Une exploitation évaluée à 400 millions de barils, un potentiel à trois milliards de barils, et le Sénégal s'imagine déjà entrer dans le cercle des pays producteurs de pétrole.

Cet enthousiasme succède à une politique de prudence après la découverte d'un premier puits il y a un mois. Mais la révélation d'un deuxième gisement à proximité confirme les potentialités de la zone. Le Sénégal espère ainsi réduire sa facture pétrolière qui correspond à 10% de son PIB.

Le pétrole au large du Sénégal
Le pétrole au large du Sénégal © / CTC

Pourtant dans la société civile, la méfiance l'emporte.

Dans les cafés de Dakar, on est content qu'il y ait enfin une bonne nouvelle aux infos mais cette satisfaction est teintée de scepticisme.Là où il y a le pétrole, il y a la guerre.

L'or noir attire les vautours du monde entier, les firmes et les groupes criminels.

Il est fini le temps où trouver du pétrole équivalait à gagner au loto. La population profite rarement directement des richesses procurées par ce potentiel.

Les exemples voisins de la Mauritanie et du Sierra Leone montrent les difficultés qui attendent les Sénégalais. Les Mauritaniens ont revu à la baisse des prévisions trop optimistes.

En interne, les polémiques politiciennes surgissent. L'opposition dénonce des arrangements avec le pouvoir en place, le frère du président ayant une société intervenant dans le secteur pétrolier. Le Président Sall en réplique à ses attaques joue la carte de la transparence. "En matière d'exploitation pétrolière, il y a les contrats de production et les contrats d'exploitation, nous avons choisi les signatures à la production ". Traduction, avec ce genre de contrats, on connaît les entités.

Elles seraient déjà définies en ces termes. 90% entre des firmes anglo-américaines et australiennes, 10% pour Petrosen qui représente l’État sénégalais. Dakar imposerait aussi une fiscalité aux compagnies qui exploiteront ce brut. L'enjeu est aussi de pouvoir bénéficier cette énergie pour les besoins du pays, seuls 30% du territoire disposent de l'électricité.

Pour le moral des économistes, c'est une découverte majeure. A quinze jours du Sommet de la Francophonie, le Sénégal dit se tourner résolument vers l'avenir en devenant un pays émergent. Mamadou Faye, le président de Petrosen, annonce les premiers barils pour 2020.

Mais rien à faire, la rue de Dakar reste dubitative. Au Nigeria et en Angola, le pétrole a enrichi les places financières, a creusé les inégalités sociales et aggravé les problèmes de sécurité.

Partout Ailleurs est en direct de Dakar cette semaine.

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