Passe-muraille - Football  足球 - 5/7
Passe-muraille - Football 足球 - 5/7 © Radio France

Football : en chinois, « zúqiú » (足毬 dans la version traditionnelle, 足球 après la réforme). Le premier caractère, « zú » (足), c’est le pied. Il désignait à l’origine la jambe, comme semble l’indiquer son apparence. En haut du caractère, un petit carré matérialise un genou. De là, un trait vertical descend, comme une jambe. En dessous, on trouve un petit coup de pinceau sur la gauche – c’est le talon. Et de cette virgule part un trait horizontal vers la droite – c’est la plante du pied.

Un pied relativement long, qui ne donne pas vraiment la mesure des fameux petits pieds que les Chinoises devaient bander dès l’âge de 4-5 ans pour casser les os et en empêcher la croissance. Une bien sympathique pratique apparue au 10ème siècle, signe de distinction et de raffinement – le mieux, c’était 9 centimètres. Les Chinois les appelaient les petits pieds des « jīnliánhuā » (金莲花) - des « lotus d’or ». C’était pour eux le sommet de l’excitation sexuelle. Du fétichisme qui s’est diffusé dans toutes les couches de la société chinoise pour perdurer pendant près d’un millénaire.

Football, « zúqiú » (足球), c’est donc « zú » (足), le pied, suivi de « qiú » (球), la balle, la boule, la sphère. « Qiú » (球), un caractère un peu déconcertant, car dans sa version traditionnelle (毬), il associe le signe du poil (毛) à celui de l’eau (水). Et comment arrive-t-on à l’idée d’une boule à partir de ces deux éléments ? Cela reste un mystère pour de nombreux sinologues - aucune hypothèse vraiment séduisante. Au mieux peut-on remarquer la forme du signe de l’eau, « shuǐ » (水) : à l’origine, c’était la représentation d’un cours d’eau sinueux. Mais avec la stylisation du caractère, il ressemble aujourd’hui plutôt à une étoile à six branches, qui suggère une forme ronde.

Quant au poil, l’évocation du football peut peut-être nous sortir de l’impasse. Car le foot est quelque chose de très ancien en Chine. Dès l’antiquité, ils jouaient au « cùjū » (蹴鞠) - « cù » (蹴), c’est taper avec le pied. Et « jū » (鞠), c’était une boule en cuir remplie de poils d’animaux. Et voilà comment le signe du poil a été utilisé pour former le caractère « qiú » (毬), la balle, le ballon.

Dans la littérature, le « cùjū » est vanté pour entretenir la combativité et l’esprit de cohésion des soldats. On s’affronte en deux équipes de six, soit douze joueurs - comme les lunes dans une année. Tout est très codifié. Car le foot est, à l’époque, quelque chose de quasiment philosophique.__

« La balle est ronde, la cage est carrée, comme les forces cosmiques du yin et du yang », écrit au 1er siècle le poète Li You. Dans la tradition chinoise, le ciel est censé être rond, et la Terre carrée. Jouer au foot, essayer de mettre la balle ronde dans les buts carrés, c’est donc être en parfaite harmonie avec le cosmos. Courir après un ballon sur un terrain carré, c’est en quelque sorte aspirer au ciel, c’est déjà atteindre un certain niveau d’immortalité. Et puis, le foot, c’est aussi l’école de la vie. « Celui qui sait respecter les règles du jeu de balle saura se conduire avec justice et équité », reprend notre ami poète.

Aujourd’hui, pourtant, le football est l’un des seuls domaines à propos duquel les Chinois mettent volontiers leur fierté au vestiaire. Car dans son histoire, la sélection nationale n’est parvenue qu’une seule fois en Coupe du monde – c’était en 2002. Et puis surtout, le championnat intérieur est d’une médiocrité abyssale - d’abord en raison de scandales de corruption et de matches truqués à répétition. Du coup, les supporteurs chinois préfèrent souvent suivre les championnats européens, diffusés à la télé nationale, devant facilement 200 millions de tifosi. Aujourd’hui, le Français le plus connu en Chine, c’est sans doute encore « Qídánèi » – Zidane, si vous préférez.__

Mais le foot chinois se rapproche pourtant des standards européens. Le club de Canton, le leader du championnat, vient de faire parler de lui en s’offrant cet été le milieu argentin Dario Conca pour un salaire annuel de plus 10 millions et demi d’euros - c’est tout simplement l’un des joueurs les mieux payés au monde. Ah, les incontournables salaires indécents.

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