Le chanteur Marilyn Manson nie les agressions sexuelles dont il est accusé, les Polonaises continuent de se battre pour le droit à l’IVG que leur a retiré le gouvernement... Une bonne nouvelle : selon la théorie de la "glass cliff", les temps de crise permettraient aux femmes de grimper dans la hiérarchie.

Marilyn Manson accusé d'agression sexuelle
Marilyn Manson accusé d'agression sexuelle © AFP / SUZANNE CORDEIRO

Brian Warner a 52 ans, mais comme c’est un grand enfant, il adore les déguisements. Des dents grisées, affûtées, limées, des lèvres rouges très maquillées, le teint blafard, les cheveux noirs, visage émacié, et corps tatoué : Dracula est son totem, Marylin Manson, son nom de scène, et il fait peur autant qu’il vend. 

Il a écrit une chanson intitulée Disposable Teens. « Ados jetables », c’est bizarre comme titre, non ? Rétrospectivement, ça sonne étrangement… Le chanteur, star planétaire, figure du rock metal, est accusé aujourd’hui par 5 femmes de harcèlement, torture, menaces, chantage, agressions sexuelles et de viol pour certaines.  

Oui, mais elles mentent. Parce que c’est un gentil garçon. Ce n’est pas parce qu’il se met des crucifix dans le nez qu’il est mauvais. Il ne faut pas tout confondre, tout mélanger, puisqu’il faut au contraire distinguer l’homme de… l’artiste, évidemment - selon la ligne de défense aujourd’hui consacrée par tous ceux qui ont été accusés de viol jusqu’ici. 

Manson maîtrise cette rhétorique à la perfection, et, pour mémoire, il s’agit toujours de : 

  1. Nier, c’est la base ; 

  2. Inverser la culpabilité : la victime, c’est lui, injustement calomnié ; 

  3. Admettre à la rigueur la relation sexuelle, mais surtout, surtout, insister : elles étaient consentantes.  

Des accusations qui ne sont pourtant pas nouvelles 

Et tant pis si les récits sont glaçants, tant pis s’ils convergent étrangement, tant pis si toutes celles qui l’accusent avaient moins de 20 ans… Et lui 20 ans de plus qu’elles.  

L’une d’entre elles, Evan Rachel Woods avait déjà été entendue en 2018 par une commission du congrès américain sur les violences sexuelles. Elle avait raconté les humiliations, le harcèlement, le flingue sur la tempe, les soirées enfermée dans une petite pièce de la maison pieds et mains attachés…  

Elle n’avait pas encore donné le nom de son agresseur, mais tout le monde s’en doutait. Disons que Manson avait une vision de la conjugalité toute particulière : en 2009, dans une interview, il avait raconté, par exemple, qu’il fantasmait chaque jour de pulvériser le crâne de l’actrice à coups de marteau. Mais je suppose que c’était de l’amour.  

Les manifestations pour le droit à l’avortement continuent en Pologne 

Pendant ce temps, en Pologne, il a beau faire -20 °C, elles sont encore des milliers à battre le pavé dans les rues de Varsovie. Comme toutes les semaines depuis des mois, les Polonaises se retrouvent le vendredi soir, dans la rue, pour défendre leur droit à disposer de leur corps.  

On chante, on danse, on applaudit… Une ambiance de colonies de vacances. Sauf que le cœur est lourd, à entendre les manifestantes, et leur rage, entière. Le décret vient de paraître au journal officiel et des mois de luttes n’y auront rien changé : les femmes n’ont plus le droit d’avorter, même en cas de malformation grave du fœtus. L’IVG n’est autorisée désormais qu’en cas de danger pour la vie de la mère, de viol, ou d’inceste, qui, comme vous le savez, sont toujours si faciles à prouver.  

La "glass cliff", la falaise de verre selon laquelle les femmes montent dans la hiérarchie en période de crise 

La bonne nouvelle de la semaine, c’est que le plafond de verre n’existe pas. Non, parce qu’il vaut mieux parler de glass cliff, de “falaise de verre”, plutôt que plafond.  

C’est un concept mis au point par deux chercheurs britanniques. L’idée : les femmes peuvent tout à fait monter dans la hiérarchie… à condition qu’on soit en période de crise. Par exemple, l’étude met en évidence que lorsqu’une entreprise traverse cinq mois de mauvaises performances boursières, il y a alors des chances qu’on nomme une femme à sa tête.  

En politique, ça marche aussi. On est en pleine pandémie – jusque-là, vous me suiviez. Il y a deux semaines, pour la première fois, une femme, Kamala Harris, devenait vice-présidente. Quelques jours plus tard, l’Estonie se dotait d’une cheffe de l’état et d’une première ministre, devenant ainsi le premier pays au monde à être dirigé par deux femmes. 

Hypothèse optimiste : en cas de crise, on a besoin de changement, ça se tient. Hypothèse pessimiste, qui se tient aussi : quand le risque d’échec est élevé, on les envoie au front. Je vous laisse vous déterminer.  

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