Dans sa chronique, Giulia Foïs nous questionne sur le sexisme de l’école, à travers les manuels scolaires mais aussi l’air du temps !

 « on ne débat correctement que de ce qu’on maîtrise », Alors évidemment, pour bien lancer la saison, un petit quizz de rentrée… L’école est-elle sexiste ? 

La réponse… en 8 questions

1/Les filles travaillent mieux à l’école. Préjugé or not préjugé ? 

Not préjugé. Elles ont globalement de meilleures notes, redoublent moins, et surtout décrochent moins. 18% des garçons sortent du système scolaire sans aucun diplôme, même pas le brevet, contre 12% des filles. Pour ceux qui y restent, 31% des filles vont jusqu’au doctorat, contre 24% des garçons. La question c’est pourquoi. 

2/Donc…Pourquoi les garçons sont ils moins bons à l’école ? 

a.Parce qu’ils sont débiles

b.Parce qu’ils sont moins scolaires

c.Parce qu’ils peuvent. 

Les études en science de l’éducation sont toutes d’accord sur ce point : les adultes sanctionnent moins l’indiscipline chez les garçons, qui finissent au fond par percevoir la transgression comme une marque de virilité. A l’inverse, on intime beaucoup plus le silence aux filles pour qui, par ailleurs, l’école reste une possibilité d’émancipation. Donc c’est aussi un peu parce qu’ils peuvent… Surtout qu’à l’arrivée, les femmes gagnent 25% de moins que les hommes, sont toujours plus nombreuses au chômage, plus nombreuses à temps partiel. Euh…A quel moment on s’est fait avoir, nous ??? Bref.

3/Les garçons sont harceleurs, les filles sont harcelées…

Eh ben tout dépend à quel âge. En primaire, les filles étant mieux intégrées scolairement, elles sont aussi plus protégées par l’institution, et donc moins victime de harcèlement que les garçons. Mais à l’adolescence, ça bascule. Les corps deviennent sexués, les différences s’affirment et le harcèlement, c’est pour elles… Notamment dans la rue où elles sont deux fois plus nombreuses à en être victimes. De là à se dire qu’elles feraient mieux de rester sagement chez elles…

4/Dans les livres de Math, les petites filles apprennent à faire les courses, et les garçons à s’amuser. Vrai ou faux ? 

Vrai. En Chine. Un manuel édité à la rentrée propose un contenu ludique pour les premiers, pratiques pour les secondes. Les filles y apprendront donc notamment à « effectuer des achats de fruits et de légumes sur le marché ». 

Cela dit, en France, on est pas beaucoup mieux. C’est un rapport du Haut Conseil à l’égalité : dans les manuels de CP, 67% des sportifs sont des hommes, et 70% des personnages s’occupant des tâches ménagères sont des femmes. Quelques années plus tard, toujours dans les manuels, de SVT cette fois…

5/Combien de manuels de SVT représentent le clitoris correctement : 1 seul, tous, ne peut dire mais on s’en fout ?

1, c’était en 2017. Le tout premier, vous imaginez ? Jusque là, le clitoris n’était qu’un tout petit point rikiki de rien du tout… Aujourd’hui, ils sont 5 à le représenter dans la globalité - et la noblesse - de ses grandes arches, qui lui permettent de poser sans rougir – encore que… Aux côtés de sa majesté la verge. 5, mais ni Hachette, ni Belin encore à la rentrée dernière… Belin qui expliquait dans les pages du journal Libération : «C’est compliqué de tout représenter parce que c’est déjà assez difficile pour les élèves de comprendre comment l’appareil reproducteur féminin fonctionne. Avec la place dont on disposait, représenter le clitoris en transparence dessus aurait été compliqué. » Ah ben oui, c’est pour ça, c’est les transparents, c’est compliqué. Chuis con, moi, des fois…

6/La bonne nouvelle, c’est que les élèves vont pouvoir se rattraper grâce aux 3 séances 

hebdomadaires d’éducation à la sexualité, mises en place par Marlène Schiappa en 2018. 

Faux et doublement faux. D’abord parce que depuis 1973, les gouvernements successifs ont bien tenté – plus ou moins mollement, d’intégrer les questions de consentement, de stéréotypes sexistes, de respect du corps de l’autre dans le cursus scolaire… Résultat… Ben résultat pas grand chose : 47% des CM2, 20% des 4ème, et 12% des secondes ont bel et bien reçu cet enseignement, qui, on en conviendra, peut avoir sa petite importance dans la construction des hommes et des femmes de demain. 

7/Les cours de récrés vont être équipées de fer à friser pour que les petites filles puissent jouer tranquillement à la poupée. Vrai ? Faux ? 

Faux, évidemment. Dans l’écrasante majorité des établissements, les marquages au sol sont toujours dévolus au foot. Ceux qui n’aiment pas y jouer, ou ceux qui ne peuvent pas y jouer, ou ceux à qui on interdit d’y jouer, autrement dit : les filles, les enfants en surpoids, ou en situation de handicap par exemple, n’ont qu’à se contenter des bordures de la cour pour admirer les joueurs, toute cette tripotée de mâles alpha en devenir. Ceux qui tout petit déjà, savent quelle est leur place, et qu’elle est grande, et qu’elle est au centre, évidemment.

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