Laura Rapp et Marie Gervais témoignent et racontent les violences conjugales qu'elles ont subies. C’est l’histoire d’un couple parfait, envié, enviable, instagrammable. Elle est sa reine, il est le roi, ils s’aiment, s’aiment, s’aiment, et ça se voit. La journée ne se quittent pas, le soir il la prend dans ses bras.

Collé, serré, tout contre lui, faudrait  pas qu’elle voit la sortie. Il est son centre, et son pilier, sa  boussole, et son chevalier. Collé, serré, à l’étouffer, qu’elle essaye  pas de respirer. Vivre sans lui ? Mais quelle idée. Elle saurait pas,  jolie poupée. Elle est gentille, 'fin, ça dépend. Parfois, elle pousse,  elle exagère, alors elle en prend plein les dents. C’est pour elle, oui,  c’est nécessaire, enfin c’est vrai, faut qu’elle comprenne, elle est sa  reine, il est le roi, lui apprend à marcher tout droit. Alors parfois,  sous le maquillage, y a des bosses et puis y a des bleus, le camouflage,  elle sait que c’est moche, mais c’est comme mentir à ses proches, ça  aussi maintenant, elle sait faire, soigner le flou, dire l’amour fou, et  entretenir jusqu’au bout, les rêves d’avant, les illusions. En vrai  elle est en perdition. Mais il finira par revenir, ce roi qui l’avait  tant fait rire, ça finira par devenir vrai, c’qu’il promettait, c’qu’il  lui jurait. Après tout elle est pas idiote, elle pourrait pas avoir  foncé dans ce piège beaucoup trop grossier. Après tout c’est un peu de  sa faute, elle se plaint et puis elle provoque, c’est bien normal, si il  se moque. Il l’humilie, la fout à terre, les coups pleuvent deviennent  régulier. Plus la peine de photoshoper. Plus de réseaux et plus d’amis,  le roi a dit : ça, c’est fini. La reine est seule, elle est dans le  noir, c’est lui qui a la main sur l’histoire. Bientôt il lui coupera la  tête, elle est sa chose, et elle est prête. Elle est en route vers le  billot, mais voilà que tiens elle s’arrête. Pas elle, pas là, et pas  comme ça, elle y arrivera, elle survivra. Il lui faut une force  dantesque et un courage titanesque, elle trouve le chemin, vers la  sortie, cabossée, brisée, mais en vie. Chais même pas comment elle a  fait, parvenir à sauver sa peau, et recoller tous ses morceaux, et puis  se construire un après. La route est longue, mais elle y est. Chapeau  madame, vous m’épatez. 

Marie Gervais, Il me tue cet amour - Comment je me suis reconstruite, après huit ans de violences conjugales, Massot Editions.

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