"Lan Asket" ! C'est l'expression de la semaine, qui a fleuri sur les réseaux sociaux koweïtiens pour dénoncer les abus et le harcèlement sexuels. Une contestation partagée en Grèce, où le mouvement MeToo n'a pas fini de faire parler de lui.

L’héroïne de la semaine s’appelle Ascia Al Faraj. C’est une jeune koweïtienne, ex-mannequin, blogueuse mode, une influenceuse, comme on dit, avec 2 millions et demi d’abonnés sur Instagram. Des abonnés plus habitués jusqu’ici à commenter ses nouvelles tenues qu’à recevoir cette vidéo, postée la semaine dernière. 

Ascia Al Faraj est au volant de sa voiture et se filme avec son portable. Elle vient d’être agressée en pleine rue, elle raconte, émue, elle interpelle, en colère, et elle dit : « Y en a marre, on a un vrai problème harcèlement dans ce pays ! » Visiblement, oui, vu les messages qui affluent par dizaines avec ce hashtag #LanAsket, « je ne me tairai pas ». 

C’est une autre femme, une autre héroïne, qui l’a lancé suite à cette vidéo. Shayma Shamo, jeune médecin de 27 ans, qui, fraîchement revenue s’installer au Koweït après plusieurs années à l’étranger, emboîte le pas à Ascia Al Faraj. Elle ouvre une plateforme internet, appelant les autres koweitiennes à témoigner de ces violences dont elles sont quotidiennement victimes et c’est une déferlante : en ligne, sur les réseaux, et bientôt dans tous les médias nationaux. 

Oui, même au Koweït, la parole « se libère », comme on adore le dire !

Mais oui, au Koweït aussi, la vue reste bouchée et le cerveau obstrué. Cette façon qu’on a de toujours blâmer les victimes, d’ignorer, volontairement les coupables, ne pas les interroger eux, mais pointer du doigt celles qui parlent comme celles qui se taisent. C’est un réflexe systématique, qui touche aussi bien la France que le Koweït. 

Oui car, évidemment, là bas, le hashtag « Je ne me tairai pas», a eu immédiatement ses détracteurs : c’est aux femmes de faire attention à la façon dont elles s’habillent avant de sortir et non aux hommes de savoir se tenir. Tant pis, trop tard, le monde bouge et « Lan Asket » !

« Lan Asket » non plus en Grèce 

Quatre ans après ses débuts, MeToo continue de faire des émules et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Les femmes disent stop, ras le viol et ce jusqu’en Grèce : tout a commencé avec la championne olympique de voile, la médaillée d’or Sophia Bekatorou, qui, au tribunal, accuse un haut responsable de la fédération de l’avoir violée il y a 20 ans. 

Portées par cette voix là, elles sont, dans les jours qui suivent, de plus en plus nombreuses à révéler, elles aussi, les agressions dont elles ont été victimes. Et la vague éclabousse tout, n’épargne aucun milieu : le sport, le théâtre, le cinéma, un à un, ils sont touchés… Il n’y a pas de micro climat, un secteur professionnel où ça n’arriverait pas. Où les femmes pourraient aller et venir sans craindre, à minima, la main aux fesses. 

Elles sont d’ailleurs plus de 8 sur 10, en Europe à limiter leurs déplacements, selon un rapport de l’Agence européenne des droits fondamentaux. 83% des jeunes femmes, âgées de 16 à 29 ans, évitent certains lieux pour ne pas risquer d’être agressées. Alors on leur dit quoi : habillez vous correctement et ça n’arrivera pas ? Ce débat là aussi, est planétaire : on fait quoi ? On apprend aux filles à faire attention, ou aux garçons à remonter leur pantalon ? Vous avez trois heures...

Arthur Parker, cette pianiste anglaise qui s'est faite passer pour un homme afin d'être entendue

Arthur Parker un pianiste anglais, il vient de sortir son tout premier album, et les auditeurs de la BBC le connaissent bien puisqu’il est régulièrement diffusé sur les ondes. Jolie histoire n'est-ce pas ? Sauf qu’Arthur Parker n’existe pas. 

Ce toucher là, cette musicalité, là, c’est celle d’Anabelle Bennett, musicienne et compositrice des Cornouailles. Totalement autodidacte, elle a passé années à envoyer ses bandes à la BBC. Rien n’y faisait, ça ne passait pas. Et puis un jour, elle prend un pseudonyme masculin, celui d’Arthur Parker. Et alors ça se débloque. Alors elle passe à la radio, alors elle produit un album, alors le succès, alors le secret, immédiatement éventé : l’artiste elle-même vient de révéler sa véritable identité. 

La BBC se défend de tout sexisme évidemment. Et on ne pourra jamais être sûrs de rien. Mais on se quitte avec une pensée pour Georges Sand, Colette ou Calamity Jane, qui elles aussi avaient du se faire passer pour des hommes pour avoir le droit d’écrire, de publier, d’exister. Allez, on va se dire que oui, bientôt, tout ça, ce sera terminé. 

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