Cette semaine, pour le tour du monde du droit des femmes et de la communauté LGBT, de bonnes nouvelles, enfin. Au Maroc, ce hashtag qui libère la parole des femmes, bridées par la peur de la « hchouma ». En Tunisie, de vrais cours d'éducation sexuelle en primaire ; Et un film bollywoodien LGBT - une première.

Les femmes marocaines ne se tairont plus
Les femmes marocaines ne se tairont plus © Getty / Grant Faint

« Masakatch » ou « je ne me tairai pas », en dialecte marocain. 

C’est un hashtag qui circule en ce moment sur les réseaux sociaux du pays et qui accompagne les témoignages, anonymes, de victimes de violences sexistes, conjugales, ou sexuelles. Il y a 10 jours, le collectif du même nom, Masakatch, lançait cette campagne pour que, selon la formule consacrée : « la honte change de camp ». 

On est ici dans un pays où 54% des femmes ont à subir au moins une forme de ces violences au cours de leur vie, mais une sur trois seulement ose en parler à un proche, ou à une institution. Elles craignent l’opprobre, l’humiliation, le rejet, joli cocktail contenu dans un seul mot, la fameuse «hchouma », la honte qui s’abat encore et toujours sur celles qui sont pourtant victimes. Elles sont donc encore moins nombreuses à porter officiellement plainte : 6,6% - contre 10%, ici, en France, pour vous faire une idée, pas brillant non plus, mais bref... 

Au Maroc, bien souvent, quand elles le font, la procédure se retourne contre elles et elles se retrouvent poursuivies pour relations sexuelles hors mariage… Si si. C’est l’article 490 du code pénal, que le collectif Masakatch veut voir supprimer. D’où l’objectif, au fond, de ce hashtag qui, pour l’instant, peine à fédérer : seulement une trentaine de témoignages en 10 jours… Alors la « hchouma » sur tous ceux qui les font taire.

Les langues se délient aussi, doucement, sûrement, en Tunisie

Celles des profs, et de leurs élèves. Des cours d’éducations à la sexualité seront désormais dispensés dans les écoles, à partir de l’entrée en primaire… La Tunisie a toujours été pays précurseur en matière de mœurs dans le monde arabe, et donc il existait déjà des ateliers axés santé et prévention, mais de manière sporadique, et pour des tranches d’âges bien plus élevées. Là, le contenu même des cours s’élargit à la lutte contre les stéréotypes, le harcèlement, la pédophilie… 

A l’origine de cette initiative, une loi portée par une députée du parti islamiste Ennahada. « Cessons de parler de Halal (permis) ou de Haram (interdit) », avait-elle déclaré. Il faut ancrer la culture sexuelle auprès des enfants… « Apprenons-leur à se familiariser avec leur corps ». C’est pas mal, hein ? On ferait bien de s’en inspirer. En France, la toute première circulaire pour une éducation à la sexualité dans les établissements scolaires date de 1973. Renforcée, réactualisée par des lois en 2003 puis 2018, elle n’a jamais, jamais été correctement appliquée.

Le son que fait la révolution...

... Quand elle se passe en Inde, et plus exactement du côté de Bollywood. 

Et celui qui crie « homophobia », au mégaphone, du haut d’un balcon, porte le bouc affûté, la crête gominée, un drapeau arc en ciel sur un torse huilé, épilé, musclé… Il est l’un des deux héros de « Faites très attention avec le mariage » - c’est le titre en français, je ne vais pas le risquer en Hindi. 

On est dans la comédie romantique pur jus, dans l’extravagance bollywoodienne classique, avec ce qu’il faut de chatoyance, de danse et de brillantine. Il y a de l’amour, il y a  de l’obstacle à surmonter, il y a de la famille à réconcilier, oui mais, pour la première fois, à l’écran, ce sont deux hommes qui s’aiment, qui se chamaillent et se retrouvent. 

Un bond assez saisissant pour la culture indienne si l’on songe que l’homosexualité n’a été dépénalisée qu’en 2018… Et qu’elle restait, à cette époque, sondage après sondage, considérée comme un déshonneur pour la majorité de la population. L’équipe du film a voulu, je cite, « susciter le dialogue autour de la question du genre et des sexualités  dans les familles »… A mon avis, ils ont réussi. 

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