Giulia Foïs revient sur la place des femmes dans les médias en ces temps de crise, dans la mesure où les femmes expertes appelées sur les plateaux TV et autres médias manquent souvent à l'appel en ce moment. Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi ne sont-elles pas là ?

Médias en temps de crise : au temps du Covid-19, "mais où sont passées les femmes ?
Médias en temps de crise : au temps du Covid-19, "mais où sont passées les femmes ? © Getty / DNY59

L'actualité en manque de parité en ce moment  ?

Quand je dis que ça va très bien, c'est quand je la regarde pas trop, l'actualité... Parce que si je la regarde et que je tombe, par exemple, sur la Une du Parisien, dimanche, où on pense le monde d'après et pour le penser, on fait appel à quatre hommes... Évidemment là, je me dis que je ferais mieux de refermer le journal...

Alors, la direction du journal, devant le tollé suscité, a présenté ses excuses, invoquant une maladresse, évidemment. Un collectif de femmes de la rédaction, qui, au contraire, a publié un communiqué où elles se disaient effarées, est très en colère par cette Une. Et dans ce communiqué du Collectif des femmes de la rédaction du Parisien, on lit :

Nous pensions avoir franchi un cap.

Eh bien, moi aussi, je le pensais... Depuis le temps qu'on pointe le manque de mixité sur les plateaux d'experts, que se soit Le Parisien, mais attention, je parle de tout le monde, la presse en général, la radio et aussi la télé. On pensait avoir avancé... Les derniers chiffres du CSA le disaient : 37 % de femmes expertes. Ça reste très peu, ça reste deux fois moins que les hommes... N'empêche que ça augmentait doucement, mais sûrement. 

Depuis le début de la pandémie, il y a quand même un gigantesque retour en arrière. Les femmes, on ne les voit plus.

Elles sont où ? qu'est-ce qui se passe ? 

C'est pour cela que Marlène Schiappa a ordonné la création d'une mission d'information sur cette question-là, sur la place des femmes dans les médias en temps de crise. Et pourquoi est-ce si important de le faire ? 

On ne peut pas, alors que cette pandémie touche le monde entier, donner, confier sa représentation, son analyse, sa réflexion à la moitié seulement de l'humanité. Ce n'est pas possible. 

Un point de vue sur le monde, s'il est univoque, il se dessèche.

S'il est univoque, il nous manque, il tirera à côté de toute façon, et si on n'a pas compris, en cette période de crise, qu'à confier les clés du moteur à une seule et unique catégorie de population, toujours la même, on va droit dans le mur. Là, je pense qu'on est très, très mal. Surtout qu'en plus, depuis le début de la pandémie, on le sait, ce sont les femmes qui sont en première ligne puisque toutes les professions sont majoritairement féminines. 

Alors quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi ne sont-elles pas là ? Pourquoi ne les entend-on pas ? Pourquoi ne les interroge-t-on pas ? Elles n'ont rien à dire, elles ne savent pas le dire ? 

Une peur qui nous ferait revenir aux réflexes passés

Je pense qu'une partie de l'explication réside dans la peur et on a peur de l'après. Donc, on en revient aux bons vieux réflexes d'avant. 

On est habitués, depuis des millénaires, à voir ce monde pensé, dessiné, conçu par des hommes. Par réflexe, on y retourne

Eh bien, c'est à minima, dommage. Parce que le monde d'après, celui qui se dessinait depuis MeToo, depuis cette troisième révolution féministe, était quand même foutument intéressante, parce que foutument plus mixte, plus divers et donc plus riche ! 

Et moi, vraiment, ce que je souhaite pour le monde d'après et même pour le monde de maintenant, c'est de continuer à avoir cette ouverture, à élargir ses horizons et à interroger tout le monde et, tout le monde, ça veut dire les femmes et les hommes, ça veut dire les jeunes et les vieux, ça veut dire les Noirs et les Blancs, ça veut dire absolument tout le monde ! 

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