Un prêtre et un diplomate invités. Le père Paolo Dall Oglio après trente années de présence en Syrie fut expulsé par Bachar Al Assad.

Jean d'Amécourt , ex ambassadeur à Kaboul fut le témoin des incohérences de la communauté internationale en Afghanistan

La rage et la lumière, le père Paolo Dall Oglio, prêtre engagé en Syrie

Installé au monastère de Mar Moussa depuis 1980, Paolo Dall'Oglio , très impliqué dans le dialogue islamo-chrétien a pris fait et cause pour les revolutionnaires syriens. Menacé de mort par les milices du régime, et expulsé par Damas , il vit actuellement dans le monastère de Sulaymaniiya h dans le Kurdistan Irakien.

Auteur du livre "La rage et la lumière" , texte sur son expérience syrienne, il parcourt le monde pour sensibliser les opinions publiques au chaos qui plonge la Syrie dans l'obscurantisme.

Paolo Dall Oglio
Paolo Dall Oglio © Radio France / Severine Bouvart

Paolo Dall'Oglio invité de Partout Ailleurs commente les derniers faits d'actualité en Syrie et fustige l'irresponsabilité de la communauté internationale.

Bien qu'opposé à toute forme violence, il comprend celle qui consiste à se défendre. Sans la rebellion, la Syrie subirait un génocide , affirme le père Dall'Oglio

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Extraits de l'entretien avec Eric Valmir et des passages du livre :

Les Etats-Unis ne font rien. L’Union Européenne se cache derrière les vétos russes et chinois . Près de 100 000 morts, cinq millions de personnes réfugiées et des déplacés internes, infrastructure économique détruite, des centaines de milliers de personnes torturées et emprisonnées. Et les armes chimiques désormais utilisées. Personne ne bouge.

En mars 2011, le désir d'un changement sans effusion de sang était clair. Seul comptait la conviction non violente. Un jeune de Douma opposait aux soldats des fleurs et de l'eau fraiche. Ils l'ont torturé et tué. Une jeune femme Caroline Ayoub distribue des oeufs de Pâques en chocolat aux enfants des réfugiés avec un verset du Coran et des paroles de l'Evangile. Ils ont été torturés et tués parce que le régime des Assad ne conçoit pas la non violence.

Damas a provoqué la violence pour pouvoir la dénoncer comme expression du terrorisme international.

En Syrie
En Syrie © / WTC

J’aurais pu appartenir aux Brigades Rouges dans les années de plomb italiennes. J'ai toujours considéré ceux qui sont appelés terroristes comme des individus piégés.

Si ce n’était à cause de mon vœu, de ma fonction, du sens premier de ma vie, j’aurai certainement cédé à la tentation de prendre les armes.

Les révolutions tunisiennes et egyptiennes ont marqué un succès inédit de la résistance pacifique face à des systèmes totalitaires et policiers.

Dans le sillon de ce succès se sont engouffrés les révolutions yémenite, libyenne, bahreïnie et syrienne. Pour le Yemen et la Libye, la répression fut brutale mais la solidarité internationale fut engagée. Pour le Bahreïn et la Syrie, la répression cruelle s'est accompagnée de l'abandon international.

L'envergure de la tragédie syrienne est inégalée dans l'histoire arabe contemporaine.

Jean d'Amécourt, un diplomate en guerre à Kaboul

Un livre qui n'est pas écrit dans une langue de bois chère à la diplomatie bienveillante. Diplomate en guerre à Kaboul est un texte signé de l'ancien ambassadeur Jean D'Amécourt en poste de 2008 à 2011.

Jean D'Amécourt
Jean D'Amécourt © Radio France / EV

La semaine dernière Bernard Bajolet qui avait succédé à Jean d'Amecourt a ouvertement critiqué la corruption gangrenant le système politique en Afghanistan .

Les gouvernants afghans confirment et ne cherchent même pas à démentir. Oui, la CIA notamment "arrose" à coups de millions de dollars l'équipe de Karza i.

Dans son livre, Jean d'Amecourt revient sur toute la complexité d'une réalité de terrain. La coopération des programmes occidentaux est difficile à mettre en place. Elles entrent dans des logiques de non concertation, de concurrence stérile entre acteurs du développement, attribution de budgets et reconnaissance des programmes.

