La femme, l’avenir de l’homme. Le poète qui a toujours raison n’est plus seul à le dire.

Qui plus est, ce n’est pas une vue de l’esprit, ce n’est même pas un projet, c’est un processus historique en cours qui va succéder à deux millénaires d’inégalité. Cette idée forte se dégage des tables rondes qui rythment les journées de travail à Dakar élaborées par l’Agence Universitaire de la Francophonie sous la bannière « femmes universitaires, femmes de pouvoir ?"

Des femmes universitaires venues de toute la Francophonie témoignent, échangent, discutent.

Un constat glacial fait l’unanimité : disparités et inégalités sont criantes dans le monde universitaire. Pour Marcelline Nnomo Zanga, il faut que le sommet ratifie avec force l’instauration d’un Observatoire de l’Egalité des Chances dans toutes les universités pour que les directions administratives ne soient plus squattées par les hommes.

Femmes universitaires, femmes de pouvoir ?
Femmes universitaires, femmes de pouvoir ? © / AUF

L’ancienne inspectrice générale des affaires académiques à Yaoundé et l’actuelle présidente du cercle international de recherche sur la femme africaine l’affirme : les étudiantes réclament un encadrement féminin pour être défendue et mieux accompagnées dans un système patriarcal qui les marginalise, les exploite et les humilie.

Sans oublier les trop nombreux cas de harcèlement et violences sexuelles à l'intérieur et l'extérieur des universités et les conflits où les viols sont pratiqués comme arme de guerre.

L’urgence aux yeux de Marcelline Nnoma Zanga n’est pas le pouvoir politique, mais l’instauration d’un réseau. Que les aînées forment les nouvelles générations, qu’un monde de femmes prenne forme dans les universités et les milieux économiques. Les reponsabilités politiques viendront ensuite. D’ailleurs, les femmes actuellement au pouvoir en Europe ne reproduisent elles pas le schéma des hommes ? Il faut sortir de cette logique et imaginer une nouvelle forme de gouvernance s’appuyant sur de nouvelles sensibilités et une attention portée aux minorités. Un sens de la démocratie plus affirmée. En ce sens, on voit que les discussions à Dakar n’ont rien à voir avec un combat féministe d’arrière garde et se retrouve en corrélation avec les préoccupations qui animent à peu près toutes les sociétés civiles aujourd’hui.

La vision portée par ces femmes est une construction sur des fondations solides. Dans un monde globalisé accès sur la culture de l’immédiateté, c’est une vue à long terme salvatrice qui s’affirme ici . Bâtir un réseau à partir des universités. Mais comme le souligne aussi Rosalie Ngono Ngane du département biochimie de Douala au Cameroun , il ne faut pas oublier les femmes qu ne vont pas à l’université, elles composent évidemment une majorité.

Dans une praire, en Afrique, Harare, Zimbabwe
Dans une praire, en Afrique, Harare, Zimbabwe © Hannah Mentz/Corbis

Le poids de la tradition est une prison. La femme africaine, c’est la mama, le boubou, la marmitte, et la marmaille, celle qui préserve la famille.

Si la petite fille grandit dans cet univers, elle le reproduira. Il est donc urgent de bâtir des modules de formation pour que les jeunes femmes prennent conscience de leurs possibilités, de leurs facultés à émerger quels que soient leurs niveaux d’études. Il faut impliquer les hommes dans cette éducation, ce n’est pas un affrontement sexiste, c’est une autre façon de penser pour améliorer un système.

Les témoignages n'ont pas exclu les visions extérieures à l'Afrique, la venue de Daniela Roventa Frumusani n'est pas passée inaperçue.

Daniela Roventa-Frumusani
Daniela Roventa-Frumusani © / CTC

Anthropologue à l’université de Bucarest, elle a cité l’exemple de la Roumanie.

Sous le communisme, 30% des postes dans l’appareil d’Etat étaient réservés aux femmes . Après la chute du mur et celle du régime Ceaucescu, toutes les politiques publiques ont eté jetées à la poubelle, les histoires de quotas en premier.

Les femmes se sont retrouvées premières victimes de cette crainte d’une nostalgie du communisme. La crise économique les a ensuite frappé de plein fouet, victimes d’un double patriarcat, femme au foyer dans la sphère privée, en première ligne sur le front des licenciements dans le monde professionnel.

Comme partout en Europe, les jeunes et les femmes sont les catégories les plus touchées par le chômage. Et l’on retombe alors sur les discussions à venir du sommet de la francophonie. Les jeunes et les femmes se posent-ils comme les acteurs majeurs du développement dans un futur proche ? Poser la question est une provocation en soi tant l'évidence nous dicte de suivre ce chemin.

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