Malgré la disparition de Ruth Bader Ginburg qui l'affecte, Giulia Fois n'a pas pu résister, il fallait qu'elle écrive au ministre de l'Intérieur.

Giulia Fois a quelques choses à dire à Gérald Darmanin
Giulia Fois a quelques choses à dire à Gérald Darmanin © AFP / Arthur Nicholas Orchard / Hans Lucas

J'ai un pensée pour Ruth Bader Ginburg et pour toutes celles qui, grâce à elle, ont relevé la tête… Ces générations de femmes qui ont vu leur combat s’incarner… Et… Non, je peux pas. C’est plus fort que moi. J’ai écrit. Une lettre à un membre du gouvernement. 

« Mon petit Gégé, 

Si tu savais comme j’étais heureuse, hier soir, en t’écrivant. Si tu savais comme je le suis, ce matin, en espérant que tu entendes ces mots, ces mots en moi retenus trop longtemps… Je sais, tu les attendais pas vraiment. Moi si, je guettais juste le moment. Comme quoi tu vois, la vie, mon petit Gégé, c’est toujours une question de moment… 

Par exemple en Juillet, quand t’a été nommé, je t’ai raté. J’étais en vacances, j’étais en Provence. Je les ai vues te tomber dessus, mais toi, toi, t’as tenu. Et tu t’es bien défendu. Innocent jusqu’à preuve du contraire, accusé de viol oui mais, pas jugé coupable et paf dans leur face, et même pas peur, et même pas mal, enfin, si, mal, à l’intérieur. De toi, je veux dire. 

Et toi, t’as dit : 

Je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières. Mais il faut quand même mesurer ce que c’est que d’être accusé à tort, de devoir expliquer à ses parents ce qu’il s’est passé parce que, c’est vrai, j’ai eu une vie de jeune homme 

T’es tellement chou quand tu t’y mets, toi…Tu parlais, et moi, je le voyais, le jeune homme que tu étais...Un peu foufou, un peu coquin, patin, couffin, je fais semblant de te faire la bise et hop, je dérape, et ouh, une bouche, et là je dérape encore et encore plus loin... Pardon.

Je veux pas faire pleurer dans les chaumières, mon petit Gégé, mais parfois y a des mots qui sortent de moi, avec ma voix, et je sais pas vraiment comment ça se fait. Mais ça se fait, et après, je regrette, parce que bon, la boulette, oui mais bon, blagounette… Tu comprends ça, toi, l’humour… T’es même un sacré déconneur, quand tu t’y mets.

Ta dernière, c’est presque la meilleure… Je resitue le contexte, tu m’en veux pas ? C’est pour ceux qui étaient pas là… Alors voilà, on est au Sénat, en pleine commission d’enquête sur la gestion du COVID, et Marie-Pierre de la Gontrie te pose cette question, tu sais, sur les repas que tu as interdit pour les migrants de Calais… Si, si tu sais. 

Eh ben là, toi, comme t’es foufou, que t’es coquin, que tu peux pas t’empêcher, on sait jamais, des fois que ça marcherait, t’as répondu : 

Je me ferais un plaisir de passer une soirée, une nuit, une journée avec madame la sénatrice, à Calais

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

T’en ris encore, einh, quand tu l’entends ? Là, t’as goûté ton effet. Et puis après… T’as pas compris. Et pourquoi la vidéo elle a tourné, et pourquoi ça a gueulé, et encore, c’est sur toi que c’est tombé … 

Alors mon petit Gégé, t’es plus vraiment un jeune homme, mais je vais t’expliquer… 

Tu les vois, ces gamins qui, comment tu dis ? « S’ensauvagent », dans les cités ? Tu les entends leur « wesh, t’es bonne », leurs sifflets, et leurs « salopes », dans la rue ? Tu les connais, leur main au cul ? Eh ben c’est pareil, en fait : ça n’a jamais marché. ça fait encore moins rigoler. 

Outrage sexiste, ça s’appelle – ou agression, quand c’est poussé. Y a même une loi contre ça, c’est celle de Marlène Schiappa – tu sais, celle qui bosse avec toi. Ce qui fait que c’est un délit, tu vois. Comme je sais pas, monnayer un service contre des faveurs sexuelles. Ca s’appelle « abus de faiblesse », ou « trafic d’influence » et c’est passible de… Ah non, c’est vrai, t’es au courant. 

Je t’apprends rien, je te prends pour qui ? T’es ministre de l’intérieur ou pas ? Alors tu les connais, les lois, et les chiffres sur le bout des doigts : 1% des viols qui débouchent sur une condamnation, tu le sais ça… Comme toutes ces plaintes, les trois quarts, classées sans suite, à la poubelle, impunité, toute puissance...

Ahhh ton petit sourire, au Sénat. Et avec toi, tout ces rires gras, là, derrière toi… Ahhh ce petit sourire... Alors le coup de la chasse à l’homme, tu me le refais pas, hein ? Tut tut tut… Tu la ressors à chaque fois, et chaque fois je me dis « ouch, il devrait pas ». 

Ben oui, parce que c’est ce qu’ils font tous. Comme un réflexe, hein… Et la victime, c’est moi, et la coupable, c’est elle, acharnement sur l’innocent, tout ça tout ça… 

L'équipe