Giulia Foïs revient sur ces informations qui vous ont peut-être échappé : des brassières adaptées à celles qui auraient subi des mastectomies ; un programme TV qui cible les opérations de chirurgie pour les personnes obèses ; le sujet de la précarité menstruelle ; une exposition de clichés d'hommes nus…

La précarité menstruelle
La précarité menstruelle © Getty / Isabel Pavia

Sur l'inceste

D'abord un petit discours collector au milieu de ce grand n'importe quoi sur l'inceste : à moins d'avoir vécu dans une yourte sans wifi toute la semaine dernière, il ne vous aura pas échappé qu'une vague a emporté Twitter ces jours derniers. Le mot inceste, 80 000 fois au moins prononcés, écrits, autant de témoignages de femmes et d'hommes racontant mieux, dénonçant ce qu'ils et elles avaient subi enfant. 

Évidemment, chacun s'est retrouvé scotché parce que tout le monde s'est dit surpris. Même Jean Castex en est tombé de sa chaise, ou presque, sur le plateau de C à vous. "Il semblerait qu'il y ait un sujet", a déclaré le Premier ministre. Et oui, quand on en est à 6,7 millions de Français victimes d'inceste, il semblerait qu'il ait raison. C'est un sujet, peut-être même un crime, allez savoir. Quoi qu'il en soit, ça mérite empathie et compassion. Là-dessus, on est toujours très bon, sauf qu'attention, "il faut poser les choses et réfléchir", prévient Jean Castex. Pas question de légiférer sous le coup de l'émotion. Alors, mise à part le fait que ce serait bien le seul terrain sur lequel on ne légifère pas sous le coup de l'émotion et qu'il s'agit bien moins de s'émouvoir ici que de faire en sorte que ça cesse, en fait, on a beaucoup réfléchi, beaucoup posé les choses depuis des années sur les violences sexuelles. On a aujourd'hui ce qu'il faut d'enquêtes, de rapports, de commissions pour savoir comment les prévenir et les sanctionner correctement. 

Pourtant, étrangement, en France, on en est toujours là : 1 à 2 % des viols seulement débouchent sur une condamnation. Ça aussi, c'est peut être un sujet

Le corps des femmes politique ?

C'est tout le sens du mouvement metoo et la preuve par trois encore ce matin : 

1) Pour la première fois, un grand équipementier sportif propose des brassières adaptées à celles qui auraient subi des mastectomies, soit 20 000 Françaises chaque année. On est au-delà de la niche et on s'éloigne encore un peu, enfin, de ce corps parfait qui n'existe pas. Et donc, de toute façon, on ne veut plus car… 

2) …Pour la deuxième semaine consécutive, une émission de M6 Opération Renaissance se vautre en audience, programme ciblé sur les opérations de chirurgie destinées aux personnes obèses. Il présente un joli combo de voyeurisme, de sexisme et de grossophobie. D'où les 27 000 signatures qui demandent sa disparition. 

3) Au printemps, et c'est une première, la région Ile-de-France installera des distributeurs de protections périodiques dans 465 lycées publics. Ce qu'on appelle "la précarité menstruelle" est en train de devenir un vrai enjeu de société. 

Selon l'Ifop, 1,7 millions de femmes n'auraient pas les moyens de se procurer ce qu'il faut, de tampons et de serviettes

Parmi elles, 130 000 jeunes rateraient régulièrement les cours, justement, parce qu'elles ne peuvent s'y rendre en étant correctement protégées. Quand on vous dit que le corps est politique

L'exposition "Lusted men"

À retenir enfin, cette semaine, cette exposition, Lusted Men, « hommes convoités » : expo qui réunit pour la première fois 230 clichés d’hommes nus, produits par des anonymes ou des professionnels. En lumière studio ou en selfie d’après coït… Ici juste une épaule, là, une paire de fesses, le galbe d’une hanche, le dessin d’un corps tout entier, endormi, alangui, plein de mousse ou sous la pluie, et puis là, un sexe, et puis un autre, et puis un autre encore… Parfois érotiques, parfois parodiques, ces photos sont surtout inédites. Il ne vous aura pas échappé que le nu est, depuis quelques années, voire quelques siècles maintenant réservé au corps féminin. 

Selon une division du travail sexuel et sexué bien connu, la femme est objet de désir et se laisse regarder, peindre, photographier, quand l’homme, lui, est forcément sujet, désirant, conquérant, voire triomphant - avec tout ce que ça peut comporter d’injonctions toxiques au passage. 

Eh bien Lusted Men c’est ça : une autre proposition, une autre façon de regarder le corps masculin, parfois lascif, parfois fragile, parfois vieillissant, beau, justement parce que vrai. Et vous avez jusqu’à samedi pour vous rendre au festival PhotoSaintGermain, 10ème du nom. C’est à Paris – mais visible en partie sur les réseaux aussi.

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