C’est le nom de la nouvelle campagne lancée ce mois-ci par "Osez le féminisme" avec un hashtag pour que les internautes puissent témoigner sur Twitter, aussi un questionnaire en ligne à remplir sur le site de l’association. L’idée est de mesurer le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports.

Des wagons sans couillons, campagne pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles dans les transports
Des wagons sans couillons, campagne pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles dans les transports © Getty / ferrantraite

Et ça démarre aux regards insistants, aux questions intrusives, aux sifflements intempestifs et autres « t’es bonne », qui, je le précise, dans ce contexte là, non, ne sont pas un compliment. Pas flatteuse non plus, la main au cul - à la dixième, tu as surtout l’impression d’être un essuie-tout. 

Quant à celui qui te suit, à cette heure là, dans ce couloir là, sur des dizaines de mètres alors qu’il n’y a personne – ou que tout le monde regarde ses pieds, non, ça n’est pas un « dragueur un peu relou ». Et il le sait très bien. Celui qui te dis « suce-moi, salope », n’a pas exactement envie de te plaire, en fait. Ni même d’avoir un rapport bucco-génital avec toi, ce qu’il te dit à ce moment là s’apparente plus à un crachat au visage, voyez... Comme celui qui se frotte contre toi, à l’heure de pointe : ça n’est pas tout à fait ce qu’on appelle un flirt, et lui n’est pas, comme diraient certaines, en manque d’amour ou en  misère sexuelle manifeste. On est sur une toute autre logique, une toute autre planète. Et c’est bien ça que cette campagne combat. 

Dans le logiciel du dragueur, même relou, même pénible, tu as toujours la possibilité de dire non. Tu as ta porte de sortie. Dans celui du harceleur, ton « non » n’existe pas. Il te le dénie et c’est de ça qu’il jouit. Alors quand, calé sur le siège d’en face, il glissera sa main dans sa braguette, tu la chercheras, ta porte de sortie, mais avec ce monde, compact, agglutiné autour de toi, tu ne la trouveras pas. Du moins pas tout de suite. Et pendant ce laps de temps il aura réussi à se masturber devant toi, toi, contrainte et oppressée, et, ça, il aura adoré. Toute la différence est là, dans ce choix qu’on laisse à l’autre ou pas.

Et… Attendez…  On me dit dans le casque « NotAllMen ». Oui, évidemment, « NotAllMen ». Formule toute faite, formule réflexe, hashtag qu’on voit fleurir sur les réseaux sociaux à peine un cas de violence sexuelle dénoncé. C’est parfait pour prendre du temps d’antenne, de l’énergie et du temps de parole et rassurer tout le monde… Alors j’y vais... Non, tous les hommes ne sont pas des agresseurs. En revanche, les agresseurs, eux, sont en écrasante majorité des hommes. Point. C’est bon, je peux continuer ?

Ah non. Pardon. On vient de me dire « les hommes aussi »… Ben oui, ça fait deux minutes que je parle de violences faites aux femmes, et faudrait pas oublier que « les hommes aussi ». Après le NotAllMen, c’est la deuxième carte maîtresse, abattue en général assez vite, pour éviter de parler du fond. Oui, les hommes aussi sont victimes de harcèlement, de viol, ou d’agression. Plutôt quand ils sont jeunes, plutôt pas hétéros, plutôt, globalement en situation de domination. Mais, à une écrasante majorité, et là encore pardon, mais les victimes sont des femmes. On vous les donnerait bien, nos viols, vraiment. Et on adore vous voir aussi attachés, tout à coup, à des questions d’égalité. Mais c’est comme ça. 100% des femmes ont déjà été victimes d’agressions sexuelles ou de harcèlement sexiste dans les transports en commun. Trois sur quatre adaptent donc leur comportement, ou leur tenue en conséquence. Ce qui veut dire raser les murs, marcher tête baissée ou l’oreille rivée à son smartphone en faisant semblant de téléphoner. Ce qui signifie, en clair,  limitation de mouvement pour les unes, mainmise sur l’espace public pour les autres. C’est pas neuf neuf, ça fait même des millénaires que ça dure. C’est juste que là, en 2019, on aimerait bien que ça change. 

D’où cette campagne « WagonSansCouillon »

Oui, parce qu’il s’agit autant de rendre compte de l’ampleur du phénomène, que d’évaluer l’efficacité des mesures mises en place pour le contrer. Depuis un an, le délit d’outrage sexiste, dans la rue ou les transports, existe. 700 contraventions ont pu être établies. C’est très bien, mais c’est très peu, au regard des millions d’usagers qui prennent le métro ou le bus tous les jours. Il y a un début de prise de conscience, c’est vrai, mais le budget et les effectifs ne suivent pas. 

En 2018, dans la foulée de Balance Ton Porc, les plaintes ont augmenté de 30%. Super. Sauf que la justice a du mal à y répondre, faute de moyens… Alors, en attendant une vraie politique de prévention, de formation, d’éducation… Les filles se débrouillent toutes seules, comme des grandes. Magie des nouvelles technologies, je ne compte plus le nombre de vidéos de branlette j’ai pu voir passer sur Twitter ces derniers temps. Désormais, elles filment celui qui se masturbe devant elles. C’est ça, leur porte de sortie, mais c’est aussi un bel outil pour prévenir les autres : attention, ce mec là, habillé comme ça, est actuellement sur cette ligne là et voilà ce qu’il fait. Ça pique un peu les yeux, c’est vrai, mais ça a le mérite d’être efficace. Mais j’ai vu encore mieux. 

Sur Twitter, il y a quelques jours, ce message, écrit en majuscules : « MA COUSINE A TORDU LA BITE D’UN MEC QUI SE BRANLAIT DANS LE METRO GENRE ELLE L’A ATTRAPE ET ELLE A TOURNÉE. ELLE A DIT ÇA A FAIT CRAC ». Et moi, pardon, mais ça m’a fait rire. 

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