi 7 novembre par la diffusion de son émission qu’il a enregistré avant de mourir. Il la consacre au salafisme, vu de l’intérieur pour expliquer ce courant de pensées sur lequel on dit tout et n’importe quoi… La pédagogie encore et toujours .L’homme laisse un grand vide. Il nous reste sa pensée par les écrits et sa voix par les enregistrements numériques de France Culture. Cultures d’islam sur France Culture

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