Pour ouvrir cette page de notre Spéciale Iran avec Courrier International et La Croix, une galerie photo de l'exposition de Mana Neyestani, caricaturiste iranien . Perse et Fracas visible au MK2 Bibliothèque à Paris jusqu'au 27 juin. Expo qui porte le nom de son album "Tout va bien " publié chez Arte Editions.

L'entretien avec Mana Neyestani disponible en téléchargement.

Dans les situations les plus désesperées, il reste seulement l'humour. Et la capacité à voir du beau en dépit de la laideur environnante.

Tout va bien de Mana Neyestani
Tout va bien de Mana Neyestani © Radio France / EV

40 ans, de formation architecte, et devenu au début des années 90 un des caricaturistes les plus en vue en Iran, Mana Neyestani accompagne la vogue des journaux réformateurs au début des années 2000. La connotation politique de ses dessins est très mal perçu et le voilà contraint de bifurquer vers les illustrations pour enfants.

Maitrisant l'art de la métaphore, Mana Neyestani distille la vision d'une autre société. En 2006, le régime iranien de Ahmadinejad ne supporte pas la caricature d'un cafard qui prononce un mot en azeri, parole qui aurait heurté cette communauté. Neyestani et son éditeur furent arrêtés . Trois mois plus tard, à sa sortie de prison, il se sent menacé et choisit la voie de l'exil. Destination : la Malaisie.

Devenu malgré lui une des figures contestataires du régime islamique de Teheran, son dernier recueil rend hommage aux artistes et juurnalistes dont la parole a été censurée.

Siamak Poursand , ce journaliste assigné à résidence s'est suicidé le 29 avril 2011 en se jetant par la fenêtre de son appartement. Un suicide pour le moins curieux.

Ahmad Zeidabadi, ancien redacteur en chef du journal Azad, arrêté après les élections en 2009 purge une peine de 6 ans de prison, suivi d'un exil interieur de 5 ans, et d'une interdiction d'excercer à vie.

Autre figure censurée à laquelle Mana Neyestani rend hommage dans "Tout va bien " : le chanteur pop Arya Aramnejad . Arrêté pour être l'auteur compositeur interprète de "Ali Barkhiz ", une chanson d'opposition au régime, il purgera en 2010 une peine de 9 mois de prison.

Son vidéo clip est réalisé avec des images amateurs prises avec des téléphones portables dans la rue. Il est question des violentes répressions qui ont suivi les manifestations en 2009 contre le pouvoir soupçonné d'avoir truqué le résultat électoral.

Arya Aramnejad
Arya Aramnejad © / WTC

Arya Aramnejad est aujourd'hui détenu au centre de rétention du ministère du renseignement depuis dix huit mois.

Aucune information sur la durée de son incarcération.

Il y aurait subi tortures et humiliations sexuelles pour avoir chanté en 2011 "Deltangui ", "le coeur serré", chanson dédiée au mouvement vert et ses martyrs .

Le printemps iranien n'a jamais eu lieu. La police réprime violemment et le régime restreint les limites d'Internet.

Il y a deux mois, le projetBasir est lancé par le ministère iranien de la communication et des technologies de l'information : Basir est un Google islamique destiné à déclassifier le géant américain.

Depuis dix ans, Google, Youtube, Twitter sont dans le viseur de Téhéran qui multiplie les filtrages web surtout à l'approche des élections.

En effet, l'Iran est un pays d'internaute. 38 millions de connectés sur les 78 millions d'habitants que compte le pays. Ainsi, via les réseaux sociaux, les Iraniens parviennent à témoigner des brimades qu'ils subissent.

Plus de slogans hurlés dans les rues, mais des bouteilles jetées à la mer sur le net.

Thibault Lefevre, journaliste à la rédaction multimédia de France Inter , les a recensé. Depuis 2009, il a rencontré et recueilli la parole de ceux qu'un regime liberticide a contraint à l'exil. Toutes générations, toutes classes sociales confondues. Il en a fait un webdoc.

Iran, récits d'une révolte inachevée (Thibault Lefèvre, Shadi Sanjabi, Stéphanie Parfait)

Iranian stories, un webdoc de Shadi Sanjabi, Stephanie Parfait, Thibault Lefèvre
Iranian stories, un webdoc de Shadi Sanjabi, Stephanie Parfait, Thibault Lefèvre © Radio France

L'Iran, version 2013

La liberté d'expression n'est plus qu'une vue de l'esprit. Dans son dernier communiqué, Reporters sans Frontières alerte les opinions publiques.

