"Chez Moi", éditons du Cherche Midi. Hélène Darroze nous offre ici des recettes conçues, réalisées et photographiées par elle, chez elle, avec ses deux filles.

« On aurait dit »… Que j’aurais 25 ans, et toi, 4 ou 5 ans de plus seulement. « On aurait dit »… Que tu t’appellerais Durand et moi Dupont. « On aurait dit »… Que tu serais cadre dans une banque, ou peut-être médecin, ou pourquoi pas expert comptable. Et que je finirais juste mes études de pharmacie, comme le souhaitait beaucoup de monde, histoire de reprendre logiquement l’officine de Maman. On habiterait Bordeaux ou Toulouse. Peut-être que, après tout, quand nous nous serions connus, nous aurions déjà été engagés, l’un et l’autre, ou l’un ou l’autre. Mais pas suffisamment en tout cas pour s’interdire de rompre et d’envisager une vie commune.

Et puis un jour, on aurait eu un beau mariage. Quelques mois plus tard, on aurait eu un bébé. Et puis très vite, après, un second. Deux enfants, c’ets la moyenne nationale. Garçon et fille, bien sûr. Cela fait bien ! Pierre et Marie, ou Thomas et Julie, c’est indémodable. Nous n’aurions pas pris le risque de leur coller des prénoms qui auraient pu être la risée des cours de récréation.

Au début, on aurait fait l’amour toutes les nuits ou presque. Et même parfois le matin au réveil ou le dimanche après midi, pendant la sieste des petits. Et puis, très vite, on aurait fait ça le vendredi et le samedi soir, juste avant de s’endormir. Tu m’aurais peut être trompée une fois ou deux, par accident. Mais vite fait, bien fait, sans bavures et sans prendre beaucoup de risques.

« On aurait dit » qu’on aurait pu marcher dans la rue en se tenant la main, s’asseoir sur un banc public et s’embrasser au grand jour comme tous les amoureux du monde entier. Plus besoin de se cacher, plus besoin de taire la vérité. Pour moi, plus de larmes cachées quand nous nous séparons, plus d’angoisse quand le téléphone n’a pas sonné.

Je sais depuis toujours que je ne suis pas faite pour une vie comme celle là et que je ne l’aurais jamais voulue. Il n’y aura jamais de Pierre ou de jolie Julie. Tu ne seras pas le papa de mes enfants, et le soir, pas de maman pour leur donner le bain et leur lire des histoires. Et pourtant, je suis persuadée que mon enfant sera très heureux.

Mais laisse aller, le temps d’un soir, mon imagination. « On aurait dit » qu’au bout de qq années de vie commune, et à force de lire Elle et ses fiches cuisine, j’aurais su te préparer petits farcis, pot au feu, lapin à la moutarde, bœuf aux carottes, mille feuille et tarte Tatin et les plats de gibier que tu aurais toi même chassé, avec le beau fusil que mes parents t’auraient offert pour Noël ou que tu aurais pu hériter de mon grand père : palombes, faisans, chevreuils et ortolans que Papa t’aurait appris à piéger.

« Personne ne me volera ce que j’ai dansé »

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