Passe-muraille - Ramadan  齋月
Passe-muraille - Ramadan 齋月 © Radio France

Ramadan, en chinois, « zhāiyuè » (齋月). Le second caractère, « yuè » (月), c’est la Lune. Dans la partie gauche, une ligne courbe tombe vers le bas, comme un croissant de lune. Mais cette courbe, c’est aussi l’un des côtés d’une ébauche de rectangle tracé sur la droite. Parce que le propre de la lune, c’est de changer de forme et de taille tous les jours – ou toutes les nuits. C’est parfois un fin croissant, parfois une grosse boule blanche. Le caractère « yuè » présente donc la lune dans son impermanence – en l’occurrence dans sa phase croissante – un croissant de lune sur la gauche, qui se remplit dans la partie droite, comme une progression vers la pleine lune.

En quatre coups de pinceau, les lettrés chinois sont ainsi parvenus à représenter 29 jours – soit un cycle lunaire. Et logiquement, le mot « yuè », la lune, désigne aussi les mois de l’année. __

Le premier caractère du mot ramadan, c’est le jeûne, « zhāi » (齋 dans sa version traditionnelle, devenu 斋 après la réforme des caractères). Le ramadan, « zhāiyuè », c’est tout simplement le mois du jeûne. Dans la Chine antique, le jeûne était un moyen, pour les sages taoïstes, d’augmenter leur énergie vitale et d’atteindre un certain niveau d’immortalité.

Et en bas du caractère « zhāi » (齋), on a bien le signe d’un autel avec des offrandes « shì » (示), qui désigne tout ce qui a à voir avec la spiritualité. Au-dessus, on trouve un radical qui représentait à l’origine des épis de blé (齊), ce qui suggère l’idée d’une certaine régularité. Mais l’on peut aussi s’amuser à décomposer ce signe, avec, en haut du caractère, l’idée du ciel (亠). Entre les deux, on remarque à gauche le signe « dāo » (刀), le couteau. Au milieu, une sorte de « Y », (丫), comme une fourchette à deux branches. Et à droite, un signe qui rappelle ce dessin d’une fleur de lotus qui croît sur l’eau (氏) et désigne généralement l’idée de la famille.

Le couteau, c’est l’idée d’une séparation, d’une rupture – on arrête de manger. La fleur de lotus évoque ici davantage l’idée d’un développement, d’un épanouissement – personnel en l’occurrence. Entre les deux, le « Y », c’est la bifurcation – c’est-à-dire le choix que l’on fait lorsque l’on décide d’entamer un jeûne. Choix qui permet d’atteindre le ciel, représenté par un trait horizontal situé juste au-dessus de ce « Y ». Voilà ce que peut dissimuler cet étonnant caractère « zhāi ». Une thématique spirituelle qui colle assez bien avec l’idée du ramadan, « zhāiyuè », le mois du jeûne.

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