C’est la Saint-Valentin aujourd’hui, avec son cortège de roses, de lettres parfumés, et de galanteries diverses et variées… D'ailleurs, sachez, messieurs, que 88% des Européennes sont conquises par des attentions galantes. Mais il ne faut pas confondre galanterie avec simple politesse ! Giulia Foïs fait le point.

La galanterie pour séduire les filles : pratique d'un autre âge ?
La galanterie pour séduire les filles : pratique d'un autre âge ? © Getty / duncan1890

Certes, le baise-main, ça me dégoûte. Je suis pas très miasmes. En revanche, j’aime bien les portes. Surtout quand on me les tient, un peu moins quand on me les balance à la gueule. Je n’ai rien contre un compliment bien choisi, bien trouvé, bien tourné… C’est le « t’es bonne », qui a tendance à me faire suer. 

Je peux être féministe, mais aimer qu’on me drague. Anti-sexiste et pro-séduction. Brûler un soutien gorge et aimer le vison de ma vieille tante. Il sent la naphtaline, alors je le laisse faire dodo dans l’armoire, mais je peux le trouver joli. Et la galanterie, c’est un peu pareil : de loin, ça a son petit charme vintage… Et même, l’espace d’un instant, je me dis parfois qu’« il n’y a pas pire ennui pour une femme que de se trouver face à cet homme insipide et morne qui a si bien appris sa leçon de féminisme et demande respectueusement l’autorisation pour tenter quelque trace de séduction ». 

Trouver le bon geste

C’est pas de moi, évidemment, c’est de Natacha Polony, dont on ne connaissait pas l’ascendant troubadour médiéval, mais qui a tout de même commis sa chanson de geste avec ce livre : L’homme est l’avenir de la femme, vibrant cri d’alarme pour ces hommes qu’on émascule, par exemple, en les empêchant de sortir la CB à la fin du dîner, cinglante et nécessaire protestation contre, je cite, « cet homme, un peu ridicule qui use de crèmes antirides et d’autobronzant, cet homme pathétique qui n’éprouve pas le besoin de se lever pour une femme enceinte ou d’offrir sa veste à une belle en robe légère. Car quel geste plus beau que cet enveloppement tendre et puissant de celui qui dépose sur des épaules un peu de chaleur et de protection ? » 

Alors, en fait, si, einh, on peut trouver des gestes plus beaux que l’enveloppement tendre, et par exemple : ce jeune père qui, pour épauler sa mie, prend vraiment son congé paternité à l’arrivée de l’enfant, ne compte ni ses heures et ni les couches qu’il nettoie à la sueur de son front (à la fois, s’il fait ça avec le front, ça peut être compliqué) ; mais il y a aussi ce collègue, là, qui, en pleine réunion RH, se lève, chevaleresque, et dit « oui, elle bosse comme une dingue et depuis des années, alors non, il n’est pas juste qu’elle soit moins payée que moi » ; ou bien il y a cet homme, qui face à cette inconnue qu’on « importune » en pleine rue, s’interpose, intervient, crie, appelle, enfin fait autre chose que de raser les murs et passer son chemin… 

Oui, je sais, c’est un peu plus coton que la veste sur robe légère, mais au moins ça a de la gueule. 

En tous cas, si la galanterie, c’est ça, alors moi, je veux bien. Parce qu’à l’origine, c’était quand même un peu l’idée : aider les femmes à se faire une place digne de ce nom dans la société

Petite histoire de la galanterie

Disons que ça prend racine à peu près en même temps que les livres de Natacha Polony et de ses amis : au Moyen-Âge, donc. Quand la haute société a commencé à s’ouvrir aux femmes, on a établi une sorte d’étiquette qui permettait d’assainir les rapports, de cohabiter sans violence, d’éviter par exemple, les viols, les enlèvements et autres délicatesses… 

C’est le fondement de l’amour courtois : les dames vivent désormais avec nous, on fait attention à elles, on arrête de se comporter comme des bêtes. 

Vous imaginez bien que j’adore l’idée de pouvoir aller dîner au restaurant sans devoir finir dans une tournante. En revanche : depuis une cinquantaine d’années, j’ai accès à mon compte en banque, je devrais pouvoir m’en sortir si je paye l’addition de temps en temps. Depuis près d’un siècle, je ne suis plus embarrassée par des faux culs, des volants, des corsets, je peux donc marcher sans me tenir au bras de quelqu’un. 

our être claire : j’ai vaguement l’impression de m’être émancipée, mais que la galanterie me force à jouer de la viole de gambe en robe de bure

Et tout ça, de vous à moi, ça sent clairement l’arnaque. 

Il y a galanterie et galanterie

Prenez ce sondage Sofrès, réalisé pour Meetic : 88% des Européennes sont conquises par des attentions galantes… Sauf que, par galanterie, elles entendent le fait que monsieur les présente si d’aventure l’un de ses amis venait s’asseoir à leur table. Et que, par la suite, ce même monsieur ne leur coupe pas la parole quand elles la prennent. Ah pardon, mesdames les 88, mais ça, ça s’appelle la politesse. La correction minimale. D’être humain à être humain, voyez. 

Les bouquets de fleurs, les genoux à terre, les sérénades à la guitare, ça, c’est du romantisme, on prend aussi, aucun problème. 

Non non, la galanterie, c’est, d’après le Larousse : « une politesse empressée auprès des femmes ». Donc à sens unique, donc au sens propre, parfaitement sexiste et, personnellement, celui qui me laisse passer devant, mais double tout le monde pour pas faire la queue, comment vous dire, je suis moyennement conquise... Quant à savoir pourquoi il le fait… 

Toujours d’après le Larousse : la galanterie c’est un ensemble de gestes participant à la « recherche d’aventure amoureuse ». 

Donc en gros, parce que tu auras, par principe et parce que je suis une femme, reculé ma chaise, recouvert de ta veste ma robe légère et payé l’addition, je devrais te dire oui ? 

Alors non. 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.