Giulia Foïs le sait : "ce sont les mères qui font les machos". Mais alors, comment faire pour empêcher son fils de devenir un machiste comme les petits rigolos qui scalpent leurs camarades de classe féminines à Saint-Cyr ?

Comment élever un garçon pour qu'il ne devienne pas macho ?
Comment élever un garçon pour qu'il ne devienne pas macho ? © Getty / Prasit photo

J’ai tout bien écouté, tout bien compris. 

Je ne serais pas une mère parfaite – bon, ça, on le savait. 

Et mon fils ne sera pas parfait. Euh… Très bien… 

Mais il sera pas macho, d’accord ? Non, il ne pensera pas que les filles n’attendent que lui pour les sortir du caniveau, aimer, rire et jouir ; il ne pensera pas qu’un « t’es bonne » c’est flatteur, et s’il siffle en pleine rue, c’est qu’il a un problème avec son appareil dentaire, ok ? 

Le truc, c’est que ça, c’est de ma responsabilité. Oui, dans la série : échange, relais et transmission, ma propre mère me l’a dit PILE le jour où j’ai appris que j’attendais un garçon  : 

Dis donc, toi qu’est féministe, tu sais que c’est les mères, qui font les machos ?

Ah ben voilà. Depuis cette sombre histoire de pomme, de toutes façons, c’est les femmes qui portent le bob. Le chapeau. La casquette et le macho. Cela dit, elle a pas tort… Si on arrêtait d’applaudir nos fils quand ils débarrassent la table, peut-être qu’ils finiraient eux aussi par trouver ça normal. En tous cas moi, je m’y suis collée assez tôt. Il devait avoir six mois quand j’ai reposé son biberon et que je lui ai dit : « alors écoute moi bien, mon fils / ma perle, quand tu as passé une bonne nuit d’amour avec une femme (ou un homme), mais que tu sais que tu n’as pas du tout envie de le ou la revoir, parce que c’est comme ça, parce que c’est la vie, parce que bon, ben… Voilà. Eh ben tu lui dis pas « on se rappelle », d’accord ? Parce que l’autre, bon, il va attendre, derrière son téléphone, et c’est pas sympa, pas honnête, pas courageux… C’est même assez minable, mon petit bonhomme… »

(C’est un truc de goujat, en plus, c’est super vingtième siècle, comme façon de faire)

Prévenir le machisme dès 6 mois, c'est trop tôt ?

Heureusement pour lui, dans un an ou deux, l’école va prendre le relais. Vous savez, cette institution publique, républicaine, laïque, créée pour garantir l’égalité entre les citoyens… Et les citoyennes, tant qu’à faire… Eh ben y a fort à faire. C’est un rapport publié en début d’année par le Centre Hubertine Auclert : cet organisme, dédié à l’égalité hommes/femmes, a compulsé 25 manuels utilisés pendant les cours d’enseignement moral et civique, au collège comme au lycée. Et ça va vous scier les pattes tellement c’est étonnant : les personnages référencés sont à 68% des hommes et à 32% des femmes… 

Mais la question c’est : que font-ils ? Oui, que font ces hommes et ces femmes supposés servir de modèles à nos enfants chéris ? Alors… 

Tout ce qui est force publique, intelligence collective, diriger, protéger et servir, gendarmes, flics et hommes politiques, là, y a que des femmes… Bien. C’était pour voir si vous suiviez. Non, évidemment, ça, c’est pour les hommes…

Mais pour les femmes, attendez, y a plein de choses : le balai, le sac poubelle, les couches culottes ! Je force à peine le trait, mais ça ne bouge pas : même à l’école, la sphère domestique reste un truc de bonnes femmes

Et en dehors de l’école, peut-être, des livres un peu moins scolaires ? 

Eh ben j’ai mon champion ! On a chopé la puberté, publié il y a quelques semaines aux éditions Milan, livre destinée aux filles et présenté comme « ouvrage documentaire au ton volontairement décalé et humoristique destiné à dédramatiser une période souvent difficile à vivre à l'adolescence »… 

Vous voulez un exemple de ce que peut produire un documentaire humoristique destiné aux ados ? 

À la page, « trucs cool de la puberté », nous avons : « Grâce à tes seins en plein développement, tu as enfin attiré l'attention du bel Ethan dont tu es secrètement amoureuse. » Ben quoi, c’est le prénom, Ethan, qui vous va pas ? 

Et au cas où vous auriez un doute sur l’avant-gardisme de l’ouvrage, sachez qu’entre autres « trucs cool », on a quelques petits conseils sympa, comme : « tiens-toi droite, tes seins paraîtront plus gros » ou encore « attention, quand il fait froid, tes mamelons sont disgracieux. » 

Autant dire que sur les réseaux, on a trouvé ça moyennement cool. Tollé général même, une pétition demandant à ce que le livre soit retiré du marché a rassemblé 148 000 signatures. Gagné : Milan renonce à rééditer le livre… Mais se défend : ces propos ont été sortis du contexte, c’est de l’humour, alors la réaction sur les réseaux, eh ben c’est vraiment pas gentil… Surtout que l’éditeur avait songé, pour respecter une pluralité de point de vue, à créer quatre personnages de filles, dont une « plutôt écologiste et féministe »… Alors ok, les quatre sont blanches et hétéros, mais quand même, bel effort !

Quoiqu’il en soit, l’adolescence passera, mon petit grandira…

Et il s'émancipera... De moi, de la tutelle de l’État et de toute cette littérature qui le tire vers le bas… Avec un peu de chance, il fera même une grande école, où il côtoiera de grands auteurs, naviguera dans les hautes sphères de la pensée, mangera, dormira, échangera avec ses pairs, tous issus d’une certaine élite… 

Et pourquoi pas à Saint-Cyr, tiens, en classe prépa… Où, comme Libé nous l’apprenait cette semaine, on fait tout en grand : on humilie en grand, on bizute en grand, on scalpe les femmes et on brûle des même des homosexuels, mais c’est pour de rire, c’est du théâtre, enfin quoi… 

Enfin bref, merci l’école de venir en aide aux parents : c’est pas parce qu’on est plus diplômés qu’on est moins cons

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