54 journalistes sont emprisonnés en Iran. en novembre dernier le blogueur Sattar Beheshti, 35 ans, est mort sous la torture dans une geôle de la prison d’Evin. Son tort : avoir critiqué le régime iranien sur son blog.

Farhad Khosrokhavar
Farhad Khosrokhavar © Radio France / EV

Invité de Partout Ailleurs , l'intellectuel iranien, Farhad Khosrokhavar. Aux yeux du chercheur, la République Islamique depuis sa création il y a 34 ans, a tourné autour de deux dimensions.

La première théocrative et non élective avec le guide suprême , l'armée et la justice.

L'autre symbolisé par le Parlement élu directement par le peuple.

Extrait de l'entretien avec Farhad Kosrokhavar :

" En 1997, avec l'élection d'un réformiste,Khatami , on a vu prospérer les intellectuels, les femmes, les étudiants et les minorités ethniques. Cette émergence a inquiété le système incarné par le guide. Il falait éliminer la dimension républicaine de la République islamiste.

Elu à deux reprises avec des soupçons de fraude, Mahmoud Ahmadinejad, le candidat favori du guide, a désarticulé l'appareil d'Etat et lui a retiré la relative autonomie dont il disposait.

En matière économique, il a ignoré les objections du Parlement, et après les manifestations du mouvement vert en 2009, Ahmadinejad a entrepris une vaste campagne de repression. Opposition décimée, manifestants emprisonnés, journalistes, bloggeurs et artistes interpellés."

L'entretien avec Farhad KhosroKhavar disponible en téléchargement.

Ouverture des bureaux de vote
Ouverture des bureaux de vote © Radio France / Jean-Marie Porcher

L'élection présidentielle en 2013 (avec les photos de Jean-Marie Porcher)

Urne  iranienne
Urne iranienne © Radio France / Jean-Marie Porcher

Peut on parler d'un principe démocratique comme nous le connaissons en Occident ? Difficilement. Les candidats sont choisis par un conseil des gardiens sous l'autorité du guide suprême . Ce conseil des gardiens valide les candidatures à l'approche d'une élection et promulgue ou pas les lois issues des débats parlementaires.

A la mort de Khomeini le 3 juin 1989, l'Assemblée des experts choisit Ali Khamenei comme Guide de la Révolution.

Après les manifestations de 2009, l'essor du mouvement vert et les critiques formulées publiquement à l'encontre du système et de la figure du guide, Ali Khamenei a durci le ton.

Moussavi et Kourabi , les deux leaders du mouvement vert sont toujours assignés à résidence depuis février 2011.

Et le refus aux principales figures de l'opposition de poser leurs candidatures cette année a donné le ton d'une campagne électorale destinée à consolider un régime encore ébranlé par les secousses de juin 2009. Aucun débat digne de ce nom et des thématiques qui tournent autour de la gestion économique calamiteuse d'Ahmadinejad et de l'achèvement d' une reconfiguration politique au profit du guide, plus puissant que jamais mais aussi plus isolé.

Affiches de campagne dans les rues de Téhéran
Affiches de campagne dans les rues de Téhéran © Radio France / Jean-Marie Porcher

La fissure entre le régime et la population ne s'est jamais ressoudée.

Au contraire.

Le trouble a gagné la sphère politique. d'où une selection drastique des candidats à l'élection.

Même Hachemi Rafsandjani , ex président,figure historique de la Révolution mais aussi ouvert au dialogue avec l'Occident, a été écarté. Tout signe d'ouverture au monde extérieur est malvenu dans le climat actuel.

Sur les 600 candidats à la candidature, seuls huit passent le filtre du Conseil des gardiens . Quatre ultra conservateurs et des conservateurs modérés présentés comme des réformateurs. Le retrait de l'ex premier vice président Mohamed Reza Aref donne du poids à Hassan Rohani , le candidat le plus ouvert de tous ceux en lice. Une carte qu'il entend jouer en prenant position contre le Guide dans ses dernières sorties publiques.

Bien que décimés par les répressions, les emprisonnements, les tortures, les exils, la pensée réformatrice survit dans une partie non négligeable de la société civile susceptible de se tourner massivement vers un reponsable politique tourné vers un semblant d'ouverture.

Propagande idéologique
Propagande idéologique © Radio France / Jean-Marie Porcher

Dans les rues de Téhéran, des tentes sont installées. Ce sont des bureaux d'incitation à voter. Les citoyens peuvent parcourir un historique illustré des anciens présidents.

