Ça y est, il fait beau ! Et qui dit « fait beau », dit, apéro ! Giulia Foïs est donc passée chez son caviste pour fêter l'arrivée du printemps comme il se doit. Elle y a découvert du "vin pour filles"… Les femmes aimeraient donc le vin différemment des hommes ? C'est louche cette histoire…

Encore un coup du marketing genré : il existe aujourd'hui du "vin pour un apéro entre femmes"
Encore un coup du marketing genré : il existe aujourd'hui du "vin pour un apéro entre femmes" © Getty / Tara Moore

Je m’en allais, sourire au vent, cheveux lâchés et cuisse ferme, fêter l’arrivée des beaux jours,  avec des camarades qui, comme moi, voulaient dire leur joie, de la bise et du froid disparu, quand me pris l’envie saugrenue de faire un détour chez mon caviste pour fêter ça comme il se doit. Je laissais alors mon œil baguenauder de cru en cru, de cul de bouteille en cul de bouteille… Et là, je vois, de mes yeux vois, là, au dessus d’une caisse, une étiquette, une ardoisette qui annonçait du vin pour un « apéro entre filles »…  Je me retiens de glapir et me retourne vers mon caviste : « pardon, mais c’est quoi, du vin pour fille ? » Mon caviste, légèrement hésitant, sentant le piège, sans doute, me répond : « Euh… Disons que c’est du vin, euh, comment, qu’on associe, dont le goût est associé à quelque chose de féminin… On est sur de la rondeur, voyez. De la douceur. Quelque chose d’un peu flatteur ». Ah oui, comme un « t’es bonne » en pleine rue – c’est flatteur là aussi, il paraît. Je devais avoir des couteaux dans les yeux, parce qu’il a enchaîné : « Remarquez, les hommes l’aiment bien aussi. Donc on aurait pu mettre « apéro entre copains ». Mais je sais pas pourquoi on n’a pas mis ça ». Tiens, je sais pas, moi non plus… Ce que je sais, c’est que le pauvre, il a eu droit à ma pomme en pétard, alors qu’il est loin d’être le seul, ni même le premier… 

C’est quoi, du vin pour fille ?

Alors, c’est facile : ça se repère à l’étiquette, rose, en général, avec des pleins et des déliés – voire des bouclettes hein, pourquoi pas... Y a même quelques petits malins qui ont poussé le vice jusqu’à faire des cubis en forme de sac à main, si si. Quoiqu’il en soit, c’est du blanc, ou du rosé, et ça n’est jamais de très bonne qualité. Ben oui, parce que le vin et surtout, le gros rouge qui tâche, ça reste une histoire de mecs, de vrais. Donc c’est à eux qu’on tend la carte des vins au restaurant… Et quand je dis « on », si c’est un sommelier, c’est rarement une sommelière. Elles arrivent, certes, mais elles restent très minoritaires. Rien n’a jamais prouvé que nous étions moins outillées que les hommes pour apprécier le bon vin et pourtant… Pourtant les croyances ont la peau dure. Un peu comme celle qui, longtemps, faisaient que les femmes de vignerons étaient interdites d’accès aux caves, sous prétexte qu’elles risquaient de contaminer le vin. 

Les femmes et le vin : un peu d'histoire

Disons que, comme d’habitude, nos amis les grecs se sont maqués avec nos ancêtres les chrétiens pour nous mettre ce qu’on pourrait appeler des poutrelles métalliques dans les roues. Je m’explique. Dans l’Antiquité, les femmes n’avaient pas le droit de boire de vin, sous peine de mort. Pourquoi ? Parce que les mythes les plus anciens racontaient que celles qui célébraient le culte de Bacchus étaient prises de folie meurtrière, une idée développée dans des récits dont les atrocités avaient de quoi faire reculer les plus audacieuses. Quant à celles à qui il serait resté un léger doute… Les femmes, considérées comme impures à cause de leurs règles, ont ensuite été exclues de la plupart des rituels dans les religions monothéistes. Donc la transsubstantiation, le vin transformé en sang du Christ, très peu pour elles. Par analogie, la consommation de vin rouge leur était donc vivement déconseillée. Résultat, pendant des siècles, il a été considéré comme très inconvenant pour une dame de boire du vin rouge. 

Et aujourd’hui ? 

C’est le dernier sondage réalisé par Vinexpo sur le sujet : 51% des femmes préfèrent le rouge, n’en déplaise à ces grands manitous du marketing genré. Vous savez, le marketing genré ? Cette gigantesque arnaque censée nous faire acheter deux fois plus de produits ? Un pour monsieur, un pour madame… C’est complètement fou, parce que toutes les études prouvent que ça ne fonctionne pas, et pourtant, la gamme s’étend. Aujourd’hui, tapez « produits pour filles » dans un moteur de recherche et vous trouverez : des stylos billes, des rasoirs, des brosses à dents, des téléphones portables, et même des tasers. Oui. Des tasers pour filles. Ils sont roses. Globalement, dès que vous trouvez un packaging un peu mignon, un peu concon, un peu brillant, un peu clinquant, vous pouvez être sûr que c’est pour nous. Ah ! Dès que c’est plus cher, aussi. Vous avez certainement entendu parler de la taxe rose

La taxe rose, même pour les chips

Cette obscure mais imparable règle marketing qui veut que tous les produits pour femmes soient toujours plus chers… Et c’est valable pour les chips.C'est tout frais, ça vient de sortir. C’est une info du New York Post, repérée par le site MademoiZelle : une grande marque de biscuits apéritifs s’apprête à sortir des chips pour filles. Comprenez : des chips qui craquent moins sous la dent et qui font moins de miettes. Et la firme d’expliquer, très tranquillement, que « Les femmes aimeraient mâcher bruyamment, lécher leurs doigts et verser les miettes de chips depuis le sachet jusqu’à leur bouche, mais préfèrent ne pas faire ça en public. » Donc on avait le choix, si je comprends bien : soit on enferme les filles chez elles, à l’heure de l’apéro, soit on leur fait des chips et du vin pour filles. Et moi j’ai vaguement le sentiment d’être prise pour un jambon.

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