Michel Onfray a résolu l'affaire Darmanin : "Ce n'est pas du tout l'idée que je me fais du viol [...] Cette idée que des femmes consentent à des relations sexuelles et le lendemain s'en prévalent pour dire qu'elles ont été violées, je trouve que c'est un peu excessif". Vraiment, monsieur Onfray ? On en est ENCORE là ?

Capture d'écran de LCI ce 4 dimanche février avec Michel Onfray dans "L'entretien d'Audrey"
Capture d'écran de LCI ce 4 dimanche février avec Michel Onfray dans "L'entretien d'Audrey" © LCI

Comment dire… J’ai parfois l’impression qu’il faut revenir aux fondamentaux… 

Tenez, dimanche, sur LCI, dans « L’entretien d’Audrey » (le jour où les femmes aussi auront droit à leur nom de famille, à la télé, vous saurez qu’elle s’appelle, en vrai, Audrey Crespo Mara). Et que face à elle, se trouvait Michel. 

Onfray, donc. « Le plus lu des philosophes français », nous dit le bas de l’écran, ce qui fait de lui, aussi, un expert en viol.

Ben oui : le philosophe n’est-il pas celui qui nous élève au dessus des turpitudes humaines, nous aide à remettre du sens dans le non sens, de l’ordre dans le chaos ? Eh ben si. Donc évidemment, on a tous besoin de savoir ce qu’il pense de l’affaire Darmanin. Donc forcément, Audrey Crespo Mara lui pose la question. Alors sans hésiter, Michel répond.

Eh ben que ce n’est pas DU TOUT l’idée qu’il se fait d’un viol. D’abord parce que Michel, il ne « pense pas que quand on viole les femmes, on leur propose d’aller dans une boîte à partouse et qu’ensuite on passe la nuit à l’hôtel, c’est pas comme ça que ça se passe. » Et d’ailleurs, il trouve pas ça très sympa, à l’égard des femmes, qui, je cite « se sont faites violer » .

Aïe, Michel, la grammaire ! 

Elles ne se sont pas faites violer… Elles ont été, voyez. Rapport au fait que quand on parle de viol, c’est qu’il y a des victimes, qui donc, n’ont pas été sujet, mais objet. C’est bon vous l’avez ? 

Alors on continue avec… « Ces femmes qui se sont faites violer un soir dans un parking ».

Aïe, Michel, les chiffres !!! 

En fait, le fameux viol du parking, s’il est du genre assez récurrent dans les mauvais téléfilms, en réalité, il est assez minoritaire, einh… 94% des victimes sont violées par des proches : dans un bureau, donc, dans une cuisine, et même dans ces bibliothèques dont visiblement, Michel n’a pas du sortir beaucoup… 

Et donc, d’après Michel, celles qui sont vraiment violées le soir dans un parking, le sont par, ouvrez les guillemets, « des gens qui leur ont mis un couteau sous la gorge,  et qui ont abusé d’elles parce que peut-être effectivement, la mort était au rendez-vous si elles se refusaient. » 

Aïe ! Michel, le code pénal… 

En fait, pour violer quelqu’un, il n’y a pas toujours de couteau, vous savez. Ca passe mieux auprès des flics, évidemment, mais ce n’est pas nécessaire. 

Depuis 1980, le viol est caractérisé par « Tout acte de pénétration sexuelle commis par violence, contrainte, menace ou surprise » 

Décidément, la prochaine fois, faudra bûcher un peu plus, avant de passer à la télé, einh, Mimi ? Ou alors attendez ! Attendez, je l’ai : c’est que pour lui, et pour une bonne partie de ceux qui le regardent, il y a viol et viol. 

Les vrais viols vraiment graves et les autres, ceux que Michel appelle « des rapports sexuels pas formidables ». Dans un cas, on risque la mort et dans tous les autres, c’est juste un mauvais moment à passer. Ouh là, mais ça c’est pas neuf neuf, dites-moi… Pour le philosophe le plus lu de France, je m’attendais à autre chose, comme référence, que le best-seller de tous les temps. 

C’est dans la Bible qu’on a construit nos représentations du viol. Et notamment celle selon laquelle les femmes devenaient des saintes martyres, parce qu’elles préféraient mourir que d’abdiquer de leur vertu ; toutes les autres étant donc des catins consentantes. 

Comme on a un chouïa progressé depuis, les victimes de viol ont le droit de rester en vie, mais il faut absolument qu’elles aient eu un couteau sous la gorge pour qu’on ne doute pas de leur bonne foi. Sauf que dans le cas Darmanin… Michel insiste : « Rappelons quand même que cette dame était call girl ». Ah oui, et donc, elle est un peu moins crédible, c’est ça ? Et un peu moins violée. 

Là où ça m’embête, Michel, c’est que ce n’est pas ultra-original non plus. D’après l’IPSOS, 40% des Français pensent que si la victime a eu, avant le viol, une attitude un peu provocante, elle est en partie responsable de ce qui lui est arrivé. Ah, si seulement elle voulait bien se voiler… 

Ah non, pardon. Michel il aime pas le voile. Et la majorité des Français non plus. 

En tous cas, au moins, c’est simple : il y a des victimes qui ont des têtes de victimes, et puis les autres. 

De même, il y a des gens qui ont des têtes de violeurs, des loups garous surgis de nulle part sur ces fameux parkings le soir, et d’autres qui sont… Ministres, par exemple. Et qui donc, ne peuvent pas avoir violé. 

Dans l’idée qu’on se fait du viol, toujours… Qui n’ont pas, quoiqu’il en soit, à démissionner, et tiens peut-être même qu’on pourrait les ovationner à l’Assemblée

Évidemment, rien n’indique à ce jour, que Gérald Darmanin soit coupable. Mais d’autres présumés innocents, comme lui, ministres, comme lui, ont dû démissionner. C’est que les emplois fictifs ça doit être plus grave que les viols. Dans l’idée. 

Oui, mais voyez, le problème, Michel, il est là : le viol, ce n’est pas une idée. 

Ce n’est pas de la matière à cerveau. 

C’est dans ta chair que ça se passe, c’est ton corps que ça prend, et c’est là que ça brûle. 

En fait, pour violer quelqu’un, il n’y a pas toujours de couteau, vous savez. Ça passe mieux auprès des flics, évidemment, mais ce n’est pas nécessaire. 

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