Passe-muraille - sinogramme de Soldat 士兵 / 軍人  - D.Bastard - 5/7 de l'été
Passe-muraille - sinogramme de Soldat 士兵 / 軍人 - D.Bastard - 5/7 de l'été © Radio France

Soldat. En chinois « shìbīng » (士兵). Deux caractères.

Le premier, « shì » (士), est composé d’une ligne horizontale en bas, d’où monte un trait vertical qui traverse une seconde ligne horizontale au milieu du caractère. C’est le signe de la virilité. Il existe plusieurs hypothèses pour expliquer comment on passe de ces trois traits à l’idée de virilité. Certains sinologues y voient la représentation de mauvaises herbes. Parce qu’arracher les mauvaises herbes serait une tâche réservée à l’homme, à cause de l’effort physique à soutenir. Soit ! La deuxième hypothèse est plus hardie : le trait vertical qui monte, ce serait tout simplement la représentation d’un pénis qui se dresse – un symbole pour le moins explicite de la virilité.

Le second caractère du mot soldat, « shìbīng », c’est « bīng » (兵). Il comporte en bas deux coups de pinceau, surmontés d’une ligne horizontale, comme deux mains qui tiennent quelque chose (丌). Et au-dessus, se trouve le dessin d’une longue hache de guerre dont on devine le manche dans une verticale à gauche, et la lame qui part vers la droite à travers deux traits horizontaux (斤). Un caractère très martial donc, puisque c’est tout simplement le dessin d’un soldat sur le point d’abattre une hache sur votre misérable crâne. Eh oui, c’est la guerre.

Mais il existe un autre terme pour désigner le soldat, un terme beaucoup moins agressif. C’est « jūnrén » (軍人) - « rén », l’être humain, représenté par une verticale qui descend en se divisant en deux jambes. Et devant, le caractère « jūn », c’est l’armée. Il est représenté par le signe du véhicule, du chariot, du char (車), dessiné vu de dessus – c’est-à-dire un rectangle central, avec deux lignes horizontales en haut et en bas, comme des roues vues d’en haut, et le tout relié par une verticale, comme un essieu. Au-dessus de ce signe, on trace un trait qui, à l’origine, entourait complètement le char. Et l’on obtient l’armée, telle qu’elle existait dans la Chine antique – c’est-à-dire des chars et des fantassins qui les entourent.

Avec ce mot, « jūnrén », l’homme de l’armée, on a donc affaire ici à une conception plus défensive du soldat. Ici, pas d’attaque à la hache, pas de virilité, pas de « qui c’est qui a la plus grosse ? ». Non, simplement des hommes et des bâtiments que l’on va poster aux frontières du pays pour le protéger.

« La meilleure conduite n’est pas de mener cent batailles et remporter cent victoires, mais de battre son adversaire sans même l’avoir affronté », disait Sun Zi, l’auteur de « L’art de la guerre », le premier traité de stratégie militaire de l’histoire, qui nous renvoie au 5ème siècle avant notre ère. « La fluidité de l’eau l’emporte sur la dureté de la pierre », résumait ce brave Sun Zi. En d’autres termes, plutôt que d’énormes affrontements où des milliers d’hommes s’affrontent méchamment, avec l’hécatombe que l’on imagine, il vaut mieux gagner d’abord la bataille du renseignement et utiliser à fond les failles de l’adversaire, pour qu’il s’écroule de lui-même. D’où, aussi, la nécessité d’une armée aussi mobile que possible. Bref, l’essence de la guerre psychologique, dont les Français ont notamment fait les frais à Diên Biên Phu, suivis de prêts par les GI’s.

Pour arriver au pouvoir, Mao lui-même s’est largement inspiré de Sun Zi. Il conseillait à ses soldats « d’être dans la population comme un poisson dans l’eau ». Sauf qu’aujourd’hui, le poisson a bien grandi, puisque c’est désormais un porte-avion, qui est dans l’eau. Le premier porte-avions chinois est rentré hier de sa première sortie en mer. Un porte-avions construit à partir d’un vieux bâtiment soviétique, et qui doit servir – nous assure-t-on - « à de la recherche scientifique, des expériences et des entraînements ». Mon œil ! Cette première sortie intervient dans un contexte de vives tensions en mer de Chine. D’une part au nord de Taiwan, autour d’îles disputées avec le Japon. Et d’autre part au sud, où la Chine clame sa souveraineté sur deux chapelets d’îles que le Vietnam revendique aussi, tout comme à peu près tous les pays limitrophes. Alors un bon gros porte-avions et ça calme tout le monde. Petit détail, il se dégage de ces bouts de cailloux de fortes odeurs de pétrole et de gaz naturel.

La vieille doctrine défensive a ses limites. Parfois, il faut aussi savoir montrer qui a la plus grosse.

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