Passe-muraille - Transparence 3
Passe-muraille - Transparence 3 © Radio France

Transparence, en chinois « tòumíng » (透明). Le second caractère, « míng » (明), c’est tout ce qui est lumineux, brillant, resplendissant. Un caractère apparemment très équivoque, puisque pour exprimer la clarté, on associe le signe du soleil (日) à celui de la lune (月). La lune, c’est le dessin d’un croissant sur la gauche qui se transforme en pleine lune sur la droite. Une pleine lune exprimée par une forme rectangulaire. Parce que dans l’écriture chinoise, un rond est paradoxalement représenté par une forme carrée ou rectangulaire.

C’est précisément le cas dans le pictogramme du soleil, « rì » (日) : à l’origine, lorsque les Chinois gravaient leurs signes avec une pierre tranchante sur du bambou, par exemple, ils traçaient un rond avec un point à l’intérieur pour désigner le soleil. Chose impossible avec un pinceau empli d’encre, qui ne permet pas de tracer un beau rond régulier. Du coup, les lettrés chinois ont remplacé les ronds par des angles droits. Et le pictogramme du soleil est ainsi devenu un rectangle avec une ligne horizontale à l’intérieur.

Le soleil et la lune, c’est donc le caractère « míng » (明), la luminosité. Sauf que certains sinologues ont une autre interprétation de ce sinogramme. Selon eux, le fameux rectangle, ce ne serait pas du tout le soleil, mais le dessin d’une fenêtre. De sorte que l’image suggérée par le caractère « míng », la luminosité, changerait de nature : bien plus que la simple association de deux astres lumineux, il s’agirait d’une scène poétique où la lumière de la lune passerait par la fenêtre pour venir illuminer votre chambre.

Et cette lecture du caractère « míng » correspond pas mal au mot « tòumíng » (透明), la transparence. Parce que le premier caractère de ce mot, « tòu » (透), c’est pénétrer, justement. Comme la lumière de la lune qui pénètre par la fenêtre. C’est une expression de la transparence au sens propre du terme : en français, un matériau est qualifié de transparent lorsqu'il se laisse traverser, pénétrer par la lumière. En chinois, c’est pareil.

Mais le caractère « tòu » (透) signifie non seulement pénétrer, passer à travers, mais aussi révéler, divulguer, faire apparaître. Ce qui convient parfaitement, cette fois, pour parler au sens figuré de la transparence.

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