Demain vont s’ouvrir les Etats Généraux de la bioéthique… Et Giulia Foïs est un peu perdue. « Un enfant = 1 papa + 1 maman » : oui, d'accord, mais ça veut dire quoi exactement ?

Un homme tient une pancarte "Un papa, une maman, pour tous les enfants" lors d'une manifestation contre le mariage homosexuel le 4 avril 2013
Un homme tient une pancarte "Un papa, une maman, pour tous les enfants" lors d'une manifestation contre le mariage homosexuel le 4 avril 2013 © AFP / Kenzo Tribouillard

A priori, on est repartis pour un nouveau tour de piste autour de la PMA… La Manif pour Tous et tous leurs copains du XXe siècle sont chaud bouillants, là, en train de briquer leurs pancartes pour la grande parade – pas la gay pride, l’autre. 

Moi, c’est pas tellement que, comme 60% des Français, je sois pour l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, et aux femmes seules… C’est surtout que je ne comprends pas qu’on soit contre. 

Je vois l’idée, hein : « un enfant = 1 papa + 1 maman »… C’est vrai que c’est super pratique, la certitude mathématique, pour éviter de se faire des cheveux avec, la sinuosité des trajectoires amoureuses ET  la complexité de l’âme humaine… Mais je comprends pas. Vous voulez dire « un enfant C’EST un papa plus une maman » ? Ah ben non, ça marche pas. Pas en 2018. Je pinaille, mais quitte à faire des maths, quitte à donner du chiffre, un papa et une maman, aujourd’hui, c’est  : « 7 enfants sur 10, les trois autres vivant en famille homoparentale, monoparentale ou recomposée ». Mais, c’est vrai, c’est fatigant, les nuances… Ou alors je fais fausse route et c’est pas du tout ça que ça veut dire. 

J’ai réfléchi ! Et si je traduis l’équation en français plus délié, je pense que ça veut dire « pour un enfant, il faut un papa PLUS une maman ». Euh… Oui, ça, je sais, merci. J’ai beau avoir séché la quasi totalité de mes cours de SVT, je suis pas totalement idiote : pour enclencher le processus de fabrication de l’embryon, il faut un ovule + un spermatozoïde. Donc on est bons ! 

Je voudrais pas m’avancer, mais, je ne crois pas qu’on puisse un jour faire disparaître les pères biologiques de l’équation. Ils sont tellement là, d’ailleurs, que les enfants nés par PMA  pourront les rencontrer, s’ils le souhaitent, à leur majorité… Ah non, non, non… En France, le don de sperme est strictement anonyme. Tu viens d’où ? On sait pas. Et c’est qui le monsieur qui a mis la graine dans ta maman ? Eh ben on te dira pas. De toutes façons, c’est pas ça l’important, alors oublie : ton père biologique n’existe pas. Ah bon ? Donc ce père là on s’en fout ? C’est pas que je fais pas d’effort mais parfois, j’ai du mal à suivre. 

A moins qu’en fait, ce  « papa », du « un enfant = 1 papa plus 1 maman » ce soit celui qui change les couches, qui fait les allers et retour à la crèche, qui raconte des histoires pour s’endormir le soir. Un papa du quotidien, donc… Une maman, en fait. Oui, euh, désolée pour tout ceux qui viennent de s’étrangler et/ou de me conchier : à une écrasante majorité, les tâches dévolues à l’éducation des enfants sont encore, aujourd’hui, portées par les mères. Ça fait des millénaires que ça dure et, visiblement, jusqu’ici, Ludovine et ses copains, ça les a pas empêchés de dormir. 

Mais, là où l’implication d’un père au quotidien devient, visiblement, une sorte de pré-requis non négociable, dans une belle unanimité qui pourrait presque être émouvante, c’est si la maman en question décide de se passer du papa de l’équation. Quant elle choisit de se débrouiller seule. Quant elle se dit : quitte à se taper 80% du boulot, autant passer à 100%, ça m’épargnera un peu d’emmerdes au passage. 

Comme : un deuxième enfant qui ressemble drôlement à mon mec, une bonne dose de charge mentale… Et une belle-mère. Et ça, même Ludovine, elle peut pas dire le contraire – elle A une belle-mère. Ah mais c’est ça !  « Un enfant = 1 papa + 1 maman » ça veut dire : « euh, les pères, là, il serait peut-être temps de voir à quel moment on va commencer à mouiller la chemise pour changer les couches, même quand y a du caca dedans ». 

Alors du coup, si le papa de la pancarte, c’est ni le père biologique, ni ce pilier inaltérable sur lequel la maman va pouvoir s’appuyer dans cette drôle d’entreprise qu’est l’élevage – pardon, l’élévation – d’enfant et la construction du foyer, il doit sans doute s’agir de quelque chose de plus symbolique, un peu moins concret, un peu moins BTP… Ce qui manquerait aux enfants issus d’une PMA, élevés par une femme seule ou un couple de femmes, ce serait un homme auquel ils puissent s’identifier

A la fois courageux, valeureux, fiable en toutes circonstances… 

Quelqu’un qui puisse leur montrer la voie sur les sentiers escarpés de la vie. Comme le sont, évidemment, tous ceux qui deviennent pères naturellement, en couple hétéro. Tous des modèles de virilité tranquilles et sereine, c’est connu. 

En tous cas, je l’ai : « Un enfant = un papa + une maman », ça veut dire : « pour la majorité des enfants, il faut : un père biologique, une maman biologique, une maman au quotidien, et un papa qui pourrait être là au quotidien si l’envie lui en prenait mais également un référent masculin sélectionné pour la qualité de son identité ». 

C’est vrai que ça fait un peu long pour une pancarte. 

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