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Camarade : en chinois, « tóngzhì » (同志). Le premier caractère, « tóng » (同, à l’origine 仝) a le sens de quelque chose de semblable, de similaire et, par extension, d’identique. Le second, c’est « zhì » (志, ou dans sa version traditionnelle 誌), soit la volonté, l’intention. Les « tóngzhìmen », les camarades, ce sont donc ceux qui partagent une volonté commune, un dessein commun, celui de construire la nouvelle société.

Durant la période maoïste, le mot est systématiquement employé à la place des nombreux termes de politesse utilisés auparavant. Mais l’usage du terme « tóngzhì » est complètement tombé en désuétude après la mort de Mao. Il n’est quasiment plus utilisé dans son sens originel, mais désigne maintenant les homosexuels.

Il existe bien un terme officiel, « tóngxìngliàn » (同性恋, ou 同性戀 dans sa version traditionnelle)… « Liàn » (戀), c’est une expression de l’amour qui s’écrit en plaçant le signe de la parole (言) entre deux signes représentant la soie (糹), le tout au dessus d’un cœur (心) – c’est-à-dire des mots doux comme la soie qui viennent du fond du cœur… Le caractère du milieu, « xìng » (性), c’est le sexe - homme ou femme. Et devant, on retrouve le caractère de l’identité « tóng » (同). Ce qui donne « l’amour du même sexe ». Bref, l’homosexualité.

Mais aujourd’hui, pour parler d’homosexualité, tout le monde utilise le terme camarade « tóngzhì » – à commencer par les lesbiennes et les gays eux-mêmes… Comme un pied de nez à la répression dont ils ont fait l’objet sous l’ère Mao. La tradition chinoise n’oppose du reste pas de tabou absolu à l’homosexualité, contrairement à nos trois religions du Livre. Dans le confucianisme, dans le taoïsme, dans le bouddhisme, ce n’est pas un péché à proprement parlé, tant que l’on respecte les préceptes religieux.

Aujourd’hui, l’homosexualité n’est d’ailleurs plus réprimée. Elle a cessé d’être considérée comme une maladie mentale il y a une dizaine d’années. Simplement, on n’en parle pas… Le problème qui subsiste, c’est que tout bon Chinois qui se respecte doit honorer ses ancêtres en leur offrant un digne héritier. Il faut donc faire bonne figure, notamment face à ses parents… Résultat, l’Internet chinois foisonne maintenant d’annonces où des gays demandent sur les forums lesbiens si une fille est d’accord pour un mariage bidon. Et inversement.

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