Extraits de l'entretien avec Eric Valmir et des passages du livre :

Une question a été négligée. Quelle part de l’opposition armée est liée aux talibans et quelle part ne fait qu’exprimer sa vive hostilité à la présence occidentale ?

Dans le XXème siècle, l’Afghanistan a connu un émirat, une guerre avec l’Empire Britannique, un royaume, une première guerre civile, un second royaume, une république, l’invasion soviétique, une seconde guerre civile, la domination des Talibans et les soldats de l’Otan.

Malaise de nos institutions nationales et internationales d’avoir quitté les responsabilités concrètes pour se perdre dans les rapports sur papier glacé de statistiques abstraites « prévalence du droit » « inclusivité » « projet à composante communautaires » Et les militaires ne sont pas exempts. Ils manient avec brio le powerpoint enthousiaste et des critères de succès soigneusement choisis pour devancer les attentes d’une classe politique peu désireuse de se confronter à la réalité de terrain.

La corruption et le traffic de drogue, deux pratiques toujours en cours. La culture du pavot a augmenté et l'Afghanistant est le premier producteur mondial d'opium.

L’arrivée d’argent frais en Afghanistan a fait flamber le prix de l’immobilier et le niveau des salaires. L’aide elle-même peut être un facteur déstabilisant. D'où la difficulté du gouvernement afghan à recruter des cadres compétents, un programme grave pour l'avenir du pays.

Les représentants de la communauté internationale stygmatisent les désertions et la corruption dans la police afghane alors que le salaire d'un policier de base ne dépasse pas les 200 dollars par mois et que les interprètes recrutés par les forces étrangères sont mieux payés qu'un juge à la Cour suprême.

Pour ne pas noircir le tableau, des avancées concrètes ont lieu en termes d'infrastructures : les routes, les hopitaux, la Santé, l'éducation même si un adulte afghan sur trois ne sait pas lire.

Autre motif de satisfaction : la formation de l'armée afghane. Même si la dite formation s'avère complexe.

A écouter en podcast, le reportage de Nicolas Ropert à Kaboul.

Un militaire afghan en formation dans le camp français
Un militaire afghan en formation dans le camp français © Radio France / Nicolas Ropert

Personne ne croit vraiment que les militaires français vont tous partir en 2014.

L'armée afghane n'aura pas l'autonomie suffisante pour assurer la sécurité du pays.

Il faudra toujours des forces en soutien ou des cadres formateurs.

Malgré la férocité de leur répression obscurantiste, les talibans ne sont pas parvenus à éradiquer la tradition musicale , grande richesse de la culture orale.

Dans la société afghane, un courant émerge ces derniers mois. Les déçus de Karzai. On a voté pour toi soutenu par les occidentaux pour une vie meilleure et on ne voit que la mort".

Parmi eux Samiullah Tarron , 28 ans. Né juste après l'invasion soviétique. L'Afghanistan de son vivant n'a connu que des années de guerre et de résistance. Le poème qu'il écrit ici raconte un déchirement et une fatigue. Coincée entre deux logiques guerrières, les talibans d'un coté, l'Otan de l'autre , les rivalités inter-ethniques, les jeux de pouvoirs, il rêve une réconciliation sereine.

Lynchage en Egypte

En Egypte, la situation sécuritaire se dégrade et surtout la population perd confiance dans les institutions de l’Etat. Conséquence, les citoyens préfèrent appliquer leur justice.

La pratique du lynchage, phénomène à la marge, mais inquiétant, illustre l'hystérie qui peut gagner une population au bord de la crise de nerfs.

Vanessa Descouraux , la correspondante de France Inter au Caire s'est rendu dans un village du Delta du Nil où Youssef, un jeune homme de 18 ans a été battu à mort, lynché par plusieurs dizaines de personnes.

Lynchage en Egypte
Lynchage en Egypte © Radio France / Vanessa Descouraux

Pire, il ne reste plus rien de la maison de Youssef, prise en photo ici par Vanessa.

Le reportage de Vanessa Descouraux à Qatawya, zone rurale pauvre à une centaine de kilomètres du Caire, à écouter en téchargement podcastable en haut de page.

A l'origine de cette affaire, une banale dispute de rue.

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Hervé Dejardin et Valentin Couineau

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