100 000. Elles ont été 100 000 en dix petits jours à répondre à une enquête lancée par le mouvement #NousToutes sur la question du consentement. Une femme sur deux a déjà subi un rapport sexuel non consenti

Rapports non consentis : une femme sur deux concernée en France
Rapports non consentis : une femme sur deux concernée en France © Getty / Bernd Vogel

C’est dire si cette question brûle les lèvres, c’est dire si ce mot chauffe le cerveau quand il ne tord pas le bide… Et ce chiffre, c’est du jamais vu. La suite est du jamais lu. Attention, l’enquête ne porte que sur les relations hétérosexuelles, ce sont les rapports de genre qu’elle interroge, et résultat…

Une femme sur deux a déjà subi un rapport sexuel non consenti

Elles n’avaient pas envie, elles l’ont dit, ils n’ont pas écouté, ils n’en avaient rien à secouer, alors ils ont continué. Ou alors elles dormaient, ou parfois elles étaient ivres, toujours est-il que, pour 1 sur 4, quand elles ont demandé à ce que ça s’arrête, ils n’ont rien voulu savoir… Au total, 90% des femmes, savent dans leur chair ce que c’est que d’être pénétrée sous la contrainte… 

Non, le temps qui passe n’y change rien : les trois quarts des répondantes ont entre 15 et 35 ans. Pour 1 femme sur 6, c’est l’entrée même dans la sexualité qu’on a vrillé, avec un premier rapport non consenti, et qui, selon toute vraisemblance, pèsera de tout son poids sur les suivants. Parce que quand tu ne sais rien, quand tu ne connais rien, et que ton désir ne pèse rien, que ton non désir est ignoré, et que donc, au fond, c’est toi, qui est niée.

À peine commences-tu à exister comme sujet sexuel et sexué, alors, tu penses que ça c’est la normalité…

Et quand, par la suite, il te dira que t’as un problème si tu veux pas, tu le croiras. Quand il te dira, comme les racontent toutes les femmes interrogées, que t’es pas normale, que t’es chiante, que tu es laide, et quand même sacrément coincée, alors tu obéiras : tu t’allongeras, tu serreras les dents, tu ouvriras tes cuisses. Pour qu’il arrête de t’insulter, pour qu’il cesse de t’humilier, pour ne plus entendre que « ça sert à rien d’avoir une meuf, si on ne peut pas baiser avec », et que, « à force, il ira voir ailleurs », parce que, attention meuf, y a plein d’autres femmes dehors qui n’attendent que ça, elles, et qui n’attendent que lui donc. Non, ces mots-là, tu n’en veux pas. Alors tu cèdes, tu ne consens toujours pas, mais tu cèdes. Et quand il ajoutera que "vous êtes en couple, et qu’il faut baiser, parce que ça fait partie du contrat", tu le croiras. Parce que tu l’as entendu, le monde autour et tu sais qu’il lui donne raison.

Ce droit de cuissage est planétaire, il est millénaire. Toutes nos cultures ont été construites par et pour des hommes, régies par une seule et unique injonction, au fond, celle du désir masculin

Il exige, on obtempère, il se dresse, alors on se couche…

On a beau voter des lois, au fond, il y a une chose qui ne bouge pas : le corps des femmes ne leur appartient pas. Qu’on nous voile ou qu’on nous dénude, qu’on nous siffle ou qu’on nous insulte, on ne dit pas autre chose : ça n’est pas une propriété privée. Alors on peut bien la violer.

Car c’est de ça dont il s’agit : une bonne partie des faits rapportés dans l’enquête "Nous toutes" pourrait largement rentrer dans cette case du Code Pénal. Sauf que, volontairement, le mot viol n’a jamais été proposé aux répondantes. Parce qu’il suscite encore et toujours la peur, le rejet, la honte - sur celles qui le subissent, bien plus que de ceux qui le pratiquent, le viol reste un improbable impensé. Ne pas voir, ne pas entendre, pour pouvoir se raconter, peut-être que ça n’existe pas, pour pouvoir dormir, sans doute, un peu plus tranquille. Sauf que mettre un couvercle, ça n’a jamais marché. 

Nier, ça n’a jamais empêché. Alors peut-être qu’il serait temps de regarder ce monde en face, aussi laid soit-il, temps d’écouter, et d’écouter vraiment, celles qui se mettent à parler

Depuis deux ans, on dit la parole libérée. C’est les oreilles qu’on ferait bien de déboucher

Entendez-les, lisez-les, elles disent, elles écrivent, sur Twitter, depuis le week-end dernier, et par centaines, et par milliers, « #je suis victime » et elles racontent, et ce faisant, elles luttent contre. Elles disent stop, elles disent ça suffit et à elles toutes, elles sont en train de renverser la table. Bien sûr, c’est effrayant, comme tous les bouleversement, c’est l’inconnu, devant… Mais il est nécessaire, et il est réjouissant.

Enfin on interpelle, enfin on interroge, et vous verrez qu’à terme, on finira par respirer. Ecoutez-les, écoutez-nous, on a tous, à y gagner

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