Passe-muraille - sinogramme Vin  葡萄酒  - Bastard - 5/7 été
Passe-muraille - sinogramme Vin 葡萄酒 - Bastard - 5/7 été © Radio France

Vin. En chinois, « pútaojiǔ » (葡萄酒). Le dernier caractère, « jiǔ » (酒), c’est l’alcool. Il est composé, dans sa partie droite, du dessin d’une jarre (酉) : c’est-à-dire un trait horizontal en haut, comme un couvercle, d’où partent deux courbes qui s’écartent vers le bas comme le col d’une bouteille, jusqu’à un carré comportant un trait horizontal à l’intérieur, histoire d’évoquer quelque chose qui fermente dans cette jarre. Un signe utilisé pour désigner tous les aliments fermentés, comme l’alcool, mais aussi le tofu, le « dòufu » en chinois, fabriqué à partir de soja fermenté.

C’est d’ailleurs pourquoi, à droite du caractère, on trouve le signe de l’eau, des liquides – en l’occurrence deux petites virgules en haut, comme des gouttes, qui coulent vers le bas dans un trait vertical un peu penché. Et voilà « jiǔ » (酒), l’idéogramme de l’alcool.

Un caractère utilisé pour à peu près tous les alcools, avec quoi les Chinois s’enivrent depuis des millénaires. Selon les pathologies, l’alcool fait partie des remèdes prescrits par les médecins - avec modération, bien sûr. Mais certains font aussi dans l’excès - comme Lǐ Bái, au 8ème siècle, l’un des plus grands poètes de la Chine classique : « Devant le vin, le soir m’a surpris – Les fleurs tombées couvrent ma robe – Ivre, je poursuis la lune dans l’eau – S’éloignent les oiseaux, se dispersent les hommes. »

Les Chinois boivent plutôt de l’alcool de céréales, qui donne souvent d’abominables tord-boyaux à 50 ou 60 degrés. La consommation de vin, de « pútaojiǔ » - littéralement de l’alcool de raisin – est plus récente. Le mot « raisin », « pútáo », est inspiré de la sonorité d’un mot persan importé au début de notre ère. Et, contrairement à la plupart des caractères chinois, les deux sinogrammes choisis pour le retranscrire n’ont aucun sens s’ils sont pris séparément.

Ils se ressemblent, d’ailleurs : au-dessus de chacun d’eux, on reconnaît deux virgules qui s’extraient d’une ligne verticale, comme deux brins d’herbe – c’est le signe des végétaux (艹, « cǎo »). Juste en dessous, on trouve une autre ligne horizontale qui, sur la droite, descend vers le bas dans une courbe qui semble envelopper le cœur du caractère (勹, « bāo ») – comme la peau d’un grain de raisin. Et à l’intérieur, on trouve dans le premier sinogramme ; le signe « fǔ » (甫), qui représente une jeune pousse qui s’extrait d’un champ. Aujourd’hui il signifie « tout juste », « à peine ». Comme du raisin qu’il faut vendanger au bon moment, lorsqu’il est à peine mûr.

Au cœur du second caractère du raisin, « táo », on trouve cette fois le dessin d’une carafe qui, à l’origine, ressemblait beaucoup à nos carafes à décanter le vin, avec un long col fin et une large assise (缶, « fǒu »). En chinois, dans le raisin, « pútáo », le fruit à peine mûr est donc associé au liquide. Ce qui semble indiquer que c’est très tôt, en Chine, que l’on s’est mis à produire de l’alcool de raisin fermenté, du vin. Et ce, même si ce n’est que récemment qu’on se met à en boire.

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