#balanceTonPorc, rappelez-vous, on a commencé à en parler en octobre. Devant ces révélations il y avait eu un mouvement général d’indignation : il fallait que cela cesse ! Et aujourd'hui, quatre mois plus tard, on en est où ? Giulia Foïs fait le bilan.

#balanceTonPorc se passe un peu partout depuis l'Affaire Weinstein... Ici, des manifestants pour le droit des femmes, en Allemagne, le 21 janvier 2018
#balanceTonPorc se passe un peu partout depuis l'Affaire Weinstein... Ici, des manifestants pour le droit des femmes, en Allemagne, le 21 janvier 2018 © Getty / Adam Berry

Rappelez-vous, ces hommes, ces femmes, qui, dans un bel ensemble, se lèvent, s’élèvent contre ces porcs qu’on vient tout juste de balancer sur Twitter… On était mi-octobre. Mouvement général d’indignation, émotion aussi intense qu’unanime : « Ah non, vraiment, c’est affreux, comment, quoi, dans ce pays, faire à nos femmes, nos sœurs, nos filles ce que la morale réprouve, ce que le droit condamne, ce que le corps vomit ? » Mais mon dieu, il faut que cela cesse, ou comme dirait Brigitte Macron : deux mots : « ça suffit ». 

Il faut que cela cesse… mais comment ?

Dans ce pays pourtant habitué à la fracture, à la division, à tous les déchirements, une belle cohésion pour dire : l’homme ne naît pas harceleur, il peut le devenir. Et s’il le devient, c’est que tout, autour de lui, l’encourage à mesurer sa virilité au nombre de ses conquêtes, tout le pousse à partir en chasse, à dompter, à mater, à posséder. Et donc, s’il l’a appris, il peut le désapprendre. Oui.

Il faut que cela cesse… mais par qui ? 

Ah, mais figurez-vous que là encore, tout le monde est d’accord – merci les porcs. Jusqu’à papa Freud qui, déjà en 1905, plaidait pour la mise en place graduée d’une éducation à la sexualité dans le parcours scolaire. Pour disait-il, aider à verbaliser les angoisses inhérentes à ce gigantesque continent noir. 

Un siècle plus tard, belle unanimité, toujours, de nos amis les psys : oui,  l’école, ça fait tiers, oui, l’école, c’est plus égalitaire, ça garantit un même accès pour tous à l’information, tout en empêchant l’intrusion parentale dans l’intime de ce gentil homard en mue qu’est l’adolescent bientôt en rut. Du coup, évidemment, on sera tous ravi d’apprendre (et toi aussi, Sigmund, si tu nous écoutes) : qu’une loi, promulguée en 2001, rend obligatoires trois séances dédiées à la sexualité et ce à chaque année de scolarité. 

Tous ensemble, avec les profs, avec des médecins, avec des psys, avec des représentants du Planning Familial ou d’SOS Homophobie, on va pouvoir parler puberté, contraception, stéréotypes hommes/femmes, sexisme etc… C’est génial, non ?

Disons que si on le faisait vraiment, ce serait super. Sauf que, comme le révélait un rapport du défenseur des droits rendu public à la toute fin 2017, en pratique, la loi est très peu appliquée, par endroits, par moments, pas sur tous les sujets en tous cas : on reste très « problématique de santé publique » et on ne va pas au-delà. 

Pire : dans 25% des établissements, rien n’est fait. 

Et tout le monde se refile allègrement la patate chaude : 

  • les associations, qui avait déjà du mal à faire leur job de tous les jours, comment vous dire qu’avec un budget amputé de 25% cette année, ça devient encore plus compliqué… 
  • Les profs eux, pourraient éventuellement se charger de la chose sauf que, dans la mesure où on leur enlève régulièrement des heures et qu’on leur ajoute régulièrement des tâches à accomplir, eh ben ils sont moyennement emballés à l’idée, d’avoir, en plus, à se fader les parents d’élèves.

Car, vous vous souviendrez certainement du tollé provoqué à chacune de ces initiatives, qu’elles soient imposées par le haut où viennent de la société civile. Que ce soit les ABC de l’égalité, en 2014, ou « le baiser de la Lune », en 2010, court métrage d’animation racontant l’histoire de deux poissons mâles qui tombaient amoureux… On a assisté exactement au même scénario : de fausses rumeurs qui circulent par SMS et sur les réseaux sociaux. On forcerait les petits garçons à porter des robes et on inciterait les élèves de maternelles à se masturber, si si. 

Pire : on encourage l’homosexualité par violation de l’intimité et manipulation des consciences… Résultats, les parents d’élèves s’affolent. Les établissements, au mieux, croulent sous les mails inquiets, quand ce ne sont pas des appels au boycott… Et à chaque fois, le ministère recule. 

Ça n’est pas neuf neuf non plus, remarquez : à la fin de la première guerre mondiale, on avait constaté une recrudescence de la syphilis

Certains avaient donc plaidé pour l’instauration de séances de préventions à l’école. Bronca chez les parents : encouragement à la fornication caractérisé, disait-on… Et quelques années plus tard, une loi interdisait formellement toute allusion à la sexualité dans les salles de classe. 

Je ne suis pas sûre qu’on ait fabriqué des générations de puceaux, pas sûr que ça les ait entravés de la galipette, en revanche, la syphilis, elle, a pu continuer tranquillement son petit chemin de MST comme on les aime bien. 

Bref, de là à dire qu’on a la mobilité d’une huître, sur le sujet, il n’y a qu’un pas… Que je franchis, évidemment, mais attendez : j’adore les huîtres…  

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