Dans la rue, sous des tentes, des bureaux d'incitation à voter.
Dans la rue, sous des tentes, des bureaux d'incitation à voter. © Radio France / Jean-Marie Porcher

Tout est donc fait pour animer cette campagne électorale terne et sans réel engouement populaire. 50 millions d'électeurs sont appelés à désigner un successeur à Mahmoud Ahmadinejad qui laisse au terme de deux mandats une Iran isolée et affaiblie économiquement par l'embargo, les sanctions internationales et les répressions policières à l'encontre des citoyens.

Affiche de campagne dans l'indifférence générale
Affiche de campagne dans l'indifférence générale © Radio France / Jean-Marie Porcher

Dans ces dernières heures de campagne, les prises de position d'Hassan Rohani donne un nouveau souffle.Face à lui, le camp des ultraconservateurs décide aussi de s'unir derrière une candidature unique.

Gholam Ali Hadad-Adel, dont la fille est marié au fils du Guide s'est retiré.

Restent seulement deux favoris : SaÎd Jalili , main de fer, connu des occidentaux pour son intransigeance dans le dossier nucléaire.

Et Mohamed Bagher Ghalibaf, maire de Téhéran issu des gardiens de la Révolution et apprécié pour une efficacité gestionnaire.

Mais Saïd Jalili a la faveur du pronostic . Plus en verve dans la campagne, il attaque son adversaire réformateur Hassan Rohani qui en 2004 avait négocié avec l'Occident la suspension de l'enrichissement de l'Uranium sans rien obtenir en contre partie.

Rohani réplique que l'intransigeance de Jalili n'a fait qu'accroitre les sanctions économiques internationales à l'égard de l'Iran.

Affiches électorales à Téhéran
Affiches électorales à Téhéran © Radio France / Jean-Marie Porcher

Et voilà la question du nucléaire abordée sans tabou dans la campagne électorale.

Fait nouveau, le dossier nucléaire n'ayant jamais gagné la sphère des débats publics.

En marge de la présidentielle, il ne faut pas oublier le scrutin des municipales, loin d'être négligé par le conseil des gardiens qui cherche à verrouiller les pouvoirs locaux.

Ci dessous, en photo, une affiche électorale. Ahmadinejad soutient des candidats aux municipales, mais avec beaucoup de discrétion. On ne les voit pas sur les affiches, leurs noms ne sont pas indiqués. A la place, juste un slogan : « Le printemps arrive », terme commun pour désigner les candidats du Guide (Khamenei) et de son prédécesseur (Khomeini).

Le soutien discret mais implicite d'Ahmadinejad aux candidats des municipales
Le soutien discret mais implicite d'Ahmadinejad aux candidats des municipales © Radio France / Jean-Marie Porcher

Le Printemps arrive , référence aux printemps arabes de 2011, mais qui ici représente l'aile dure du régime. Pur excercice de récupération politique, de communication, et de propagande idéologique.

La chronique d'Isabelle de Gaulmyn

Quand la géopolitique croise la religion ... comment survivent les minorités religieuses en Iran en dépit des persécutions qu'elles subissent. En partenariat avec le journal La Croix.

Le vendredi, jour de prière à Téhéran
Le vendredi, jour de prière à Téhéran © Radio France / Jean-Marie Porcher

Disponible en téléchargement les reportages de Christian Chesnot, les regards de New York et Jérusalem sur les élections iraniennes, et un direct avec Delphine Minoui, correspondante du Figaro au Caire , Delphine qui a vécu 10 ans à Téheran.

Sans oublier la revue de presse de Courrier International par Eric Chol.

MERCI DE VOTRE FIDELITE CONFIRMEE PAR LES RESULTATS D'AUDIENCE.

BEL ETE A TOUS

A L'ANNEE PROCHAINE

Partout Ailleurs sur Franceinter.fr :

Mariel Bluteau, Thibault Lefevre, Jean-Marie Porcher, Eric Valmir

Partout Ailleurs le générique :

Valentin Couineau & Hervé Dejardin

Partout Ailleurs sur Twitter

@ericvalmir

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WEBDOC | Iran 2009, récits d'une révolte inachevée Le vendredi 14 juin 2013, les électeurs iraniens votent pour élire leur prochain président. Quatre ans après la réélection contestée du conservateur Mahmoud Ahmadinejad, les revendications démocratiques exprimées en 2009 investissent les débats.      

WEBDOC | Iran : la République islamique inquiète La République islamique inquiète. Son ambitieux programme nucléaire, officiellement civil, ne laisse planer que peu de doute sur sa volonté de disposer de l'arme atomique. Dans une région instable et riche en hydrocarbures, Téhéran menace un équilibre précaire. Décryptez les enjeux d'un pays au carrefour de l'Orient et de l'Occident. 

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