Envoyer des photos de son sexe sans le consentement préalable de son destinataire : environ 7 femmes sur 10 en ont à ce jour reçu au moins une… 13 % des hommes en ont déjà envoyé une via les réseaux sociaux ou les sites de rencontre ; 1 sur 4 est excité par l’idée d’envoyer des photos de son pénis en toute impunité.

Les "dick pic" sur les réseaux sociaux : entre exhibitionnisme, harcèlement et consentement
Les "dick pic" sur les réseaux sociaux : entre exhibitionnisme, harcèlement et consentement © Getty / Teeramet Thanomkiat / EyeEm

C'est quoi le "dick pic" ?

Les chatons, c’est tout rond, tout mignon, c’est dodu, ça fait ronron…Comment ça, vous n'aimez pas les chats ? Eh bien si, ceux-là, vous allez les adorer parce qu'en fait, c’est eux, ou la photo de pénis, plus communément appelée "dick pic"… Vous allez comprendre : 

Émanant généralement d’inconnus ou quasi, les dick pic pointent le bout de leur nez – façon de parler – dans vos messageries diverses et variées, n’importe quand et surtout quand vous n’avez rien demandé. Environ 7 femmes sur 10 en ont à ce jour reçu au moins uneEt  13% des hommes en ont déjà envoyé une, via les réseaux sociaux, ou sur des sites de rencontre

D’où la contre-attaque des sites, qui craignent, à juste titre, la fuite de leur clientèle féminine. D’où une multiplication d’algorithmes pour flouter ou bloquer lesdits pénis pixelisés. D’où mes chatons, qui, sur le site "Once", remplacent instantanément toute photo à caractère explicite, selon la formule consacrée, qui vous serait envoyée. Enfin, si vous voulez. Vous pouvez toujours désactiver la fonction et vous gaver de quéquette à foison. 

Parce qu’elle est là, la question, toujours la même au fond, celle qui depuis deux ans, depuis MeToo, nous interroge, nous interpelle et nous travaille : le consentement

Vous vous souvenez évidemment de l’affaire Benjamin Griveaux… Un peu plus lointaine, l’affaire Luc Lemonnier, ex-maire du Havre. Le point commun entre les deux ? Leur démission, suite à la libre circulation de leur intimité sur internet. Mais pour le reste… Rien à voir. 

Griveaux prend un risque, certes, trompe sa femme, si vous voulez, vous pouvez même trouver ça amoral, idiot, immature, si tant est qu’on ait un droit de regard sur la sexualité des autres … 

N’empêche : la destinataire était :

  1. Au courant

  2. Adulte

  3. Éclairée 

  4. Consentante

Lemonnier, lui, bombardait ses collaboratrices de photos de nude sans qu’elles ne l’aient jamais sollicité. Donc, le premier cas est une question de morale  - morale peut-être un peu étriquée mais passons… Dans le second cas, c’est la loi qui est en jeu : envoyer des photos de son sexe sans le consentement du destinataire, c’est de l’exhibitionnisme - voire du harcèlement si ça se répète - soit 1 à 3 ans de prison et 15 à 30 000 euros d’amende

Le problème, c’est que tant que le ressenti des cibles, disons-le, des victimes ne sera pas interrogé, on continuera à confondre séduction et harcèlement, libertinage et agression

Tant que le désir et surtout le non désir des femmes seront considérés comme des détails assez proches de l’insignifiance, "la dick pic" proliférera

Toute la question étant "pourquoi ?" et "comment expliquer la prolifération de ce phénomène ?"

Non mais qu’est-ce qui passe par la tête de quelqu’un pour qu’à un moment donné, il décide de défaire sa braguette, baisser son pantalon, pointer l’objectif de son smartphone sur son sexe, et clic photographier et hop envoyer ? 

Eh bien parce que… c’est assez confus, en réalité… 

D’après une étude nord-américaine sur le sujet, parmi ces dick pic addicts : 1 sur 4 est excité par l’idée d’envoyer des photos de son pénis, espérant alors générer une excitation similaire chez l’heureuse élue, destinataire du contenu explicite, voire un renvoi d’ascenseur, pour ne pas dire un envoi de vulve. Alors, comment vous dire… c’est un peu comme le « t’es bonne salope » en pleine rue : y a assez peu de chance que ça marche les cocos. 

Maintenant, en dehors de ces érotomanes débutants… Dans 10 % des cas, les hommes le font parce qu’ils n’ont, au contraire, pas assez confiance dans leur appendice viriliforme, et espèrent, pour le coup, déclencher chez nous une forme d’empathie naturelle, voire des commentaires élogieux à même de rebooster l’estime d’eux-mêmes. Et je pourrais dire : « vous pouvez toujours courir ».

Mais j’ai pire : 7 % des sondés aiment le fait de « pouvoir forcer quelqu’un à regarder son pénis sans son consentement » - comme ça c’est dit. Et 5% considèrent qu’envoyer ces photos reste la meilleure façon de punir les femmes trop émancipées, si si…  

Et voilà comment la dick pic se retrouve exactement à la croisée des chemins entre la fragilité d’une virilité naissante et la brutalité d’une virilité toute puissante. Des verges tremblantes de peur, d’un côté, inquiètes, frémissantes, et même adolescentes. De celles qui prolifèrent sur les murs du lycée… Et puis, à force, l’âge aidant, on les voit s’affirmer, s’exhiber, darder, voire menacer, et raconter à elle seule toute l’histoire de la virilité : construite sur la peur archaïque de se la faire couper, elle en devient invasive, intrusive, offensive, pour ne pas dire toxique… 

Oui, c’est bien ça, la masculinité dite "toxique". Celle d’un monde où, par trouille d’être esclave, le phallus devient roi, où, par peur d’être émasculé, c’est l’autre sexe qu’on va écraser

Parce que des photos de vulves, envoyée à des inconnus sans leur consentement, figurez vous que ça n’existe pas 

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