Passe-muraille - Cannabis  大麻
Passe-muraille - Cannabis 大麻 © Radio France

Cannabis : en chinois, « dàmá » (大麻). Le premier caractère, « dà » (大), veut dire « grand ». Et comme d’habitude, en chinois, pour exprimer une idée abstraite comme la grandeur, on passe par l’allégorie, par le geste descriptif. En l’occurrence, nous avons un trait vertical, au centre du caractère, qui descend en se divisant en deux, comme deux jambes. C’est le caractère de l’homme, prononcé « rén » (人). Et au milieu, une ligne horizontale représente ses deux bras étendus. Et voilà l’idée de la grandeur, « dà » (大), suggérée par ce petit bonhomme qui écarte les bras en disant « c’est grand comme ça ! »

Or, le cannabis, « dàmá », c’est du chanvre qui pousse particulièrement haut. D’où cette idée de grandeur. Le second caractère du mot « dàmá », c’est le chanvre, « má » (麻), un pictogramme lui aussi assez explicite. On trouve un trait horizontal en haut relié à une verticale qui descend sur la gauche (广). C’est tout simplement le toit et le mur d’un abri, d’un auvent. À l’intérieur, on distingue deux traits verticaux avec des petites ramifications orientées vers le bas. Il s’agit de deux gerbes de chanvre accrochées au toit, qui sèchent tranquillement.

« Má », le chanvre. Un caractère très ancien, à l’image de son usage dans la Chine antique. On l’y cultive depuis le 3ème millénaire avant notre ère, pour en tirer des fibres utilisées dans la fabrication de cordage, de sacs, de tapis, de tissus. Et surtout, dans la fabrication du papier, inventé en Chine il y a 2000 ans à partir du chanvre. D’où son importance dans la culture lettrée chinoise.

D’ailleurs, on a récemment retrouvé en Chine de l’ouest une tombe contenant près d’un kilo de cannabis vieux de 2700 ans. Son analyse a montré qu’il présentait encore un fort taux de THC - la substance qui fait rigoler bêtement quand on tire sur un joint. Les chercheurs en ont déduit que celui qui occupait cette tombe était sans doute un chamane. Apportant la confirmation que le cannabis était utilisé, dans la Chine antique, pour ses vertus médicinales et comme aide à la divination.

Mais aujourd’hui, se faire arrêter en Chine avec une certaine quantité de marijuana amène à la prison à perpétuité - si on arrive à prouver que l’on n’est pas trafiquant. Car dans le cas contraire, c’est la peine de mort. Amnesty International estime qu’environ 500 détenus seraient exécutés chaque année en Chine pour avoir trempé dans un trafic de drogue.

Beaucoup de pays d’Asie ont des législations similaires. Mais en Chine, il y a une raison supplémentaire à cette sévérité : pour beaucoup de Chinois, fumer de la drogue - quelle qu’elle soit – rappelle de bien mauvais souvenirs. À savoir, l’opium. L’opium venu des Indes, que les Anglais écoulaient en Chine au 19ème siècle, au mépris des lois chinoises. L’opium auquel était accro jusqu’à 20% de la population du pays. Soit 100.000 toxicomanes. Du coup c’est devenu le symbole de la décadence de la Chine et de son humiliation. Aujourd’hui encore, pour beaucoup de Chinois, fumer un joint, c’est presque comme uriner sur la tombe de ses ancêtres. C’est très mal.

Il y a quelques semaines, les autorités ont pourtant dû lancer un vaste plan de lutte contre un inquiétant phénomène : c’est la recrudescence de toxicomanes accro à la métamphétamine, au « crystal meth », une drogue de synthèse particulièrement dangereuse. Et il se trouve qu’elle arrive en Chine à partir de la Corée du Nord - c’est la dernière trouvaille des joyeux drilles du régime de Pyongyang. Résultat, la ville chinoise de Yaji, sur la frontière nord-coréenne, comptait il y a 20 ans 44 toxicomanes - ils seraient aujourd’hui 10 à 12.000. À croire que, pour avoir des délires pareils, le cher leader Kim Jong-il fume décidément du très mauvais shit.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.