Vous le saviez vous que "vagin" n'a pas de synonyme ? Voulant éviter à vos lèvres ourlées de s’y brûler, je vais le prononcer moi-même… Trois deux un : « vagin » ! Comme dans cette « Bible du Vagin », écrite par une gynécologue américaine et censurée tout récemment par les réseaux sociaux.

Le vagin : le mot et la chose
Le vagin : le mot et la chose © Getty / Nina Sinitskaya

Facebook, Twitter, et Instagram ont interdit toute publicité pour l’ouvrage, arguant du fait qu’il usait d’un « langage inapproprié ». 

De vous à moi, ça n’est pas « Bible » qui a choqué, encore que ça pourrait, vue que Marie Madeleine, c’était quand même une sacrée cochonne, non, évidemment, c’est le « vagin », qui a coincé – façon de parler. 

Par exemple, si on avait écrit « une Bible du Coude », là, ça passait. Ce qui est quand même un tout petit peu dommage, quand on sait à quoi ça sert, un coude. À rien, à part essayer de voir si on arrive à se le lécher, alors qu’en vrai, on peut pas, on le sait. Le vagin, lui… entre l’orgasme et la maternité, en terme d’intérêt, on est pas mal, quand même. 

Alors peut-être qu’il aurait fallu lui trouver un synonyme, pour échapper à la censure. Ok. Dictionnaire des synonymes en ligne. Entrer le mot « vagin »… Patientez, ça tourne…Résultat : vain. Oui, vain, V.A.I.N. Pas de synonyme. À la rigueur, sur certaines pages, un petit « sexe » par ci, une petite « vulve » par là, mais c’est tout. Alors que verge… Ah, la verge, qui est aussi le pénis, qui est aussi le membre viril, la baguette, la houssine, la broche, la quéquette et j’en passe… Là, oui, avec la verge, on a de quoi faire. Je me comprends. D’ailleurs, sondage BBC, 66% des britanniques n’osent jamais prononcer le mot lui même. 

C'est sans doute autant le mot que la chose, qui pose problème

Ah ben oui, clairement, quand on voit tout ce qu’on lui fait subir… La nymphoplastie, ça vous parle ? C’est joli dit comme ça… Sauf qu’en fait, c’est pas joli du tout : on incise, on entaille, on rabote, en un mot, on réduit la taille des petites lèvres – réduisant, du même coup, une jolie source de plaisir… 

N’empêche que la nymphoplastie a le vent en poupe : +40% sur l’année 2015, dans le monde, par exemple… Et en France, c’est même devenue une spécialité à part pour les chirurgiens esthétiques… Tu fais quoi dans la vie ? Je suis réducteur de lèvres, et toi ?  Remarquez, ils ne sont pas les seuls à se faire des ovaires en or… Les esthéticiennes pratiquant le maillot intégral aussi : les femmes sont de plus en plus nombreuses à vouloir un pubis totalement épilé… Jusqu’à 54% pour les moins de 25 ans, par exemple, selon un sondage Ifop. Quant à celles qui veulent du Botox…

Du botox ? 

Oui, c’est la dernière technique à la mode dans les salons de beauté vulvaire. Je vous jure, Ali, que je n’invente rien – de vous à moi, je préfèrerai. La beauté vulvaire est un vrai marché, des Etats-Unis jusqu’en Inde, d’ailleurs… On vous la gonfle, on vous la blanchit, on vous la raffermit, et vous en ressortez avec toute une série de produits cosmétiques pour l’hydrater, la gommer, l’exfolier… Et « Enfin votre vagin aura de l’attrait », c’est un slogan pondu par l’un des poids lourds du secteur… Secteur que, de vous à moi, on appelle aussi, parfois, le marketing de la honte. Ben oui parce que, si on regarde les sous titres, ça veut quand même dire : au naturel, ton vagin, franchement, cache le, il craint. 

D'où elle vient, une tendance comme celle là ? 

Je dirai que comme Gustave Courbet était à l’origine du monde, le vagin se retrouve au carrefour de la plupart de nos obsessions contemporaines… Le jeunisme, et hop je te fais un lifting et hop je te fais remonter les petites lèvres… L’hygiénisme, et dégagez-moi toutes ces aspérités, les poils, on veut du lisse, de l’aseptisé. 

Une forme d’exhibitionnisme, aussi, où on montre tout, où plus rien n’est intime, or, à partir du moment où on montre, on norme : on ne voit pas trop pourquoi les injonctions esthétiques auxquelles on est tous soumis, s’arrêteraient au dessus de la ceinture… 

Ce d’autant plus qu’avec le porno en ADSL, ça vous fait du vagin à portée de clic. Oui, bien sûr, la consommation de vidéo X induit des canons esthétiques, aussi bien pour les hommes, qu’on veut en bandaison permanente, que pour les femmes que l’on veut glabres, roses, grandes lèvres bombées, petites lèvres rentrées. Sauf que, comme toujours, le porno il a bon dos. 

Que voulez vous dire ? 

Que c’est le bouc émissaire parfait. Celui sur lequel tout le monde s’accorde pour trouver une origine à tous nos comportements plus ou moins déviants, or… Je vais vous lire un extrait des recommandations 2008 du Collège national des obstétriciens et gynécologues de France, attrapé par hasard sur Twitter. Allez, je lis : 

Force est de constater que parfois, la nature s’est montrée ingrate. Le blason de la féminité est raté, voire hideux. Les petites lèvres ou nymphes, au lieu d’être contenues dans la fente vulvaire, émergent de cette dernière et font protrusion de façon disgracieuse : en peloton, en jabot, syndrome du dindon, en oreilles d’épagneuls.

Ça va, les gars ? Et si vous nous lâchiez la grappe des fois ? 

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