Une société meurtrie, au lendemain d’une guerre civile où massacres et exactions ont rythmé le quotidien. Une société aujourd’hui où les affaires de corruption et les attentats se banalisent, les violences faites aux femmes et les coups portés aux plus défavorisés aussi, un seul mot dérange et fédère des réactions aussi violentes que disproportionnée : Nymphomanie.

Maya Khadra
Maya Khadra © / CTC

Les derniers jours d’une nymphomane aux éditions Noir et blanc.

Toute l’intelligence de Maya Khadra , jeune auteur de 24 ans dont le personnage principal est malade, elle souffre de nymphomanie.

Problème, une femme qui avoue ouvertement aimer le sexe et faire l’amour encore et encore, ça ne passe pas.

Etrange paradoxe dans une région du monde qui a côtoyé le pire.

Le texte de Maya Khadra n’est pas érotique

A la fin de Derniers jours d’une nymphomane , on apprend que le personnage est en fait mythomane. Et que pris dans l’engrenage de la guerre, vivant ses derniers instants de vie, elle s’invente une existence de nympho. Elle regrette les interdits qu’elle s’est fixée.

Vivre sans regrets devient le credo d’une jeunesse de Beyrouth , notamment celle qui peuple la trame de Beyrouth la nuit chez Stock .

Beyrouth la nuit Diane Mazloum
Beyrouth la nuit Diane Mazloum © / CTC

Six trentenaires se croisent dans la ville en fête.

Six personnages fêlés, cassés par on ne sait quoi, on le devine, et qui ressemble à des oiseaux pris dans le piège d’une véranda, se télescopant entre eux, et se cognant contre les vitres.

Aux yeux de Diane Mazloum , les fêtes de sa génération ne sont pas des soirées où l’on s’amuse.

On sort pour tromper l’ennui dans un pays qui n’a pas grand-chose à offrir à ses jeunes.

Dans le même temps, une clientèle de fêtards étrangers investit Beyrouth lieu à la mode des jet set des pays du Golfe.

Dans un magnifique livre « The Beirut Book » , dans la catégorie des Beaux Livres, recueil de citations détournées en arabe, anglais, français arménien, David Hury souligne ce trait d’un verset pop.

Un jour j’irai à Beyrouth avec toi, toutes les nuits déconner

The Beirut book
The Beirut book © / CTC

Une manière d’ironiser sur les qataris et saoudiens qui viennent se défouler sur les roof top de Beyrouth.

Cela dit, résumer la jeunesse de Beyrouth à une errance ou une oisiveté serait réducteur. Des trentenaires cherchent des formules innovantes pour évoquer le pays.

Prenons le cas du collectif Mashallah News qui pratique le journalisme citoyen online. Un peuple ne peut se résumer à ses gouvernants. Fort de son succès, il existe depuis 4 ans, ce collectif publie un livre Beyrouth « détours et chroniques ».

Beyrouth détours et chroniques
Beyrouth détours et chroniques © / CTC

De courtes histoires qui en disent long.

La nostalgie des trains par exemple. Il n’y a plus de trafic ferroviaire au Liban depuis la fin de la guerre. Gares désaffectées, rails laissés à l’abandon, mais l’équivalent de la SNCF existe encore et le syndicat des cheminots aussi.

L’histoire incroyable de ce mur aussi baptisée la rancune . A l’origine, une brouille entre deux frères qui se disputent les parcelles d’un terrain, l’un récupère les 4/5 du lot et construit un immeuble.

Le frère floué propriétaire du 5ème restant érige un mur, une façade factice depuis la rue et qui bouche la vue à tous les habitants de l’immeuble derrière : la rancune.

Et puis des réfugiés syriens qui s’entassent dans un hôpital désaffecté. Un millions et demi de réfugiés au total dans le pays, c’est le tiers de la population libanaise. Une micro histoire dans cette tragédie : un immeuble , un ancien hopital désaffecté et les familles syriennes à l’intérieur, victime des marchands de sommeil que les journalistes du collectif Mashallah ont rencontré.

Mashallah, c’est une autre forme de journalisme au Liban. Dans ce pays, les organes de presse sont tous assujettis à un parti politique ou un mouvement religieux. Des journalistes se font régulièrement intimider, tabasser, aussi bien par des miliciens que par des forces de l’ordre sur une manifestation.

Statue de Samir Kassir
Statue de Samir Kassir © Radio France / Eric Valmir

La fondation Samir Kassir du nom du journaliste assassiné en 2005 ne cesse de dénoncer toutes les violations du droit à informer et forme aussi une nouvelle génération de journalistes.

Samir Kassir, tué le 2 juin 2005, cités par l’opération de Reporters sans Frontières qui vise à ne pas laisser dix crimes impunis.

La Fondation Samir Kassir organisera un festival en juin prochain pour commémorer les dix ans de la mort de Samir Kassir.

Et bravo au salon du livre de Beyrouth pour ces mots et ces histoires qui donnent un accès direct à l'actualité du Liban et de la région.

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