Aurions-nous déjà appris à vivre avec l’idée que, partout et tout le temps, et à tous les étages de la société, on harcèle, on agresse, voire on viole ? Ces trois ans de prise de parole commencent, au contraire, tout juste à déboucher les oreilles du plus grand nombre.

Harcèlements, violences sexuelles, précarité menstruelle… Trois ans après MeToo, où en est-on ?
Harcèlements, violences sexuelles, précarité menstruelle… Trois ans après MeToo, où en est-on ? © Getty / Atipati Netiniyom / EyeEm

Trois ans après MeToo, nous serions-nous déjà habitués ?

Il n’y a pas que le Covid-19 dans la vie. Non, il y a aussi Eric Zemmour. Accusé par une élue PS d’Aix en Provence de l’avoir agressée sexuellement il y a 15 ans. 

Ou alors ce sondage Opinion Way, dans le milieu de la pub et de la communication : 

38 % des sondés ont déjà subi du harcèlement moral, 9 % du harcèlement sexuel, 60 % en ont été témoins, mais la majorité s’est tue, par crainte de représailles

Elles, elles parlent, et c’est très, très rare. Des autrices de Fantasy, ou de Science Fiction, publiée par le poids lourd du secteur, les éditions Bragelonne… Elles parlent dans Médiapart, et c’est une enquête fouillée, accablante, pour le patron de la maison, Stéphane Marsan. 

Vous voyez de quoi je parle ? Non. Je pense que non. 

Parce que, sur chacune de ces affaires, rien, ou si peu, de bruit médiatique, de réactions dans le grand public, à peine à bruissement d’ailes sur les réseaux sociaux… Trois ans après MeToo, nous serions-nous déjà habitués. 

Aurions-nous déjà appris à vivre avec l’idée que partout, et tout le temps, et à tous les étages de la société, on harcèle, on agresse, voire on viole ? 

Difficile à croire : face à des millénaires d’omerta, ces trois ans de prise de parole commencent, au contraire, tout juste à déboucher les oreilles du plus grand nombre… Sauf que le plus grand nombre est fatigué, lessivé, après un an de pandémie, cerveaux pollués, émotions anesthésiées, discussions qui tournent en rond si tant est qu’on sache encore se parler. À moins de changer de sujet !

Le coût de la vie plus difficile pour les filles victimes de "la taxe tampon"

Et de vous proposer de quoi animer vos discussions à table ce soir…  À commencer par ce chiffre : 

67 % des étudiants ayant recours aux distributions alimentaires gratuites sont des étudiantes… 

Pourquoi ? D’abord parce que, comme leurs grandes sœurs ou leurs mères, elles étaient majoritaires dans les secteurs de l’hôtellerie, et de la restauration… Et donc elles ont été les premières à perdre leur emploi

Après, même hors pandémie, le coût de la vie pour les filles qui font des études supérieures est plus élevé de 118 % que pour les garçons (UNEF)

Alors non, pas parce qu’elles sont dépensières et crétines… Mais parce que les produits de base, et notamment les produits d’hygiène, sont toujours plus chers pour les femmes que pour les hommes. Ceci en vertu de rien. C’est la fameuse "taxe rose", ou "taxe tampon" que dénoncent régulièrement les associations et les syndicats, qui appellent d’ailleurs les étudiantes à se joindre aux cortèges du 1er mai. Et là, comme transition, je vous laisse dire : 

"Tampon un jour, tampon toujours" ? 

Non mais blague à part, si cette troisième vague féministe est celle du corps, celle de l’intime, l’une de ses traductions, de ses revendications concrètes porte bien sur la question des règles, de plus en plus présente dans l’actualité. Avec d’abord ces étudiantes, justement. Pour lutter contre ce qu’on appelle la « précarité menstruelle », le gouvernement a promis de mettre en place des distributeurs de protections hygiéniques gratuites sur tous les campus, à compter de septembre. 

Mais comme, à priori, la ménopause, c’est pas pour octobre, et qu’un certain nombre de femmes devraient continuer à avoir leurs règles sur le marché du travail, il faut aussi penser à elles, aux salariées. C’est ce qu’a fait cette scop de Montpellier La Collective : désormais, les femmes auront droit à un jour de congé supplémentaire par mois, en cas de règles douloureuses et sans aucune perte de salaire. Ce congé menstruel existe déjà au Japon, en Indonésie, en Italie… Mais c’est une première en France. 

Reste à savoir qui osera envoyer un mail à sa RH pour ça, tant que les règles resteront aussi taboues, et tant que, par exemple, dans la pub, elles seront bleues. Reste aussi à être sûrs et archi-sûrs que les règles ne durent qu’une journée par mois. Là-dessus, comme un doute, si vous permettez. 

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