Nouvelle accusation de viol contre Polanski. La semaine dernière, c’était Christophe Ruggia, accusé d’attouchements et harcèlement sur mineure par Adèle Haenel. Depuis octobre, Luc Besson fait l'objet d'une instruction pour viol suite au dépôt d'une nouvelle plainte par Sand Van Roy.

Message à tous ceux que la justice a épargné
Message à tous ceux que la justice a épargné © Getty / Ja_inter

Giulia a une pensée pour les autres.

À tous ceux que la justice, pour l’instant, a épargné 

À toi qui, depuis des mois, sens le vent tourner… Toi qui essuies, depuis des semaines, sur ton front, quelques gouttes de sueur qui commencent à perler parce que les femmes, elles, se mettent à parler... Toi dont ces derniers jours, le cœur s’emballait parce que cette fois, la justice les suivait. Tu n’as pas à t’inquiéter : en France, dans 99% des cas, les violeurs s’en sortent, tu sais. Alors oui, bien sûr, aujourd’hui, c’est le 1% de condamnations qui te fait flipper. Je te comprends, à ta place, j’aurais du mal à dormir tranquille... Alors regarde, regarde un peu, comme dirait Bruel, ceux qui t’ont précédé… Et fais exactement comme eux. 

D’abord… Tu te tais, tu fais silence, tu fais mystère, tu fais menace. Joue-la comme Polanski, envoie ton avocat dire au grand public que tu prépares ta riposte juridique. N’en dis pas plus. Pas de détail pour le bétail. Ignore les questions, laisse retomber la pression. Ça peut prendre du temps, c’est vrai : six mois de détox médiatique pour Besson, deux ans pour Tariq Ramadan. Mais promis, il viendra, le moment. Un jour, tu sortiras du bois, et tu le feras en grand. Avec un pamphlet, un essai, une autobiographie. Oui, c’est bien, ça, donne de toi, un peu, révèle-nous tes fêlures, dis-nous tes failles, ton enfance solitaire, douloureuse, et ce besoin, au fond, si naturel, d’être aimé… Ça, c’est dans Enfant terrible, c’est signé Luc Besson et c’était le mois dernier. Un mois avant, Ramadan sortait Le devoir de vérité : autrement dit, je cite, "le cheminement d’un homme aussi humain que vous", que la société a « diabolisé ». Mais, attention, ajoute-t-il, en 1894, "La France unanimement, avait tort contre Dreyfus". Ah ben, le revoilà, lui… C’est rigolo ? Oui, mais lui c’est toi et toi c’est lui, et que, dans l’esprit de tous resurgissent le spectre de l’erreur judiciaire, de l’innocent jeté en prison, de la tâche, indélébile, sur l’âme d’une nation, coupable, selon les affaires, selon les époques, d’antisémitisme, d’islamophobie ou de cinéastophobie. Allez savoir ! 

En tous cas : coupable, on a dit. Et ça, c’est très, très important - je sais pas si tu sais, mais tu risques quand même quinze ans de prison, alors écoute moi bien.

À toi qui, quand tu te mets à parler, tu es la victime

D’ailleurs ça se voit, quand tu passes à la télé : tes joues se sont creusées, tes cheveux ont blanchi, tu as perdu du poids ; le malheur qui te frappe, tu en portes les stigmates… On n’est pas des hyènes, on est touchés au cœur, alors vas-y, maintenant, envoie tous tes gros mots qui font peur : tu diras « emballement », tu diras « acharnement », c’est un « lynchage médiatique », un « tribunal populaire », c’est la vindicte d’une opinion qui a demandé ta tête… 

Soigne l’image, choisis tes mots, et ourle-les bien comme il faut. "Mon exclusion sociale est en cours. Le Moyen Âge avait inventé la peine du pilori mais c’était la sanction d’un coupable qui avait été condamné par la justice. Maintenant, on dresse, hors de tout procès, des piloris médiatiques tout autant crucifiant et douloureux… Et aujourd’hui c’est à mon tour de les subir". C’est beau ? C’est du Christophe Ruggia. Contrit, meurtrit, mal compris… Il avait juste voulu jouer les Pygmalion, avec une herbe folle dont seul il décelait le talent. C’était une erreur. Il s’en veut, de ça… 

Fais comme lui, bats ta coulpe, flagelle-toi… Faute avouée à demi pardonnée, tu le sais : alors reconnais des écarts de conduite, des infidélités, regrette, comme dirait Besson des gestes "gentils et tactiles qui ont pu incommoder…". Il n'a pas tort, remarquez : une pénétration anale ça peut incommoder, surtout quand elle n’est pas consentie

Bref, amoindrit, euphémise, diminue, et puis conclut, comme dirait Ramadan : "Si on peut avoir des défaillances morales, ça ne veut pas dire qu’on est coupable au plan pénal"… Parce que le viol, ça non, pas toi. C’est un mensonge, voire de la calomnie… Toi, tu détestes la violence, toi, tu aimes les femmes. La preuve ? T’en as une, de femme. Au besoin, tu la fais poser dans Gala. Et s’il faut, tu l’aides même à débarrasser, parfois. A elle, tu demandes pardon… A celle qui t’accuse, aussi, d’ailleurs. Martyr sacrificiel, tu en deviens presque christique à force… Pardonnez-leur, parce qu’elles ne savent pas ce qu’elles font. 

Pardon Adèle Haenel si j’ai pu être "pénible", pardon Sand Van Roy, "mon petit rayon de soleil", pardon Samantha Geimer, "pour avoir bouleversé ton existence" - oui, Polanski, lui a écrit. Désolé, j’ai un peu déconné je sais, mais je savais pas. J’avais 30 ans de plus que toi, j’avais le pouvoir, j’avais la force, mais je te jure, j’ai pas compris que tu voulais pas. Tu as dit non, t’es sûre ? Fallait le dire plus fort que ça. A mon âge, tu sais, parfois, on n’entend pas. 

Par contre, les gars, faites gaffe, ça va finir par se voir. 

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