L’édition féministe continue à très bien se porter. Voici une bibliographie de fiches pédagogiques limpides où les autrices rappellent à leur lectrice que prendre la parole et la garder reste la meilleure façon d’exister sans se laisser marcher sur les pieds.

La mère Noël et ses conseils lecture féministes
La mère Noël et ses conseils lecture féministes © Getty / PeopleImages

Une bibliographie féministe et le "gaze féminin"

Tout a commencé il y a deux ans, avec celle que personne n’avait vu venir : Mona Chollet, l’essayiste, qui, avec Sorcières, la puissance invaincue des femmes a squatté pendant 60 semaines les têtes des ventes. 

Mais on s’est dit ça passera, on s’est dit ça ne durera pas, oui mais voilà Le consentement de Vanessa Springora, vendu, sur les 3 premières semaines de janvier dernier à 75 000 exemplaires. Alors on s’est dit oui d’accord, mais c’est élitiste et c’est parisien, et ça passera, ça ne durera pas… 

Sauf que voilà Pauline Harmange, en Septembre avec Moi, les hommes, je les déteste, petit fascicule n’excédant pas les 100 pages, édité par une maison associative, Monstrographe… racheté par Stock quelques semaines plus tard, traduit, aujourd’hui, ou bientôt dans une dizaine de langues. Tout ça grâce à qui ? Grâce à un conseiller ministériel qui avait eu l’idée saugrenue de le censurer pour misandrie… 

Et paf ! Et paf aussi pour les détracteurs de Alice Coffin, vous savez, cette cohorte de gens très bien très courageux qui lui sont tombés dessus en masse sans même prendre le temps de la lire… Eh ben grâce à eux, en trois semaines, Le Génie Lesbien s’est vendu à 9000 exemplaires… Ca dit la force de ce mouvement, ça dit l’enthousiasme et le plaisir, ça dit aussi plein de belles histoires à raconter aux enfants.  

Et plus précisément des Histoires du soir pour filles rebelles. C’est le troisième volume de cette collection lancée par Hachette que vous allez adorez si, vous aussi, vous vous dites que, pour les filles, attendre, dans un donjon, pendant que les garçons s’éclatent à mater des dragons, ça va cinq minutes. Voici venues une centaine d’héroïnes, arbitres, cyclistes, exploratrices, actrices, humanitaires, femmes politiques ; de Adèle Haenel à Simone Veil, en passant Alexandra David Neel, qui, jeune femme, fit le tour du monde ou quasi, à pieds ou a dos de yak… 

Elles ont toutes en commun d’avoir osé : braver les interdits, sortir de leur cadre, agir, parler. Etre, quoiqu’il leur en coûte

Et quoiqu’il en coûte aux autres, par ailleurs, si on se penchez sur Les infréquentables : 40 portraits de femmes sans foi ni loi, édité par First et le magazine Causette. Vous y croisez, là, des empoisonneuses, des criminelles, des aventurières, des femmes qui, en tous cas, vous coupent le souffle par leur audace, et leur courage. Prêtes à tout, et parfois au pire, certes, mais préparant puissamment le terrain à une émancipation collective. Bref, ça fait du bien. 

Et pour faire du bien aux plus grands ?  

Deux BD chez Marabout : Le Manifeste des 343 va justement au-delà, du Manifeste, ou plutôt avant. Avant les signatures prestigieuses des De Beauvoir et des Deneuve, entre autre, quand le combat était anonyme, se menait dans la rue ou dans la cuisine. Alors qu’on fête cette année les 50 ans de la loi Veil et que non, sur ce plan là, rien ne sera jamais définitivement acquis, cet album est aussi essentiel que savoureux

Tout comme le M'explique pas la vie, mec  ! de notre excellente consoeur Rokhaya Diallo – en duo avec l’illustratrice Blachette. À l’origine, il y a ce fameux "Mansplaining", sacré mot de l’année par le magazine Times, identifiant enfin cette drôle de façon qu’à la gent masculine d’expliquer aux femmes ce qu’elles savent déjà, voire bien mieux qu’eux. À coup de situation hyper concrètes, plutôt drôles, et de fiches pédago limpides, les autrices rappellent à leur lectrice que prendre la parole – et la garder – reste la meilleure façon d’exister sans se laisser marcher sur les pieds. 

Un dernier coup de cœur, pour la route   

Gaze, toute nouvelle venue chez les libraires, à mi-chemin entre le (très) beau livre et le magazine… Ce sont 160 pages sans aucune pub, conçu comme un objet de collection… C’est une revue bi-annuelle, qui parle d’intime et de collectif, d’histoire et de culture, avec des anonymes, mais aussi des Isabelle Adjani ou des Inna Modja pour le premier numéro. 

Toutes, elles livrent sur le monde un regard, un "Gaze" féminin et féministe, l’un des rares, sans doute, à même, aujourd’hui de le réenchanter et de le réinventer.  

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