Il y a 3 ans presque jour pour jour, déferlait sur le monde une tempête nommée MeToo, ou BalanceTonPorc pour la version française… Elle n’a pas fini de souffler mais peut-être pourrait on appuyer sur pause, deux secondes, et voir ce qu’elle a déjà produit comme effet chez nous, en France ?

Trois ans après le déferlement de la vague #MeToo dans le monde, qu'en reste-t-il en France ?
Trois ans après le déferlement de la vague #MeToo dans le monde, qu'en reste-t-il en France ? © Getty

Beaucoup. Je pourrais vous dire beaucoup, rester sur la rive et m’en tenir là pour ne pas me noyer, parce que la vague est si forte, qu’il se passe rarement une semaine sans qu’on en essuie des gouttelettes.

Ou alors, je vous dirais « rien », parce que trois ans, en temps sociologique, c’est rien. Et qu’il faudra attendre un demi-siècle au moins pour mesurer l’impact réel de cette refondation que MeToo propose.

Mais j’avais envie, ce matin, de compter les points. Les points marqués, les pas faits, même minimes vers ce fameux monde d’après, celui dont on a tant parlé au tout début de la pandémie de COVID. C’est un bon exemple, le COVID, d’ailleurs. Oui, bien sûr, les femmes ont été renvoyées à la maison pendant le confinement, oui, leur charge mentale a redoublé, les violences conjugales ont explosé, pendant que l’espace médiatique lui, était de nouveau été occupé à 80% par des hommes…
Et c’est à se taper la tête contre les murs, sauf à se souvenir que si on le sait, c’est que ça c’est vu et qu’aujourd’hui, ça ne passe plus. 

En trois ans, c’est notre pensée qui s’est déployée à mesure que notre langue s’enrichissait. Le mot « féminicide », est passé dans le langage courant, et pour la première fois sans doute de l’histoire, on s’est demandé vraiment ce qu’était le consentement. Certes, il est toujours très loin d’être unanimement respecté. Mais c’est pareil : on le sait parce qu’au moment où on mettait des mots, on se mettait à compter.

  • 1 femme sur 5 harcelée sur son lieu de travail, 
  • 1 sur 2 qui connaîtra au moins une forme de violence sexuelle au cours de sa vie,
  • 1 sur 10 qui sera violée.

Cette réalité là, aussi douloureuse soit-elle, on l’a regardée en face, alors en face, ils n’ont plus pu reculer. 

Il y a eu une réponse politique. 

Qui vaut ce qu’elle vaut. Mais il y a eu une loi, dite loi Schiappa, incomplète sans doute, imparfaite, peut-être, mais tout de même : le délai de prescription des viols sur mineurs passe de 20 à 30 ans, on élargit la définition du harcèlement, on crée la notion de contrainte morale et le délit d’outrage sexiste. Et puis on continue à débattre, et puis on continue à voter, et, même difficilement, les droits des femmes continuent d’avancer : le délai d’IVG vient de passer à 14 semaines, quand le congé paternité, lui, en gagne trois, tandis que par décret, on décide d’inclure l’endométriose aux programmes des facultés de médecines. C’est un détail ? Pas tellement. 

Tout ça, c’est une meilleure prise en compte des droits des femmes

En fait, c’est sur le terrain spécifique des violences sexuelles que ça n’avance pas, ou si peu. Parce que ça reste l’un des plus petits budgets de l’état et ni la Grande Cause Nationale, ni le Grenelle des violences conjugales n’y ont changé grand chose : aujourd’hui, on a toujours pas les moyens ne serait-ce que de former les policiers, les médecins, les juges, les avocats à entendre la parole des victimes comme elle le mérite. Alors, pour l’instant, ces chiffres là ne bougent pas : 1 à 2% des viols seulement débouchent sur une condamnation, aujourd’hui, en France. Oui, mais les plaintes pour violences sexuelles, elles, ont bondi : 30% la première année suivant #BalanceTonPorc. Ca veut dire que si l’institution n’est pas à la hauteur, ça n’empêche pas les victimes de parler. 

Et c’est bien le plus impressionnant dans cette vague : rien ne semble pouvoir l’arrêter. Une à une, les femmes prennent la parole, un à un les corps de métier en sont inondés : dans la pub, elles ont dit stop, et puis dans la musique classique ; et puis dans la musique tout court ; l’archéologie, les avocats, et j’en passe, et y en aura encore, croyez-moi. Même le cinéma, si timide au départ, a bien fini par bouger. Vous l’aviez vu passer, celle là ? Le CNC n’attribuera plus d’aide si la production qui la demande n’a pas suivi de formation contre les violences sexuelles. Ca, c’est du concret. Concrète aussi, l’Académie des César, totalement refondée, sur des principes de parité, de mixité, de diversité.
Alors on se dire qu’après tout, le c’est le milieu du show bizz et que c’est très loin de nous. Sauf que non, pas du tout. Parce que le cinéma c’est quoi, à part une fabrique à images, et donc l’un des plus forts contributeurs de l’imaginaire collectif.

Or c’est bien là dessus que le chemin reste à faire : en 2019, 17% des Français pensent encore qu’une femme qui veut dire non, elle veut en fait dire oui. C’est sans doute pour ça que 22% des hommes, tout âge confondu, disent ne pas avoir respecté le consentement de leur partenaire. Au moins une fois. 1 homme sur 5…
Mais le résultat de ce sondage est au moins aussi frappant que son existence même. Ca y est, on commence enfin, tout doucement, à questionner les hommes, et donc l’écrasante majorité des agresseurs. On viendra à bout de ces violences là, si on poursuit ce travail là. Parce que les interroger eux, c’est comprendre d’où ça vient et c’est un minimum pour que ça n’arrive plus.
Parce que la seule question qui vaille, ça n’est pas : « comment t’étais habillée », mais : « pourquoi tu l’as violée ? »

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