1/3 des Français sont éjaculateurs précoces (IFOP). Les hommes aussi ont leurs tabous, leurs zones d’ombres en matière de sexe où il s'agit souvent, chronomètre à la main, de rechercher la persévérance et l'endurance absolue. Un souci qui permet cependant de créer un meilleur dialogue entre les genres et les sexes.

L'éjaculation précoce
L'éjaculation précoce © Getty / pidjoe

Imaginez que vous soyez le Dieu des plaisirs et de la chair - j’ai dit imaginez. Vous n’aimeriez pas, vous aussi, parfois, être un humain lambda, avec ses instants de faiblesse, ses petites touches de vulnérabilité et ses Raymond Domenech, du dessous de la couette ?  

L'homme du « quand ça veux pas, ça veut pas »

Eh ben figurez-vous que parfois, pour eux, les humains lambdas, parfois, ça veut pas. Je vais le dire tout bas, il paraît que c’est gênant : il est arrivé à un tiers des hommes d’avoir joui avant même d’avoir pénétré... Oui. Et deux sur trois l’ont fait juste après. De vous à moi, on n’est pas à quelques secondes près, ça ne change pas grand-chose au problème… Problème d’autant plus épineux, d’autant plus vicieux, qu’il en est un, pour eux, qui, donc, se font donc des nœuds, au cerveau, avant même d’avoir commencé à envisager d’éventuellement vouloir se mettre à pénétrer. Et on le sait : qui prend le départ avec un peu d’anxiété, se retrouve, à l’arrivée, en débandaison assurée

Or 63% des Français sont préoccupés par leur capacité à se retenir de jouir. Ce sondage Ifop le confirme.

Les hommes vivent avec un priape dans l’oreillette, un Jiminy Criket de la quéquette, mauvaise conscience de l’impuissance, qui leur répète : tu es un homme, tu es un guerrier, fier et vaillant !

La nuit, le jour, au garde à vous toujours, et toujours conquérant, sur le marché de la meuf, tu vas débouler, à la main ton… épée, ta lance, ce que tu veux, mais bien dressée, tu avances, et puis tu l’attrapes, par les hanches, et puis – chiale pas, t’es pas une gonzesse ! Bref. Depuis la nuit des temps, la virilité se pèse, se mesure, se jauge et s’évalue, chronomètre à la main, tableau des médailles dans la tête. Champions olympique de la galipette, Usain Bolt de la levrette, sous la douche, on compare les centimètres, dans les vestiaires, on aligne les kilomètres d’histoires où on a évidemment chopé, et bien sûr qu’on a bandé, et surtout on a duré, duré, duré… Cinq minutes douche comprise, c’est le pire qui puisse nous arriver, alors quand ça veut pas, eh ben on se tait. 

Entre les genres, entre les sexes, enfin la discussion

Une autre étude Ifop, en mai dernier : 62% des hommes ont déjà eu des doutes sur leur capacité à avoir une érection. Et c’est une très, très bonne nouvelle. Ça, et le tiers d’éjaculateurs précoces.  Alors ok, pas forcément sur le moment et pour personne, on est d’accord, mais n’empêche… Ça y est : on s’intéresse à la sexualité masculine. On la questionne. Et ça, c’est très nouveau. La grande inconnue, le vrai continent noir, c’est elle, en fait. À force d’être permise, voire encouragée, voire glorifiée, on l’a posée là, et puis on l’a oubliée. Les femmes, elles, ont eu cette chance paradoxale : elles se sont bagarrées pour avoir droit au désir, et accès au plaisir. Elles ont demandé des comptes, elles ont demandé pourquoi. Alors tu interroges, et tu discutes, au besoin tu descends dans la rue, et alors ce pour quoi tu te bats devient un sujet en soi. Digne d’intérêt, parce qu’il est interdit. Or, si on commence à se rendre compte que pour les hommes aussi, il y a des interdits, des tabous, des zones d’ombres, alors on peut commencer à réfléchir

Alors la sexualité, devient un tout petit peu plus intéressante que l’emboîtement mécanique des corps. Et ça, c’est aussi, l’effet #MeToo : depuis deux ans bientôt jour pour jour, les femmes disent que cette sexualité-là, que ces rapports de force-là, entre les hommes et les femmes ça ne leur va pas. Et par ricochet, on commence à se demander si, en face, tout va vraiment si bien que ça. Des hommes qui, à leur tour, disent qu’ils n’y arrivent pas, qu’ils ne peuvent pas, qu’ils ne veulent pas, ou pas maintenant, ou pas comme ça

Ce sont des hommes qui leur emboîtent le pas pour refuser ET l’assignation à résidence, ET l’injonction à la performance. Un peu comme si on tenait là le prologue, d’un autre monologue. Pas celui du vagin, mais celui, du pénis, et c’est la condition sine qua non pour que surgisse enfin le dialogueEntre les genres, entre les sexes, la discussion. À commencer par cette satanée éjaculation. Et cette sacrée pénétration. 

Oui, c’est aussi ce que montre cette étude : on est encore tous, très, très convaincus que la sexualité tient en un pénis, un vagin et une introduction. D’où la pression à l’érection, d’où l’éjaculation… Précoce en fait. 

Mais alors là, attention, breaking news… Quitte à se poser des questions… Vous savez quoi ? La sexualité, c’est peut-être bien plus – et bien mieux - que ça. 

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