Au lendemain d'un été meurtrier entre les drones israéliens sur Gaza et les roquettes tirées par le Hamas, le moindre film israélien provoque une recherche instinctive de métaphore .

L'institutrice
L'institutrice © / CTC

L' Institutrice de Nadav Lapid mérite une attention plus large. Cette institutrice qui cherche à préserver le don pour la poésie d'un de ses élèves se croit investie d'une mission. Son désir de purifier la société passe par la violence, le mensonge, la manipulation. Notre grand malheur, c'est d'avoir été pétris par un système d’État. On se retrouve enchevêtrés dans nos propres contradictions. Le coupable, on le découvre quand on s'observe dans le miroir affirme Nadav Lapid le réalisateur.

Bien sûr, l'institutrice doit se battre contre le matérialisme ambiant, contre ce père qui estime que la poésie n'est réservée qu'aux perdants, contre une société qui marginalise la beauté et n'a qu'une logique militaire à offrir en retour, contre un environnement carnassier et vampire qui dévore le sensible. Cette institutrice, dévastée par la médiocrité humaine et cette définition mercantile du bonheur, agressée par les corps et les bruits qui l'entourent, va apprendre que la laideur peut aussi inspirer les poètes, que la poésie, c'est tout sauf se prendre au sérieux ou se croire supérieur, que cette poésie doit être une main tendue vers la réconciliation.

Le désir de pureté n'est qu'une impasse, un mirage. La poésie, c'est accepter l'autre et arrêter de percevoir le monde extérieur comme une agression permanente. On pense à Israël, mais pas seulement, la force d'une œuvre réside dans son universalité.

Ce film est LE film de la rentrée. Loin des logiques binaires, il restitue au détail près les infinies nuances qui composent une sensibilité. L’Institutrice ne démontre pas et ne provoque pas, elle parle directement à nos entrailles. Avec finesse et intelligence.

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Dans Partout Ailleurs , ce soir, conversation avec Nadav Lapid, réalisateur de L'institutrice .

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