Il paraît que ça ne va pas fort, pour les hommes, ces temps-ci. Mis sur la touche depuis le mois d’octobre, camisole de la bouche depuis #balanceTonPorc… Heureusement, Marianne est là, avec en Une le titre "Accusés, planqués, gênés, muets… Libérons la parole des hommes". C'est beau, einh ?

L'émouvant discours de Natalie Portman à la Marche des femmes le 20 janvier 2018
L'émouvant discours de Natalie Portman à la Marche des femmes le 20 janvier 2018 © AFP / Mark Ralston

Alors nous, on voit à peu près ce que ça fait, ce côté potiches du débat public, mais pour vous, ça doit être chaud, c’est vrai. Heureusement, Marianne est là pour vous caresser la testostérone et vous remettre à votre juste place : la Une. En titre, cette semaine : « Accusés, planqués, gênés, muets… Libérons la parole des hommes ». C’est beau einh ? C’est une certaine idée du journalisme, que voulez-vous : éthique, juste, équitable. Les femmes ont pu libérer leur parole, alors on fait du 50/50, tout le monde est victime dans cette affaire, einh, les hommes aussi ils en prennent plein la gueule, et ceux qui osent prétendre que c’est pas tout à fait pareil… Allez-y, vomissez-moi dessus, villipendez-moi (avec deux L), défoulez-vous sur les réseaux sociaux... Ce qui fut fait, évidemment. 

Tollé général. 

Alors Marianne forcément, a sorti l’argument du second degré, celui qu’on tente quand on sent qu’on s’est pris les pieds dans le tapis. Trop tard…

Entend-on les hommes ?

Sur le fond, Marianne a raison. C’est vrai qu’on ne les entend pas, les hommes. A peine 72% du temps d’antenne, radio et télé, et ce toute l’année, selon les dernières estimations du CSA. Alors, on pourrait peut-être avoir envie de se dire que, exceptionnellement, les femmes étant les premières concernées par le harcèlement, il puisse être à peu près justifié qu’on les entende un peu plus ces temps-ci… Mais ce silence assourdissant de la moitié de la population… Non, ça, ça fait saigner l’oreille, vraiment. Et sur #balanceTonPorc, c’est vrai, on les a pas entendus. 

A part peut être Bernard Henri Levy. Qui nous a dit que « porc », c’était pas joli. Non, c’est pas beau les gros mots dans la bouche d’une fille, va donc te laver la bouche au savon, saleté ! A moins que ce ne soit Raphaël Enthoven ? Pardon, mais je les confonds un peu, tous les deux… C’est lequel, le philosophe qu’on entend sur tout, notamment quand il n’a pas grand-chose à dire, oui mais il a une belle chemise ? Je sais plus. 

Bon, pour le reste, pas une parole d’homme. Ah si. Philippe Sollers, quand même. Qui nous expliquait sur cette antenne que la Française avait baissé depuis le XVIIIe siècle, alors que si ça se trouve, c’est juste lui qui a plus de mal à la monter. Pardon. Mais à part eux…

Oui, bon, d’accord, un Eric Zemmour finalement assez bien dans son rôle, qui nous dit qu’avec #balanceTonPorc, on est à deux doigts du #dénonceTonJuif – Eric, les juifs, c’était les gentils ; les porcs, c’est les méchants, d’accord ? Alors c’est pas trop pareil. 

Point Godwin très vite atteint, en tous cas, suivi, ou précédé, on sait plus, parce que vraiment c’était dans un mouchoir de poche, par un point Islam, comme dans « #balanceTonPorc, c’est pour noyer le poisson de l’Islam », et pour ça, on dit merci qui ? Merci Finki… Alain Fienkelkraut, vous l’aurez compris. 

Ah mais donc en fait, ça va, on les a entendu, je crois. 

Et même Alain Afflelou, si si, Afflelou, c’est fou ! Interrogé dans Le Parisien dès le 16 Octobre, avec Michel Cymès, François Berléand, Elie Seimoun et j’en oublie. 

Et dans Marianne, qui entend-on ? 

De Tahar Ben Jelloun à Frédéric Begbeider, ils ont brassé plutôt large sur l’échelle de la pensée. Avec un focus assez net sur des jeunes gens en prise directe avec l’air du temps : Jean-François Kahn par exemple, qui, bien évidemment, s’effraie des, je cite « dérives maccarthystes » possibles (c’est sûr, c’est une vraie boucherie, depuis mi-octobre, toutes ces têtes qui tombent, ah la la, ça me dégoûte), Kahn qui dénonce une « idéologie totalitaire », laquelle, je suppose, empêcherait à terme le troussage de domestique à niveau planétaire ? C’est vrai que c’est un scandale. 

A part ça… A part ça, incroyable, des hommes s’élèvent contre le harcèlement. Des hommes sont contre le sexisme. Des hommes sont contents que ça bouge. Dingue, non ? 

En fait, le plus désolant dans ce dossier, c’est qu’il persiste à vouloir nous faire croire que la ligne de fracture sépare, aujourd’hui encore, les hommes, des femmes. Que c’est à une guerre des sexes qu’on assiste, quand c’est une guerre des mondes qui se prépare : l’ancien et le nouveau. D’un côté, un monde où certains (voire certaines) qui continuent de penser que l’homme est une petite chose incapable de contrôler ses pulsions les plus basses, victime, même, d’une forme de misère sexuelle les conduisant malencontreusement à se frotter contre des inconnues dans le métro… Et puis, de l’autre côté,  un monde où on se dit que les hommes ne seront jamais aussi libres que parce qu’en face d’eux, ils auront une femme qui saura leur dire, sans peur, ni honte, "Voici ce que je désire, voici ce que je veux". Ca, c’est de Nathalie Portman. C’était samedi, à la marche des femmes. Car oui, pardon, là, c’est encore une femme qui parle. 

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