Pour la nouvelle année, Giulia Foïs rappelle que le combat pour la lutte contre les violences sexuelles et sexistes est loin d'être terminé et combien les enjeux dépassent le simple débat de société.

Les vœux 2020 de Giulia Foïs
Les vœux 2020 de Giulia Foïs © Getty / Choochart Choochaikupt / EyeEm

Vous qui, jusqu'en 2017, étiez relativement peinard. Il y avait bien eu quelques bouleversements par-ci par-là : ces femmes qui se mettent à pouvoir travailler et toucher de l'argent sans demander l'autorisation de personne, cet enfant si je veux, quand je veux, ce corps dont je dispose, et tiens c'est rigolo, sur ce corps, il y a un petit truc tout nouveau un clitoris dis donc non non ! 

Il ne sert à rien pour faire des bébés, mais avec qu'est-ce que je prends mon pied ! Ça, à la rigueur, ça peut encore vous convenir. Disons que les plus valeureux d'entre vous ont appris à s'en servir comme vous vous êtes accommodé du pacs et du mariage pour tous, laissez de l'espace aux femmes, un autre type d'homme, c'était jouable tant qu'on vous laissait la place du chef à table, vous pouviez même la débarrasser de temps en temps. D'ailleurs, vous aimiez bien, vu qu'à chaque fois, on vous applaudissait pour ça. Alors disons que jusque-là, tout restant bien rangé, bien genré, vous y trouviez à peu près votre compte. 

Sauf que voilà Metoo, Balance ton porc, des dizaines de milliers de femmes qui, après avoir serré les dents pendant des siècles, se mettent enfin à l'ouvrir !

Et vous n'avez même pas le temps de commencer à les entendre, de percuter que vos mères, vos sœurs, vos filles ont déjà été, pour la moitié d'entre elles, minimum au moins une fois été agressées, harcelées ou violées, que vous entendez d'autres voix tenter de couvrir les leurs : des voix de basse, de baryton, de ténor, c'est grave, car l'heure est grave et ils vocifèrent et toute l'élite de la pensée française défile pendant deux ans au micro pour crier à l'émasculation généralisée, à la virilité démolie, à la séduction torpillée, main dans la main, bouche en chœur, ils vous préviennent "attention, les gars, si vous laissez faire, c'est une horde d'innocents que vous verrez jetés en prison. C'est le retour du maccarthysme, c'est la chasse aux sorcières. Tenez vos femmes, bordel !" 

Alors, vous n'êtes pas sûr d'être forcément d'accord avec eux. Vous n'avez pas peur qu'on vous foute en prison, vous savez faire la différence entre une femme qui dit "oui" et une autre qui dit "non". Le distinguo entre une drague, même lourde, et une agression, vous ne vous sentez ni menacés par une femme qui connaît son plaisir ni bafoués par une autre qui rejette le vôtre. 

Certes, ça ne fait pas extrêmement plaisir, mais vous êtes ainsi fait que votre désir s'éteint quand il n'est pas partagé. Du coup, quand vous entendez dire qu'il faut comprendre les hommes, leur besoin irrépressible, leurs pulsions mal maîtrisées, ça ne vous parle vraiment pas. Limite vous pourriez vous sentir insulté qu'on ne vous accorde pas plus de maturité qu'un teckel en rut. Ouais, mais chut, vous vous taisez, il y a chez vous d'abord comme un réflexe de solidarité "bital", vous vous dites "ils ont des mots, ils ont le cerveau. Ils représentent l'autorité masculine dans toute sa splendeur". Alors pour en être, pour avoir le droit de jouer dans la cour avec vous, vous vous taisez d'autant plus facilement, d'ailleurs, que vous êtes aussi de ceux qui n'ont pas peur de laisser les femmes parler. 

Depuis ce mois d'octobre 2017, vous avez même plutôt tendance à les écouter. Et pour ça, merci. Parce que c'est rare et que c'est donc précieux. 

Sauf que messieurs, ça ne suffit plus, c'est une guerre aussi sourde que violente qui se joue sous nos yeux

Il y a des tables à renverser, des murs à abattre et des mortes pour de vrai : une victime de féminicide tous les deux jours en France, un viol toutes les 7 minutes, c'est une guerre, oui, avec des armes à peine voilées, des menaces, des appels au viol pour celles qui oseraient dire "ça suffit, ça suffit de cogner, ça suffit d'humilier, ça suffit de violer". Sauf que ça n'est pas une guerre des sexes

Non metoo or not metoo ne sépare pas les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Tout se joue entre ceux qui veulent que ça change et ceux à qui ça va très bien comme ça. On vient de vous tendre une belle perche, un collectif d'hommes a signé cet automne une tribune dans "Libé" pour vous appeler à vous battre avec nous, pas devant nous, pas au premier rang, pas à notre place, mais avec nous, à nos côtés parce que ce monde-là ne vous va plus, parce que vous ne tolérerez plus qu'on y viole et qu'on y batte vos mères, vos sœurs, vos filles en toute impunité. 

Pour mémoire, 1% des viols seulement débouchent sur une condamnation. Ça vous révolte ? Venez, battez-vous, prenez position et s'il le faut, descendre dans la rue avec nous. C'est ça, être un homme du XXIe siècle. Et c'est ça mon vœux pour la nouvelle année. Arrêtez d'avoir peur. Faites vous donc pousser une jolie paire de couilles vous verrez, ça vous ira bien. En attendant, on peut vous prêter les nôtres ! 

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