Un petit "back to basics féministe". Je suis votre petit Laurent Romesjko du féminisme… Cette semaine, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes oblige, on a croulé sous les rapports, études statistiques, enquêtes et c’est heureux, sauf que ça donne un peu le tournis.

Si on ne compte que les femmes de 20 à 69 ans, 52 000 ont été violées au cours des douze derniers mois. 580 000 ont été sexuellement agressées. Les femmes représentent donc 96% des victimes de viols sur adultes.
Si on ne compte que les femmes de 20 à 69 ans, 52 000 ont été violées au cours des douze derniers mois. 580 000 ont été sexuellement agressées. Les femmes représentent donc 96% des victimes de viols sur adultes. © Getty / Songsak rohprasit

Donc on va faire simple… Vous êtes… Dans le métro, dans un open space, en train de faire vos courses ? Comptez. Une femme devant vous, une deuxième. C’est bon. L’une des deux a été au moins une fois victime au cours de sa vie, ou le sera, d’au moins une forme d’agression sexuelle. Vous en avez 5 ? Il y en a une, au moins, qui sait dans sa chair ce qu’harcèlement sexuel au travail veut dire.

On passe à dix ? L’une d’entre elle a été violée. En fait, on irait plus vite en comptant le nombre de femmes dont le consentement a toujours été respecté. L’INED vient de publier son enquête Virage, LA référence en la matière : 

Si on ne compte que les femmes de 20 à 69 ans, 52 000 ont été violées au cours des douze derniers mois. 580 000 ont été sexuellement agressées. Les femmes représentent donc 96% des victimes de viols sur adultes. Quand les agresseurs, eux, 9 fois sur 10 sont des hommes. 

C’est donc la définition parfaite de ce qu’on appelle une violence de genre. Attention, on ne nait pas violeur. On le devient. Parce qu’on évolue dans une société où rien, ou si peu, au fond, nous en empêche. 

Et là, vous allez me dire "Mais que fait la police ?"

Eh ben elle prend les plaintes. Enfin, théoriquement, elle en a l’obligation. Sauf que… Si vous prenez les victimes de violences conjugales… 

Sur les 146 femmes mortes sous les coups de leur conjoint, en 2019, dans 65% des cas, elles s’étaient signalées auprès des services de police. Sauf que 18% des mains courantes ne donnent lieu à aucune investigation – je dis bien aucune. 

Et 80% des plaintes sont classées sans suite. Pour les violences sexuelles, on est à peu près sur les mêmes proportions : 73% de classement sans suite. 

Ce qui nous fait le chiffre honorable de 1 à 2% des viols qui débouchent, sur une condamnation, aujourd’hui, en France. 

Pire : les condamnations pour viol ont reculé de 40% aux assises ces dix dernières années. 

Je sais, c’est fou, dirait Afflelou. Ou plutôt Dupond-Moretti, en l’occurrence, qui remettait en cause, cette été les statistiques de son propre ministère… Il faut dire, le Garde des Sceaux ne s’en cache pas : il déteste être soumis, je cite, à la « dictature de l’émotion » qui donne toujours raison aux victimes – et c’est vrai qu’avec 1% de condamnations, on est sur un systématisme assez insupportable. Je le comprends, … 

Moi aussi, et comme beaucoup, j’adorerais me raconter l’histoire d’une société où tout le monde partirait avec les mêmes cartes et où, à force de volonté, quelques « femmes puissantes », selon l’expression consacrée, viendraient contredire toutes les autres, ces chiffes molles, réussissant à percer à coups de talon ce fameux plafond de verre et devenant ainsi patronnes du CAC 40… Ah ben non, y en a pas… Alors euh… Elles auraient, à force d’intelligence, d’audace et de gnaque, le pouvoir politique de faire bouger les choses.

Ouaip. Mais dans les faits, elles ne représentent 29% des sénatrices, 20% des maires et tiennent trois présidences de régions sur 18. 

La faute à quoi, ces disparités ?

Pas à l’absence de cerveau !  

Les femmes sont aujourd’hui plus diplômées que les hommes… Mais, allez comprendre, elles gagnent toujours 20% de moins en moyenne, 10% à poste et CV équivalent…

En réalité, la machine se grippe sérieusement, avec l’arrivée des enfants. Là, les inégalités de genre explosent… Les femmes tiennent non seulement la grande majorité des temps partiels et des familles monoparentales, mais quand elles sont en couple – hétéro, elles se tapent toujours 71% des tâches domestiques… Et ça prend du temps, figurez-vous sur le travail, sur la carrière, sur tout. 

Mais c’est vrai, ça bouge  :

Sur ces dix dernières années, le temps dévolu par les hommes au ménage, aux courses et aux enfants, a augmenté de… 1 mn, d’après l’INSEE. 

Bilan ? On pourrait presque avoir une petite idée, une micro hypothèse, du pourquoi du comment de la colère des femmes, parfois, à la maison, le soir, ou sur un plateau de télé, à toute heure de la journée.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.