Au mois de mai dernier, la junte militaire prenait le pouvoir en Thaïlande . C'est à la télévision que le général Prayuth Chan-ocha a annoncé le renversement du gouvernement, assurant ne procéder à aucune censure des médias. "Nous avons besoin de la collaboration des chaînes de télé afin qu'elles demandent aux gens de ne pas paniquer. Ce n'est pas un coup d’État. Nous prenons le pouvoir parce que la situation politique l'exige ".

Militaires thailandais à la télé
Militaires thailandais à la télé © / CTC

La situation est calme dans la rue.

Les militaires arrivent aux affaires sans un coup de feu dans un pays habitué à ces rebondissements.

Dix huit tentatives de putsch depuis la réforme de la monarchie absolue en 1932, dont 12 ont abouti. Le 20 mai 2014, la loi martiale est instaurée. Deux jours plus tard, les principaux responsables politiques sont écartés et la totalité du pouvoir sera exercée par les militaires au nom de l'ordre public .

Une situation qui venait ponctuer sept mois de manifestation des chemises jaunes, ultra-monarchistes de l'opposition qui appelait de leurs vœux un coup d’État militaire et judiciaire. Ils auront obtenu gain de cause...

Un mécanisme bien huilé. L'armée , sous une façade de neutralité, fait le jeu des élites de Bangkok .

Si ces coups d’État ont fini par s'intégrer au paysage politique, c'est qu'ils sont, généralement, suivis d'élections. Or, cette fois-ci, il n'en est rien. la junte au pouvoir a instauré un conseil national des réformes dont les premières sessions constituent une régression démocratique.Les militaires suggèrent que le premier ministre ne soit plus désigné par des élections et qu'il ne soit pas issu du sérail politique. Deuxième idée forte, réduire drastiquement le nombre de députés : de 500 à 77 . Des propositions conformes aux idées conservatrices d'un Conseil constitué d'officiers, de hauts fonctionnaires, d'élites, de notables de la cour du roi. Aucun représentant de la classe moyenne. Tout débat politique est interdit. L'interruption d'un forum dans une université signale la volonté de la junte de contrôler la liberté d'expression. Les autorités musèlent les campus, les journaux et internet. Les militants de droits de l'homme sont en exil ou en prison.

Le maintien de l'ordre pour éviter la guerre civile, le credo des militaires pour justifier leurs agissements ne tient plus dans une population de plus en plus sclérosée. Aux yeux du chercheur David Camroux,le pays le plus démocratique et le plus égalitaire de l'Asie du Sud Est est devenu son contraire . La Thaïlande se dirige vers une démocratie guidée par les élites où tout processus électoral sera marginalisé . Et les inégalités sociales s'accroissent entre les campagnes qui survivent dans le dénuement et Bangkok qui vit dans l'opulence.

La croissance de l'économie thaïlandaise connaît un fort ralentissement, non prévu par les analystes. Les investisseurs se détournent et la capacité de la junte à relancer l'activité soulève des doutes. Les militaires s'étaient engagés à augmenter les dépenses d'infrastructures et à relancer la consommation . Mais les ménages méfiants se crispent, et l'économie se met à tourner au ralenti.

Autre facteur non négligeable, le roiBhumibol Adulyadej se meurt. Et le prince héritier est impopulaire. Le trône de la monarchie vacille et avec tous les intérêts des élites qui convergent autour. Il faut préserver le modèle, quitte à utiliser la force, l'alliée de toujours.

A Kingdom in crisis , un livre écrit par un journaliste écossais,Andrew Mac Gregor Marshall , ancien correspondant en Thaïlande vient d'être interdit de vente et de distribution. Et pourtant, c'est un livre-clé pour comprendre la situation actuelle : le tabou de la succession, la lutte pour la démocratie et la réforme de la monarchie.

Comme le souligne le chercheurDavid Camroux , ce qui est en jeu est le statut du monarque .

Le roi doit-il être perçu encore comme un demi dieu pesant sur les décisions politiques ? Ou bien son rôle doit-il être réformé ? Ne plus être acteur et protagoniste, mais arbitre, comme un vieux sage garant des institutions .

@ericvalmir

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