Cette semaine, Giulia Foïs a un message un peu spécial à faire passer. Elle écrit à Will, un jeune garçon américain, qui se demande si le Père Noël et Jésus l'aiment, lui qui est gay. Comme les deux barbus pourraient prendre du temps à répondre, c'est Giulia qui s'en charge. Et lui raconte de jolis contes de fée.

Un petit garçon a écrit au Père Noël (image d'illustration générique)
Un petit garçon a écrit au Père Noël (image d'illustration générique) © Mike Arney via Unsplash

Will, un petit garçon américain, participe à l’opération « Dear Santa », organisée par les services postaux. Sauf que lui ne demande pas de cadeaux. Non. Lui, il écrit : 

« Cher papa Noël : soutiens-tu la communauté LGBT ? Et si tu peux parler à Dieu, tu peux lui dire que je l’aime ? Et est-ce qu’il m’aime sachant que je suis gay ? » 

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La lettre, manuscrite, a fait le tour des réseaux sociaux… Des dizaines de milliers de likes en quelques heures, qui certes, lui iront droit au cœur, mais ne répondront toujours pas à sa question. Les deux barbus risquant eux aussi de mettre pas mal de temps à le faire, je lui ai répondu. 

Cher Will, je t’ai lu, et tout à coup, j’avais très envie de te raconter une histoire…

Tu connais Cinderella, Will, par cœur, hein. Sauf que tu ignores une chose… Cendrillon, la coquine souillon, est en fait un garçon. Et il est gay. Et rom, par la même occasion. Dès qu’il peut, il terrasse des dragons transgenres et parle avec des cerfs non-binaires. Comment ça, tu me crois pas ? Ben désolée, c’est à peu près aussi crédible qu’une nénette qui dort mille ans et se réveille juste parce qu’un prince lui roule une pelle… Ou qu’une princesse qui fait le ménage pour sept nabots et chante avec des moineaux. 

C’est le principe du conte de fée, Will… Tu fermes les yeux, tu t’évades et tu te racontes à peu près ce que tu veux. Bon. Eh ben figure-toi qu’un groupe d’autrices hongroises - des filles qui racontent des histoires en Hongrie, donc - a décidé de reprendre les contes que tu as entendu enfant, pour qu’ils s’adressent à tous les enfants du monde. Quelle que soit leur couleur de peau, quel que soit leur genre, et que leur amoureuse soit un amoureux ou autre. 

Alors tu vas trouver des garçons qui adorent faire la cuisine, et des filles qui tiennent des empires, en tous cas, des héros très courageux, mais pas forcément des princes : figure-toi que y a même des pauvres, et que parfois ils sont en fauteuil roulant, ou alors ils ont carrément pas de maison. Et ça les empêche pas d’être des héros, tu vois… Si si, je pense que tu vois. Peut-être même que tu trouves ça chouette. 

Parce que c’est fatigant de vouloir être comme tout le monde quand on est juste comme soi, alors que tout le monde sait que personne ne peut être comme tout le monde, vu que tout le monde il est soi. Tu me suis ? Le souci, c’est que ça, mon petit Will, tout le monde ne l’a pas encore compris. 

En Hongrie, ils ont voulu interdire le livre. Y a des néo-nazis (demande à tes parents si tu veux le détail, mais en gros, on va dire que c’est des mecs qui sont pas hyper détendus du conte de fée), y a des néo-nazis, donc, qui ont fait des descentes dans les librairies pour que les libraires aient peur de vendre le livre. Y a des politiques qui l’ont déchiré à la télé. Et y a des milliers de gens qui ont signé une pétition pour arrêter de le faire circuler. 

Pourquoi, Will ? Parce qu’il y a des gens qui sont pas comme toi. Ils n'ont pas beaucoup de courage. Au contraire, ils sont très, très fragiles. Alors ils ont très, très peur de ce qui ne leur ressemble pas. Tant pis pour eux : le livre a fait tellement de bruit – un peu comme ta lettre - qu’il a explosé les ventes. Ouaip, même dans la vraie, vie, parfois, y a des happy ends. J’en ai un autre, si tu veux.  

Il était une fois, dans un pays pas si loin d’ici, un endroit où tout le monde se moquait de savoir si tu étais hétéro ou gay…

Ce dessin animé, « Promised land », a été produit par deux dessinateurs néo-zélandais, et il raconte l’histoire de Jack le fermier et de Léo Le Prince. Léo a une maman très gentille, mais qui a eu la mauvaise idée de se remarier avec un roi très méchant, un parâtre, donc, qui veut prendre le contrôle sur la forêt enchantée. Léo et Jack vont batailler, et, évidemment, ils vont gagner. 

Entre temps, tu me vois venir, Will ? Ils sont tombés amoureux. Parce que je sais toujours pas si Dieu existe – d’ailleurs si ça se trouve, il est gay – mais ce que je peux te promettre, Will, c’est que ton monde bouge. Jack et Léo aussi « se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Reste à savoir si le mariage et l’enfantement, dans l’absolu, sont de l’ordre du souhaitable, mais si tu veux bien, on en parlera une autre fois. 

Je te souhaite un très joyeux Noël, Will. 

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