Cette semaine, c'est la commémoration des 45 ans de la loi (Simone) Veil. L'occasion de rappeler les conditions d'avortement en France, combien l'IVG est un droit humain fondamental, quelles sont les idées reçues, les rumeurs qu'il faut à tout prix écarter quand on parle d'interruption volontaire de grossesse.

Simone Veil présente à l'Assemblée nationale le projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG), Paris, novembre 1974
Simone Veil présente à l'Assemblée nationale le projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG), Paris, novembre 1974 © Getty / Gilbert UZAN / Contributeur

1 - En France, en 2020, avorter, c’est simple comme un coup d’aspi…

  • Vrai parce que depuis 20 ans, tout, dans les textes de loi, est fait pour faciliter l’IVG : allongement du délai légal, autorisation de pratiquer l’IVG médicamenteuse dans des cabinets en ville, gratuité de l’acte pour toutes les femmes etc…
  • Sauf que, parallèlement, entre la restructuration des hôpitaux, le manque d’effectif et la fermeture de certaines maternités, 8% des centres qui pratiquaient l’IVG ont fermé en 10 ans. Dans ceux qui restent ouvert, c’est un peu la loterie : le médecin peut invoquer sa clause de conscience, appliquer une majoration tarifaire (comme quoi, tout se monnaye, même la conscience) ou refuser de vous avorter au-delà de 12 semaines – même si en théorie toujours, vous pouvez le faire jusqu’à 14 semaines. Résultat, une femme sur quatre doit avorter hors de son département, et parfois à 100 km de chez elle. Vous me direz, bien fait pour elle : l’avait qu’à pas tomber enceinte, cette conne. D’où ma deuxième question. 

2 - Les Françaises qui avortent sont de sacrées têtes de linottes : elles prennent tout les risques et après, elles vont chouiner – ce qui s’appelle une question légèrement orientée. Leur faute ou pas leur faute ? 

Alors, mis à part le fait que, attention, gros scoop : à priori, on est deux à faire un bébé,alors éventuellement, vous pourriez aussi, chers vous tous, mettre systématiquement un préservatif – et non, promis, juré, elle ne va pas mourir étouffée à cause d’une gaine en latex la bibite…

Il se trouve que la France a l’un des taux de contraception les plus élevés au monde. Et que, malgré ça, le nombre d’avortement, lui, reste stable – 200 000 environ chaque année. La faute aux oublis de pilule… 

D’après une étude de l’Inspection générale des affaires sociales, neuf femmes sur dix l’oublient en moyenne deux à dix fois par an – et oui, c’est suffisant. La pilule a été inventée à un moment où les femmes étaient majoritairement dans des relations stables et de longue durée. À l’heure des aventures éphémères, le stérilet ou l’implant, contraceptifs permanents, seraient peut-être mieux adaptés. Encore faudrait-il le savoir… 

Et la France est très, très en retard sur l’éducation à la sexualité. Il y a une loi qui prévoit quelques heures d’enseignement dans les collèges et les lycées. Sauf qu’elle n’est pas (ou très peu) appliquée. À l’arrivée, ça nous fait une française sur trois qui avortera au cour de sa vie, et en développera, dans la foulée…

3 - L’avortement favorise plutôt le risque de dépression ou les cancers du sein ?

Aucun des deux. Ce sont des rumeurs propagées sur la toile par des sites anti-avortement, pour décourager d’éventuelles candidates. À la fois, comme disait Guy Bedos, "si on écoutait les opposants à l’avortement, on fabriquerait des brassières à des spermatozoïdes".

4 - D’ailleurs… Quel est l’âge du plus jeune opposant à l’avortement ? 

Sept mois. Il s’appelle Charlie et il vient d’être nommé maire honorifique de la petite ville de Whitehall, au Texas. Ni républicain, ni démocrate, affirment ses parents qui sont, avant tout, de fervents chrétiens, il a fait campagne sur ce slogan : « Make America kind again » / « Rendez l’Amérique plus gentille ». Et plus gentille, avec les fœtus notamment. Sa mère biologique ayant voulu avorter, dans un premier temps, sa petite bouille toute mignonne en fait aujourd’hui l’un des symboles de la lutte anti-IVG. Et puisqu’on est aux États-Unis…

5 - Dans l’Ohio, les médecins doivent récupérer les fœtus dans la poubelle pour les remettre dans le ventre de ces coquines qui voulaient avorter. Vrai ou Faux ?

Faux. Mais on en est pas loin… Une loi, votée par le congrès local, force désormais les médecins à tout faire pour sauver la vie des fœtus. Y compris les réimplanter, en cas de grossesse extra-utérine, dans l’utérus maternel. Les contrevenants pourraient être poursuivis pour meurtre et risqueraient alors quinze ans de prison. 

C’est l’un des plus récents coups de vis donnés récemment à l’IVG aux États-Unis, où, les uns après les autres, les états adoptent des législations de plus en plus restrictives en la matière. Et le problème dépasse largement les frontières du pays. L’Équateur vient de réaffirmer son opposition à l’avortement. En Argentine, malgré des mois et des mois de combats, ça ne passe toujours pas. En tout, ce sont 225 millions de femmes, dans le monde, qui n’ont toujours pas accès à une contraception digne de ce nom.

L’IVG est un droit humain fondamental

… Il est toujours loin d’être universel… Alors, si, la semaine dernière, j’invoquais Herbert Léonard, je vais me permettre, cette semaine, de relever un tout petit peu le niveau, en citant Simone de Beauvoir :

N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devez rester vigilantes votre vie durant.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.