Tout est souvent une question de contexte parce qu’ici et partout d’ailleurs, ton corps peut dire "oui" quand ton cœur dit "non". C'est encore 1 français sur 5 pour qui un non passe encore trop souvent pour un oui, d'après une étude menée par IFOP (Institut français d'opinion publique).

Consentement sexuel : quand on hoche la tête ça ne veut pas forcément dire oui
Consentement sexuel : quand on hoche la tête ça ne veut pas forcément dire oui © Getty / bymuratdeniz

Hocher la tête, ce n'est pas forcément oui

Déjà parce qu’en Bulgarie, par exemple, hocher la tête, eh bien ça veut dire non. Tu peux déplier tes jambes, mettre un pied devant l’autre, aller chez cet homme sans qu’il ne t’y traîne par le cou, la main, le bras. Tu peux sonner à sa porte, monter les escaliers, et t’enlever tes vêtements sans qu’il te les arrache, et pourtant, tout, en toi, le refuse, et pourtant tout, en lui, te dégoûte. C’est ce que raconte très bien Vanessa Springora, dans son livre "Le Consentement" qui nous saisit, tous, depuis la rentrée, qui interpelle, qui interroge, sur la valeur d’un oui. Elle-même a dit oui, parfois, souvent. 

Mais que vaut un oui quand on ne peut pas, réellement dire non ? 

C’est ça, la question que pose Vanessa Springora, et chaque jour qui passe, en ce moment, montre à quel point elle est d’actualité : qu’est-ce qu’un consentement, quand il n’est ni libre, ni éclairé ? 

  • Il ne l’est pas quand on est soûle ou droguée
  • Il ne l’est pas quand on est une gamine, face à un adulte
  • Il ne l’est pas face à son entraîneur, quand on est un espoir du patinage artistique. 
  • Il ne l'est pas non plus face à un réalisateur, quand on est une actrice en devenir
  • Et toujours pas face à un baron d'Hollywood entouré de ses molosses...

La championne Olympique Sarah Abitbol, l’actrice Adèle Haenel, les 80 femmes qui accusent Harvey Weinstein de viol ou d’agression sexuelle disent toute la même chose : non, elles n’avaient pas forcément de couteau sous la gorge, oui, elles sont allées dans la gueule du loup sans que, en apparence, rien ne les y force. Et pourtant oui, c’est un viol, oui, c’est une agression sexuelle.  Et les douze nominations aux Césars de Roman Polanski n’y changeront rien : au moment des faits, ces femmes ne pouvaient pas dire non. Parce que oui, ils intimidaient, peut-être même qu’ils menaçaient, en tous cas, ils étaient plus forts, bien trop forts... pour que l’échange en soit un vrai. Elles ne jouaient pas à armes égales, elles le savaient. Alors elles ont eu peur, alors elles ont eu honte, alors elles ont dit oui… Parce qu’elles ne pouvaient pas dire non. Vous voyez ce que je veux dire, non ? 

Si parce que vous tous, vous êtes retrouvés, un jour, dans une situation où vous n’avez pas pu dire non

À un patron. À un père. À un médecin...

Il avait le pouvoir, il avait le savoir, il avait l’autorité, alors vous aussi, vous avez cédé. Mais céder, ça n’est pas consentir. Laisser faire, ça ne veut pas dire vouloir. Oui. Votre gorge n’a pas prononcé ce mot là, aucun son, d’ailleurs, n’en est sans doute sorti. Mais qui ne dit mot, non, ne consent pas… Je sais, c’est fou. Je sais, c’est flou, parfois… 

Une application du consentement mutuel

Aux Etats Unis, ils pensent avoir réglé le problème : les applications de consentement mutuel pullulent depuis le début du mouvement MeToo. Les deux partenaires, à un moment où à un autre doivent se prendre en photo, donner leur nom et cliquer sur « Yes, I Consent » (oui, je le veux). Ce geste là, ou son absence, pourrait servir de preuve, à charge ou à décharge, en cas de procédure ultérieure. 

Génial non ? Parce qu’on peut dire oui quand on ouvre l’appli, et puis changer d’avis. Parce que non, accepter un verre n’a jamais constitué un feu vert pour, ensuite, se faire basculer sur la banquette arrière. Et que oui, à un moment donné, une caresse, un geste, un mot peuvent déplaire. Alors on n’aime plus, alors on ne veut plus, alors on change d’avis. Et non seulement on a le droit, mais en plus, personne n’en mourra, alors ça devrait s’arrêter là, et c’est aussi simple que ça… 

Parce qu’une femme qui dit non, en fait, elle veut juste dire non… 

Contrairement à ce que pensent encore 1 français sur 5, pour qui un non veut encore, toujours dire oui. C’est le résultat d’un sondage IFOP publié dans Elle à l’automne, et à lui seul il montre le long chemin qui reste à parcourir dans notre compréhension des violences sexuelles. 

Pourtant, ça n’est pas très compliqué, on pourra se faire des nœuds au cerveau sur la valeur d’un oui ou la force d’un non mais chut… Il suffit d’écouter, et d’écouter vraiment ce corps, qui parle. Celui de l’autre. Celui qui nous dit qu’il existe et qu’il veut, ou pas, de nous. L’entendre est une sexualité, le nier est une violence. Point. Et pas besoin d’appli pour ça. Des cuisses qui se ferment, un souffle qui se tend, une bouche qui se crispe, ça n’est pas tout à fait le signe d’un plaisir partagé. 

Ça n’est pas non plus le signe d’une pudeur et d’une timidité excessives

C’est ce qu’avait estimé, il y a deux ans, un tribunal suédois, avant d’acquitter trois hommes poursuivis pour viol pour avoir, entre autre, introduit une bouteille de vin dans le vagin de la plaignante. Le tollé suscité par le verdict avait conduit à l’adoption d’une loi qui inverse la charge de la preuve, renverse la question du consentement : à l’accusé de prouver que celle (ou celui) qui l’accuse était explicitement désirant, clairement et librement. Dans un rapport d’équité totale. Et où son oui était un vrai oui parce qu’elle aurait pu, aussi, parfaitement dire non.

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